‹ Histoire de la révolution sous Philippe IIChapitre 92 sur 198 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

« défendu que les étrangers chargent des marchandises, toutes « les fois qu'il y a des nationaux pour le faire, ce qui est exacte- N ment ce qui se pratique en Angleterre ; on a également prohibé u l'exportation des matières premières, que les Anglais ne « peuvent tirer d'ailleurs qu'à très-grands frais. Ces mesures « ont été prises, aux Pays-fias , pour forcer les Anglais à en M revenir aux entrecours, à réparer les dommages qu'ils nous <( ont causés, et à abandonner le dessein de nous en faire essuyer «t d'autres. Afin de les faire venir plus tôt et plus efficacement à <t la raison, on a eu recours à un autre moyen. La ville de •( Londres avait considérablement souffert, Tan dernier, de ce H qu'elle n'avait pu, à cause de la peste, exporter ses draps, et K ses négociants en éprouvaient un vif chagrin : on a d'abord, « et jusqu'à Pâques, sous couleur de la peste, ensuite par le » motif que les griefs que nous avions n'étaient pas réparés , « interdit l'entrée desdits draps de Londres jusqu'à autre ordre, «1 en offrant toujours de révoquer ces mesures, lorsque les An- <( glais feraient droit à nos réclamations, et en se montrant prêt « à entrer en communication avec eux sur le rétablissement u complet des traités... La situation aujourd'hui est telle que la « reine, voyant la prohibition des draps d'Angleterre continuer, u et voulant user de menaces et de bravades, selon la coutume « de sa nation, a prohibé l'entrée de toute espèce de marchanu dises des Pays-Bas, et cela sous peine de confiscation. En u Flandre, cette mesure à causé quelque émoi; mais selon mor, «( il n'y a qu'à en rire. » En effet, Granvelle était d'avis qu'on ne cédât point ni qu'on ne se laissât effrayer par les propos des Anglais: que, sans eux, les Pays-Bas ne peuvent vivre, tandis qu'eux n'ont besoin en rien des Pays-Bas. « Moi, poursuivait-il, (( je suis persuadé de tout le contraire ; je tiens que, dans leurs M rapports avec le roi, la reine et ses ministres ne font rieapar «< vertu, que cette nation ne consulte que son intérêt... S'ils

LKS FâYS^B&S SOUS PfflLiPHS II.

pouvaient ailleurs vendre leurs draps miens qu'en Flandre, ils ne les amèneraient certainement pas chez nous. On dit qu'ils les porteront à Emden : tant mieux ; œla ne durera guère, ils reviendront honteusement à Anvers , et alors on pourra les forcer à recevoir la loi qu'on voudra. Il n'y a que la seule ville d'Anvers qui soit intéressée dans celte question, et ce serait un très-grand avantage pour tous les Pays-Bas, qu*ils n'amenassent pas leurs draps dans ces provinces, car alors la draperie y fleurirait comme anciennement, et Ton y verrait revenir les ouvriers que les Anglais nous ont enlevés» et un si grand nombre d'entre eux n'iraient pas perdre leur toi eu Angleterre... tannée dernière, par suite de la prohibition des draps anglais , il a été fabriqué, dans le seul comté de Flandre, 60,000 pièces dedraps déplus qu'en aucune des treal dernières années* Et qu'on ne dise pa? que les Anglais n'enver— ront point leurs laines en Flandre, et qu'ainsi on y manquera de la matière première ; car, outre qti'on aura Jes laines d Espagne et celles du pays, et d'atitres qu'on se procurera par la

L voie de mer, les Anglais ne pourront, quelque peine qu'ils en éprouvent , se dispenser d'y envoyer leurs laines, parce que leurs ouvriers leur manqueront, qu'ils vendront des draps en petite quantité à Emden, oii il ne se fait pas de commerce d'autres inarchandises ; enfin, que les pays qui environnent cette ville consomment peu de draps uns, tandis que les fabriquer de Flandre pourront approvisionner Anvers de drajjs îiussi beaux quon le voudra, et ceux qui aujourdhui se plaignent^ craignant de manquer d'ouvrage, et dont on appré*i hende lemigration, trouveront dans Tapprét de ces draps

- moyens de s'occuper, La ville de Londres, quia surtout eoi tribuë aux dommages quont e.ssuyës les Pays-Bas, recevra ainsi son cbâtiment ; et, comme la plupart de^ seigrieuts d'An^ gfetene ne sont pas très-riches, cl fjue la îaîne qu ils tirent

Ln-RE Y (i5(iO). 199

« de leurs troupeaux est la principale source de leurs reveous, « Us feront en sorte qu'elle puisse venir aux Payfr*Bas, quand « les draps de Londres ne seront pas admis à Advers *.

Ypres, située au milieu du terrain le plus fertile et le meilleur de la Flandre, tenait un rang distingué dans Trodustrie drapière ; Coortrai fabriquait des toiles fines, Audenarde des tapiaseries, et Hondschote produisait annuellement plus de cent mille pièces de serge. Messines, sous la juridiction d'une abbaye de chanoinesses, se'signalait aussi par sa belle draperie.

Le duché de Brabant était intact à cette époque. Indépen> damment des grauds quartiers qui le partageaient ', il renfermait le marquisat du St-Empire, l'État de Maestricht, le duché d'Arschot, appartenant à la maison de Croy, le comté de Hooghstraeten , fief de la maison de Lalaing, celui de Meghem, sur la rive gauche de la Meuse, fief des Brimeu : la seigneurie de Breda, magnifique domaine de la maison de Nassau, et la seigneurie de Ravestein, fief du duc de Glèves, entre Grave et Meghem. On comptait sur ce magnifique territoire vingt-six villes murées ayant à leur tête Anvers, cheMieu du marquisat du St-£mpire, Louvain, Bruxelles et Bois-le-Duc; dix-huit villes de moindre importance , sept cents villages à clocher, dix^neuf baronnies et un grand nombre de riches monastères ,.

ï Correspondance de Philippe II, t. Il (inlrod.), p. vni à x. L'intérêt que présente cette dépèche, surtoul par des détails précis sur Tétat de Tindustrie belge à cette époque, n*aupa pu échapper à l'attention du lecteur. Ou peut aussi consulter Vflistoire des Pays-Bas^ d'EMMANiRi. nsMETBiiEN, liv. H. Cet annaliste est loin de vanter les goûts laborieux du peuple d'Angleterre, à cette époque. » Le peuple, diMI, d*j est point si laborieux et diligent qu'es Pals-Bas , et en France , menants pour la plupart une vie oisive comme les Espagnols; les plus pesants, pénibles et difficiles manœuvres se f<mt, pour la plupart, par des eslrangers, comme en Espagne. « /rf., t6., foLi74v«.

' l^onvain, Bruxelles, Anvers et Bois-le-Dur.

soo

Page 1