‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 76 sur 198 · LIVRE IV (1559). Ui · texte numérisé non relu

LIVRE IV (1559). Ui

lâQine lui-même fit choix de remplacement, dirigea la construction et donna à son œuvre le nom qu'elle porte encore aujourd'hui; il le lui donna, comme il l'écrivit à Philippe H, le 29 décembre 4555, « pour estre fondée à l'avènement de son règne ". »

La nouvelle cour s'efforçait de gagner ce personnage déjà si important. Philippe lui apprit, le 48 novembre 4555, qu'il l'avait nommé conseiller d'État, mais avec une réserve toute officielle dans l'expression. Peut-être le prince fut-il blessé de celle réserve; car il n'employa qu'un post-scriptum de trois lignes pour remercier le roi ". On sait que Charles-Quint avait désigné Guillaume pour porter la couronne impériale à son frère Ferdinand. A son retour d'Allemagne, tandis que lui-même se trouvait malade à Breda, il eut le malheur de perdre sa femme, Anne d'Egmont, morte le 24 mars 4558 -\ Le roi s'empressa de lui témoigner la part qu'il prenait à sa douleur, puis le nomma un de ses plénipotentiaires pour les négociations qui devaient aboutir au traité de paix de Cèteau-Cambrésis. Dans son Apologie, le prince fit valoir les importants services qu'il rendit, en cette occasion, à l'Espagne. Au mois de juin 1559, il s'était rendu à Paris, comme étage, et pour assister au mariage d'Elisabeth de France avec le roi Philippe II. Cette nouvelle mission eut sur sa destinéé'une influence décisive. Lui-même révéla, plus tard, qu'il apprit de la propre bouche du roi Henri « que le duc d'Albe

I Correspondance de Guillaume le Taciturne, i. 1. p. 282.

* /6., 1. 1«', p. 2Î7. — Vers cette époque, sa correspondance intime témoignait de sa mauvaise humeur ; il écrivait à sa femme : « Nous sommes ici maintenant sans un denier, et les soldats meurent de faim et de froid ; mais Ton n'a non plus de souvenance de nous à la cour que si nous fussions tous morts. » Archives, 1. 1«% p 23.

i • Elle laissait deux enfants : Philippe Guillaume, né le 19 décembre 4554, et Marie de Nassau, née le 7 février 4 556. Une destinée malheureuse était réservée à tous deux.

LES fMYS-BAS SOUS PHILIPPE tl.

« Iraictoit ûes moyens pour exterminer tous les suspects de la *i religion en France, en ce paya (Belgique) el par toute ia chre- ^L lien té. »* Une confidence aussi menaçante fit une impression profonde sur le prince qui, bien que déjà sceptique en mntièrcde religion, n'oubliait point que la plupart de ses proches appartenaient aux nouvelles doetrînes. « Je conresse, disait-il dans son « Apologie, que je fus tellement esmeu de pitié et de compassion, " que dès lors j'entrepris à bon escient d'ayder h faire chasser n cette vermine dEspaignols hors de ce pays. » Revenu dans \m Pays-Bas, il commença effectivement la lutte à laquelle il devait dévouer sa vie. Il l'entreprit d'abord avec une prudence extrême, car, son caractère ne !e portait point vers ies résolutions imp«5tuûuses. Mais quelle hardiesse et quelle témérité dans ses projets ! Avec quelle habileté il savait les mûrir I Toujours maître (le lui, il faisait plier les autres à sa volonté, employant la persuasion avec les grands, la séduction avec le peuple *, Quoique ce profond politique eût cherché, parla simplicité de s^ manières et la faciUlé de ses mœurs, à se rendre en quelque sorte accessible 5 ïa multitude, il pouvait surtout étayer ses prétentions au gouvernement par la splendeur de la maison de Nassau, sm alliances de famille qui embrassaient une grande partie du Nord,

' On Ut dans une relation contemporaine, dont raulaur était hostUe à Guillaume de NdF^sau : « ..... Jamab parolier arrogante ou indiscrète ne <• sortait d^ sa bDUche^ par colère, ou tiiillremeTit ; munies, quand hucuiis *^ de ses dome^liqties lui fa i soient faulte, se contentoib de tes admonester V fîraoieusement, sims user de menaces. U eslojt d*une 61o<:|ueot^ tdnii-

* rable. avec Laquelle il met toit eu évidence le:^ couct^tions jsuhîimeâ dâ » son esprit) et fa i soit plier les autres seigneurs de la cour^ ainsy que bon

* lui sembioit. S*y estoit singulièrcmeot aïmé et bien vol lu de la commune, M pour une gracieuse façon de faire qu*i) avoît de saluer^ caresser et arrai- » iionner pHvémoDt et familièrement tout te monde.,.. t h CoriT^poiufanc^ de Cuiiiâume le Taeitume, t. H, p. irt. — Gonf. les Bêlai iom du cai-dinul Bentivogïio, p. C&,

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uoe maturité d'esprit qui surpassait de beaucoup son âge , une prodence éprouvée dans les ambassades et dans la guerre » enfin la haute estime que Charles-Quint n'avait cessé de lui témoigner '.

Le parti espagnol, cependant, se montrait aussi peu favorable au prince d'Orange qu'au vainqueur de Gravelines. Contre celui-ci, on rappelait la mémoire de Charles d'Egmont, duc de Gueldre, qui avait étéde faction française, ainsi que l'hostilité de son successeur, qui s'était également montré l'adversaire de Charles-Quint. Le prince d'Orange plaisait encore moins aux conseillers de Philippe II : non-seulement sa religion était suspectée, mais, comme 00 le savait lié avec les hérétiques d'Allemagne et par ses alliances et par ses biens , on semblait craindre qu'il ne leur ouvrit le chemin des provinces belges \ Pour faire échouer les espérances que pouvaient nourrir Lamoral d'Egmont et Guillaume de Nassau, Granvelle parait avoir objecté aussi que la nomination de Tan exciterait la jalousie de l'autre, que cette scission diviserait la noUesse tout entière et qu'ainsi naîtraient des factions dans l'État. Du reste, il n'aimait point le comte d'Egmont, parce que celui-ci l'avait traversé autrefois auprès de Charles-Quint, et il repoussait le prince d'Orange, non par haine, mais parce que ce dernier, manifestant l'intention de s'appuyer principalement sur la noblesse nationale, aurait neutralisé les efforts du parti qui, soutenu par la faveur du roi, voulait s'emparer de toute l'influence dans les Pays-Bas ^.

A défaut de Lamoral d'Egmont et de Guillaume de Nassau, dont la candidature n'avait jamais été admise sérieusement par la cour, le parti national indiquait soit un des archiducs, fils de

J STRADA,lib. letll.

* /d., lib. I.

• Grande chronique de UoUandc, etc., l. H, p. 35.

LEiT rAVS^BA& bà(ji> pmLwvf. ri*

remp^n'ur Ferdinand, soit Christine de Danemark, duchesse douairière de Lorraine et nièce de Charles-Quinl. On rap[»eioit que œtlc princesse avait été élevée dans les Pays-Bas par la reine do Hongrie, sa tante; on vantait la sagesse dont elle avait ensuite donné des preuves dans le gouvernement de la Lorraine, et Ton <ï joutait que ia conformité des mœurs de cette contrée i avec la Flandre pouvait faire espérer un gouvernement approprié aux traditions des Pays-Bas ; enfin on lui était reconnaissant j>our sa coopt^ralion au traité de paix de Càteau-CambrésiSrj Christine était désiit'edu prince d'Orange plus que de tout fAUtre,] parce que ce personnage nourrissait l'espoir d'épouser la fille atné de la duchesse et de s attribuer ainsi une grande part de la puissance qui serait confiée à sa belle-mère. Très-ambitieuse, irtV impalienle aussi de rétablir sa fortune alors délabrée, Christine fit de vives instances près du roi pour qu'il lui accordât le gouvernement des Pays-Bas , tandis que , de son côté » le prince d'Orange, soutenu d'ailleurs par Je comte dEgmont et d'autres grands, sollicitait non moins vivement llntervention du monarque, à lelTet d'obtenir ta nsain de la princesse de Lorraine K Mais aucune de ces combinaisons ne pouvait être agréée par les conseillers espagnols de Philippe II. Dans un souper que Granvelle donna au duc d'Albe, il avait été décidé qulls favoriseraient la candidature de la duchesse de Parme '. Confier le gouvernement des Pays-Bas à un des fils de rem[>ereur Ferdinand, c'était, disait-on^ s exposer à de trop grands dangers, à cause de la haine que les Allemands avaient vouée aux Espagnols Le choix de Christine ô*> Lorraine ne présentait pas des ineonvé-

* Papim^A ilÈkU du cat^dinat de GtunvisUe, l, \\ p. SIS, et Cùrre*pùn~ dance de Gmliaujne le Taciturne, t. I, p, 431 . — Voir aussi Fl. ViiititKBiiAEH, de Iniliis tumuUuum beîgicûrum{Ù<i\mi, 4587^ iii-8*), p. Hi,

' Gi^andi^ chrouiqui* de ÎMamlt^ etc, t, IL p^ 35.

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nients moindres : indépendammeot de la position presque dépen* dante de la Lorraine par. rapport à la France, surtout depu^ le mariage du jeune duc avec la seconde des filles de Henri II, on voyait un danger encore plus grand peut-être dans la po* pularité même que Christine s'était acquise en Belgique. On ajeiiUU, enfin, que la duchesse de Lorraine était prodigue et chargée de dettes '. Ces raisons avaient presque toutes de la gravité, quand on les mettait en regard des tendances de la potitique espagnole. Aussi auraient-elles certainement persuadé Phyippe II , si déjà son choix n'avait été arrêté. Il repoussa, du reste ) avec quelque humeur, les sollicitations de la duchesse de Lorraine *. II ne se montra pas plus favorable au désir manifesté par aoD oncle, Ferdinand d'Autriche, de voir un de ses fils investi du gouvernement des Pays-Bas , jusqu'à ce que l'infant don Carlos eût l'ége nécessaire pour venir Iui*méme diriger Tadminiatration de ces provinces. Les conseillers espagnols devaient voir avec déplaisir la grande familiarité qui existait entre le comte d'Egmont et l'archiduc Maximilien , roi de Bohême ; tandis que Philippe II avait dû prendre ombrage aussi de la faveur avec laquelle ce jeune prince avait été naguère accueilli dans les Pays-

1 On peat lire dans \w Papiers d*ÉUU du cardinal de Granveile, i. Y, p. 683, une requête où Christioe de Lorraine expose à Philippe H combien sa situation est embarrassée. Elle est, dit^ile, constamment tourmentée par ses créanciers et elle a dû engager ses revenus.

* Dana sa décision sur la requête analysée ci-dessus, Philippe disait qu*il faiidraîl engager la duchesse à cesser ses plaintes au sigét du goui'ernemes t des Paya-Bas, et toute espèce de récrimination, ne faisant eu cela que se compromettre et nuire en même temps aux intérêts de S. M. n lui conseillait de se retirer dans les terres de son douaire, en Lorraine ; et si elle ne goûtait pas cette proposition, il lui offrait un asile honorable dans la ville de Lecce, au royaume de Naples. Du reste, il la gratifiait, sa vie durant, d*un revenu de 40,000 écus, dont 6,000 assignés sur le royaumede Naples et 4,000 sur le Milanais, l^iers d'Étal, t. V, p. 62IMii27. I. 40

IM

LES iiAY^^tw surs MIILf^Pe tu

Bas. Maïs, quoiqu'il ertt allégué pour excuse la volonti* de ChnrtRî- Quint, qui, dîjwît-il , avait tmllqué la ducha<ïsede Pormo pour îf» gouvernement de ces provinces , la décision prise blessa l'empereur Ferdinand et rendit plu*? froides encore ses rPltttîoOB avec son neveu '.

Plusieurs molif^ avaient engagé Philippe 11 à porter déBniUvement son choix sur ta filïe naturelle de Churles-Quinl. Comme Marguerite de Parme avait passé plus de vingt ans en Italie, efle était étrangère aux partis qui se dessinaient déjà dans les Pay?^ Bas ; d'autrt^ pari, elle se trouvait dans la dépendance ab@olu4^ de la couronne d'Espagne. Octave Famèsc, son époux, âollicitaït avec instance la restitution de la citadelle do Plaisance^ en considération des services qu'il avait rendus à la maiâon d'Autriche, tant en Italie que dans les Pays-Bas oîi il venait de servir comme volontaire. Mais Philippe, en nommant sa sœur gouvernante de ces provinees, ne voulut point se dessaisir de ce gage ; il retint même à sa cour, pour plus do précaution, le jeune prince Alexandre, héritier des Farnèse* Il donna seulement des esp*^

1 Cas détHaU^ ont été mis su jour daas les Né^ciationB, lettru «^ pièftâ ûiperêcs relatives au régne tie Français II, tirées du porlefeuille de Séboitlicïi de rAubespînfi évéquç de Limoges, per Lottis Parts, bibliothécairearchiviste de la ville do Oeimi * et publiée.^ dans la Coftection deê doeummUJt inédits âttr l'hf Gloire tfe France. — Dans une lr5ttre atlrestiée au roi Françofs II et datée de Gand le 17 juillet I65U, r^mbripsadeur franco»?* s'eipriine en ces larmes ; • .... Je n'avers |K>int sreii ri devant cofïime « ledit seigneur empereur eu^i bien désiré que Tun de tes enfante feusl K demeuré au gouvernement de ce pnTs, aitendaiît la vf*nuo dti prin« *i d'tHpagne par deçà, donl S. M- G. s'est excusée sur ïa nomination qu'a-

* voit faicle lo feu empereur do fll»*^ de Parme. Monseij^neur d'Areiiber» m [Jesan de Lijîne) a eu charge d'en faîrc lés excuses, d'Oij il procède Un

• mal contentement à bon esoient, et est un grand lilen pour S. M* C. de « ce que le roî de Bobénie (Farchldue MaxîinUien': e^ matadltet a^v^ci peu « de santé pour remuer ce monde. » Optr. ciï,» pv4i^

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