‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 64 sur 198 · LIVRE III (i559). i\}i · texte numérisé non relu

LIVRE III (i559). i\}i

maltresse, belle, jeune et grande princesse. Le roi d'Espagne connaissait mieux sans doute les sentiments réels d'Elisabeth, car son ardeur à soutenir les réclamations des Anglais au sujet de Calais, se refroidit peu à peu d'une manière sensible. H est vrai qu'une appréciation plus saine de sa position l'obligeait à A ouloir décidément la paix , faute de ressources suflQsantes pour continuer la guerre K Mais tout en désirant vivement que les Anglais se relâchassent de leurs prétentions, Philippe et les plénipotentiaires espagnols se faisaient scrupule de les abandonner. Ils agirent de telle sorte que les concessions exigées par la France relativement à la possession de Calais furent enfin accordées par les Anglais eux-mêmes. Du moment oii la reine Elisabeth déclinait les propositions matrimoniales de Philippe II et se montrait

' Une lettre confidentielle adressée par le roi à Granvelle, le \2 février,

ne laisse aucun doute à cet égard. Il lui mandait : Je dois vous dire

« qu*i] m*est de toute impossibilité de soutenir la guerre ; j'ai déjà dépensé

• 4,200,000 ducats que j'ai tirés d'Espagne, il y a deux ou trois mois, par a le moyen des banquiers, et j'ai besoin d'un autre million d'ici au mois

« de mars prochain La situation est tellement grave que je dois en

« venir à un arrangement Que Ton ne rompe, en aucune manière, les

« négociations entamées .... n Le duc de Savoie n'était pas moins explicite : « Quant à la jonction de nos forces, ce parti ne pourrait que pro-

0 duire d'heureux effets, soit en amenant les Français à faire ce qu'ils doi- « vent, soit dans le c^s où la paix ne serait pas conclue , en nous donnant « plus de facilité pour tenter quelque opération. Malheureusement il existe

• un contre-temps que V. S. connaît très-bien, c'est que nous n'avons « pas un seul réal à notre disposition, et qu'on doit aux troupes alle- « mandes, indépendamment de l'à-compte qui vient de leur être payé sur « les arrérages, plus d'un million d'écus ; ce qui me fait craindre que, « si Ton ne se bâte de conclure la paix, elles ne se révoltent et ne se jet* « tent sur nos terres. Veuillez donc bien réfléchir à ce que vous faites ; a car, à défaut d'un tiaité de paix , je vois le roi placé dans le plus grand

« embarras où jamais souverain se soit trouvé » Papiers d'État du

cardinal de Granvelle, t. V, p 453 et 439.

Ile

LES PkYË HAS sors rillLI?PE II.

fermement résolue h délaclier de nouveau l^\ngletcjTe do la communion romaine^ il ne lui restait plus qu'à aWorœr de ménager ramour-proprc de son peuple. Cette satififaction lui fut accordée par les plénipotentiaires Trançais : selon la teneur du traité particulier signé le 2 avril entre la France et TAngleterre, Denri I! parut ne devoir garder Calais que provisoirement pour une période de huit années. Mais la possession de cette %ille» désormais assurée h la France, fut contre-balancée par des sacrifices considérables, car les plénipolenliaires espagnols, inaccessibles aux séductions de leurs adversaires et inébranlables devant la menaced'une rupture, maintinrent avec fermeté que là Fronce devait renoncer à toutes ses autres conquêtes, La mise en pratique de ce principe fondamental tendait à rétablir la prépoadéraneede TEspagnc, considcjablement affaiblie, dans les dernières années, par les succès d^ arraes françaises '.

Le traité de pacification conclu à Gâteau-Cambrésis, !c 3 avril, stipulait que les rois d'Espagne et de France, maintenant réconciliés, travailleraient de concert à textinctton de l'hérésie en provoquant la réunion d'un concile général ; que toutes les conquêtes faites en deçà des Alpes, par Tune ou Tantre des puissaoce^i, seraient réciproquement abandonnées; que le duc de Savoie recouvrerait ses États sous la réserve de quelques villes qui resteraient entre les mains de Henri II, jusqu'à ce que ses prétentions du chef de Louise de Savoie, sa grand'mère, eussent été jugées et décidées en justice réglée ; enfin, que les autres dommoes ou villes occupés par les Français en Italie seraient restitués immédiatement à leurs légitimes possesseurs. En résumé, les Francis

' On trouve d<3s détails totéreseîsiiLs sur les derniers incEdents des côûfè* rencescle Cûicau-Cambrésis tians une lettre adressée, le 3 avril, par révoque d'Arras au comte de Keria, ambassadeur espagnol h l^ondres. Papiefs d'Éiatdu rfinlinuî de Grafiveiîe, t. \\ \h 5S5,

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