LIVRE IV
Gouvernement des princes. — Prise de l'abbaye de Saint- Michel en l'Herm. — Impôts payés pour l'amour de la reine de Navarre. — Son fils sauvé par le capitaine Lardeau. — Pirates Rochelais. — Bataille de Jarnac. — Assemblée de Tonnay-Charente. — Siège de Poitiers. — Bataille de Montcontour. — 60,000 réfugiés à la Rochelle. — Coligny refait son armée. — La Rochelle bloquée. — La flotte des Princes lui rend la mer libre. — La Noue. — Édit de Saint-Germainen-Laye. — Les Rochelais en garde contre les perfidies de la Cour. — Aventure romanesque du vieux Coligny. — Synode de la Rochelle. — La Saint-Barthélémy. — La Noue deux fois traître en faveur de la paix. — Siège de i573. Les femmes combattent. — Monsieur , obligé d'en passer par les conditions des Rochelais après neuf assauts. — Traité de paix. — Les Zélés mécontens. — Troubles intérieurs. — La Noue vient dévoiler aux Rochelais les desseins de la Cour. — Ilsprennent les armes et demandent la convocation des États généraux. — Mort de Charles IX. — La Reine mère achète une trêve des Rochelais. — Assemblée de Millaud. — Henri III arrive en France. — Édit du 14 mai 1576. — Il est mal observé. — Les troubles recommencent. — Condé surprend la Rochelle. — Henri III , chef de la Ligue. — Victoires du roi de Navarre. — Il devient , par la mort de Condé , seul
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chef de son parti. — Assemblée générale des calvinistes à la Rochelle. — Henri III proscrit par la ligue. — 11 se jette dans les bras du roi de Navarre. — Siège de Paris. — Jacques Clément. — Un roi de France calviniste.
.Le jour même où l'on signait le traité , on apprit que le prince de Condé arrivait avec sa famille. On fit aussitôt sortir quelques hommes en armes avec du canon , afin de favoriser sa marche. Il entra en effet dans la ville , le 19 septembre (*) , avec la princesse , sa femme , et ses quatre enfans , dont le plus jeune était encore à la mamelle. Coligny l'accompagnait. L'allégresse était à son comble, et les bourgeois, fiers qu'un prince aussi grand eût choisi leur ville pour asile et leur confiât ce qu'il avait de plus cher , faisaient retentir l'air de cris de guerre et d'amour. Quand la nouvelle en vint au Roi , il en eut un mortel déplaisir ; car , par ce seul fait , la paix était rompue ; les protestans allaient se mettre en défense , et la feinte ne serait plus de saison. Il y renonça aussitôt et laissa éclater sa haine contre les réformés. On publia de sa part les déclarations les plus outrageantes contre le prince et ses adhérens , et il interdit dans sou royaume toutes sortes de prêches , assemblées <-t exercices autres que ceux de la religion catho- * i568.
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lique romaine , sous peine de confiscation de corps et de biens. Les ministres reçurent ordre de sortir de France sous 1 5 jours. La Rochelle fut le refuge d'un grand nombre d'entr'eux. Jeanne d'Albret , reine de Navarre , y vint aussi dans le même temps avec Henri de Bourbon , son fils. Elle était odieuse à la Cour pour le fait de sa religion , aussi bien que le prince de Condé , son beau-frère. On lui avait tendu mille pièges auxquels sa prudence l'avait toujours fait échapper. Cette vertueuse princesse était en grande vénération dans le parti , et les Rochelais surtout avaient pour elle beaucoup d'estime et d'amitié. Elle avait à sa suite les sieurs de Fonteraille , de Pilles et de Briquemault , et aussi un certain nombre de dames et de demoiselles faisant profession du culte réformé.
Jean de La Haize fut encore l'orateur public en cette occasion et harangua la Reine et son fils. Il s'adressa principalement à celui-ci , comme au premier prince du sang et au lieutenant-général du Roi dans la Saintonge et l'Aunis. Le jeune prince répondit d'abord à ses complimens , selon qu'on en était convenu dans le conseil de sa mère et du prince de Condé , puis il ajouta de lui-même, d'un ton résolu et d'une façon tout aimable : « Je ne me suis tant étudié pour » bien parler comme vous; mais je vous assure que » si je n'ai assez bien dit ce que je voulais dire, » je le ferai mieux , car je sais beaucoup mieux
» faire que dire. » Ce qui parut une belle pensée à tout le monde.
Personne dans la ville ne s'était montré plus affectionné au service des princes et de la reine de Navarre , que le maire et ses coélus , et en retour on leur laissait une grande autorité. Ils en usèrent mal en plusieurs occasions, maltraitant, vexant , emprisonnant ceux du parti contraire , voire même leurs ennemis particuliers qui , d'ailleurs , étaient bien portés pour le public et pour la religion réformée. Jean Blandin , entre autres , fut la victime de leur animosité. Sallebert , qui le haïssait mortellement , le fit renfermer dans la tour de la Chaîne. On pensait , en général , qu'il avait mérité son sort, pour s'être plus appliqué aux intérêts de la Cour qu'à ceux de la ville ; mais on fut bien affligé d'apprendre qu'il venait d'être trouvé mort au matin dans sa prison , lorsqu'il se portait bien la veille. Chacun soupçonna qu'on l'avait empoisonné pour s'en défaire. Les princes fermèrent les yeux , et il n'y eut même pas d'enquête. Sallebert devait reconnaître leur complaisance ; mais il les servit avec trop de zèle. Il employa toute son autorité municipale à leur trouver de l'argent II ne cessa de percevoir des impots arbitraires, mais surtout exhorbitans.Un bourgeois refusait-il de payer sa quote-part, se fondant sur ce qu'elle était au-dessus de ses moyens, on saisissait ses meubles, ses habits; et, quand ce n'était
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pas assez , on le mettait en prison , pour que ses amis fournissent au reste. On était plus heureux sous l'autorité du Roi , mais les succès obtenus par les armes des protestans, consolaient un peu et dédommageaient de la tyrannie par la gloire et l'espérance. Coligny venait de se rendre maître de la ville de Niort , malgré la vive résistance deMarcousse, qui y commandait. L'artillerie de la Rochelle l'avait contraint de capituler. L'abbaye de St.-Michel-en-1'Herm , après trois sièges meurtriers , avait aussi succombé sous le courage des Rochelais , aidés de l'ingénieur Vergano. L'obstination des assiégeans les avait si fort animés , qu'ils avaient tué f\oo personnes , sans distinction d'âge ni de sexe , et rasé le monastère. St.-Jean-d'Angély, Fontenay, Pons, Cognac f Blaye et Angoulème , étaient passés aux mains des protestans. Il n'y avait pas de jour qu'il n'arrivât des prisonniers de marque à la Rochelle. On tirait de fortes rançons de quelques-uns, et on se vengeait de quelques autres, qui s'étaient montrés trop acharnés contre ceux de la religion. C'est ainsi qu'on trancha la tête au moine Chateau-Pons , défenseur de St.-Michel-en-1'Herni , et à Haute-Combe, qui commandait dans le château de Fontenay. Dans le même temps , on recevait de la reine d'Angleterre, de l'artillerie, des munitions et de l'argent , dont on avait, grand besoin , car l'armée était bien de 20,000 hommes , et chaque jour elle se grossissait. Les
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Rochelais avaient presque tout ce monde sur les bras, et ils en étaient si las, qu'ils se seraient révoltés , au risque d'être les plus faibles. Mais la reine de Navarre les haranguait, lorsqu'elle était au milieu d'eux ; elle leur écrivait quand elle était absente , et ils prenaient patience , par amour pour elle. Ils avaient une grande confiance dans cette princesse , qui était pleine de zèle pour sa religion , et des plus habiles à flatter le peuple et à le ménager. Elle faisait livrer, à bas prix , les biens ecclésiastiques aux bourgeois qui prêtaient de l'argent , et elle leur engageait de plus sa parole royale et ses domaines particuliers pour assurer leurs créances. On lui savait beaucoup de gré d'avoir voulu que le traité fait avec l'Angleterre , fût signé par les Rochelais. C'était, en effet, un grand honneur pour des bourgeois de voir leur nom mis a côté de celui de la reine Elisabeth , dans des actes publics. En toute occasion , elle faisait éclater la plus vive amitié pour ceux de la ville , et tout dernièment elle avait comblé de biens le capitaine Lardeau, pour avoir retiré de la mer le jeune prince Henri, son fils, qui était tombé du haut de la falaise, à la porte des Deux-Moulins. Les Rochelais en avaient eu presque autant de joie qu'elle - même ; mais si leur bonne volonté était inépuisable , il n'en était pas ainsi de leur bourse. Ils ne pouvaient plus rien donner. D'un autre coté, on était à bout des confiscations,
et une levée de trois millions de livres , que l'on avait faite dans les caisses du Roi, aux provinces d'Aunis , de Saintonge et de Poitou , était bien près d'être épuisée. On s'avisa d'un expédient auquel on n'avait pas osé recourir dans les deux guerres précédentes : ce fut d'équiper une armée navale et de faire la course. Neuf grands vaisseaux et quelques bâîimens légers furent mis à la mer. La Tour, gentilhomme poitevin, en eut le commandement, et partit le i5 octobre. Il rentra dans le port au commencement du mois de mars suivant (*) , avec grande quantité de marchandises , d'argent , de richesses de toute espèce. Il avait fait tout ce butin sur les Portugais, les Espagnols , et les Français qui ne suivaient pas les armes des prolestans. La joie que causait dans la ville le retour triomphant de la flotte , fut bien troublée par le bruit sinistre qui se répandit tout-à-coup. On disait que Condé etColigny venaient de perdre une grande bataille dans les plaines de Jarnac , et que le prince y était mort. En effet , l'armée des protestans s'était portée de ce côté pour se joindre aux troupes qu'amenaient de la Haute-Guyenne et du Languedoc, les vicomtes de Tourniquet, de Montelars-Paulin et de Gourdon. L'intention du prince et de l'amiral était de se renforcer des i,5oo hommes des vicomtes, parmi lesquels il y avait environ j,ooo arquebusiers , pour aller ensuite * i56y. ir
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faciliter Tentrée en France aux secours qui leur venaient de Flandre et d'Allemagne, et qu'arrêtaient le maréchal de Cossé, le duc d'Aumale et celui de Nemours. Le duc d'Anjou avait eu connaissance de leurs desseins ; dès lors , il avait cessé de perdre du temps à reprendre les places dont les protestans s'étaient emparés ; il était accouru , avait rencontré le prince avant que les vicomtes, dont Montluc retardait la marche dans le hautpays, n'eussent réussi à se joindre à lui, et l'avait forcé d'en venir à une grande bataille. La victoire était demeurée aux catholiques ; plus de Gjo protestans avaient péri dans le combat , et Condé , blessé , prisonnier , sans défense , avait été traîtreusement assassiné par le capitaine des gardes du duc d'Anjou. Cet échec semblait irréparable; Coligny seul osa encore espérer le succès de sa cause. Il rallia les soldats, leur rendit la confiance et fit une savante et glorieuse retraite. Mais il avait surtout besoin que les Rochelais ne perdissent pas courage. Leur ville était son port et son arsenal. Aussi leur cacha-t-il d'abord une partie du malheur qui venait d'arriver. Il écrivit que le prince de Condé était sain et sauf à Cognac; qu'il n'y avait pas eu , pour ainsi dire , de bataille , niais seulement une fâcheuse rencontre, une surprise où il y avait eu plus de déroute que de tuerie La disgrâce commune ne pouvait rester longtemps cachée. Deux jours après la réception îles lettres de Coligny , on connut la vérité tout
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entière , et on en fut accablé. La ville était démunie de canons , de poudre , de blé , et le duc d'Anjou, victorieux, allait sans doute arriver pour commencer le siège. La reine de Navarre affaiblit ces funestes impressions, et on se raffermit par de nouveaux sermens dans la foi jurée.
Le duc d'Anjou répétait les fautes qu'il avait faites au commencement de la guerre : il s'arrêtait pour assiéger toutes les places où il y avait des protestans. Ainsi , l'amiral avait le loisir de rassembler les débris de son armée, de s'augmenter d'une foule de protestans qui se jetaient dans son camp , de recevoir des secours de l'étranger , et de tenir des conférences où chacun reprenait courage et réchauffait son enthousiasme pour la liberté politique et religieuse. Jeanne d'Albret était admirable dans ces réunions; à Tonnay - Charente , surtout, elle entraîna les plus timides par ses discours. Eh comment des gens qui l'aimaient auraient-ils résisté à la grâce avec laquelle elle mêlait les pleurs et les soupirs au courage et à la résolution ! Personne ne songea plus à se soumettre, ni même à entrer en accommodement. On jura fidélité au prince de Navarre, qui reconnut le jeune Henri de Condé pour sou adjoint. Sallebert fit le serment, au nom de la Rochelle dont il était maire , et qu'il avait mise déjà en mesure de soutenir le siège. Par ses soins , elle avait été approvisionnée de blé dans les
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marchés de Saintonge , de Poitou , et principalement à Marans. On avait de la pondre , et Coligny était en état de se passer de l'artillerie qu'on lui avait prêtée.
Sallebert était fort agréable aux chefs des protestons, et ils eussent bien voulu qu'il gardât sa charge encore une année. Les privilèges et les longs usages de la ville s'y opposaient. Mais Henri de Navarre eut recours aux prières , et sa mère fit tant d'instances à ce sujet dans le conseil général, qu'on céda et qu'on réélut Sallebert, bien qu'on eût à se plaindre de sa partialité , et qu'on le soupçonnât de faire ses affaires aux dépens de celles du public. Ses coélus furent Claude Huet et Pierre Gui ton.
La bataille de Jarnac n'était pour ainsi dire plus qu'un souvenir glorieux pour les catholiques. Il n'y paraissait pas chez les réformés. Ils avaient une grande armée assez bien pourvue de munitions. Ils n'avaient perdu que des places de peu d'importance , et La Noue , que les princes avaient nommé gouverneur de l'Aunis et des pays voisins, venait, avec l'aide de deux compagnies Roehelaises et de leurs braves capitaines La Garde et Boisville , de faire lever le siège de Niort aux royalistes. La flotte, de son coté, ne cessait de prendre des navires aux ennemis, et le port en était encombre. Mais Coligny avait du pire devant Poitiers ; il > avait déjà perdu 2,000 bons soldats, et, pour
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comble de malheur, le duc d'Anjou arrivait à la tête d'une nombreuse armée. Le conseil était partagé au sujet de ce que l'on devait faire ; les uns demandaient que l'on décampât ; les autres , que l'on attendît encore , pour recevoir la ville à composition. On y était réduit à manger les ânes et les chevaux; de plus, il y avait un bon nombre de réformés dans la place , qui , dans un assaut , pouvaient bien donner la main aux assiégeans. Ce qui ajoutait beaucoup à cet espoir , c'est qu'on voyait dans les prophéties de Nostradamus, que, le 18 août, des assiégés seraient contraints de se rendre. Il y avait un grand effroi parmi les défenseurs de Poitiers, et mesdames du Lude , de Ruffec , de Boiseguin , et nombre de nobles demoiselles n'osaient plus demeurer dans la ville, et, afin de préserver leur honneur, et de prier plus à l'aise, s'étaient renfermées dans le château. Malgré tout, l'amiral crut qu'il valait mieux sauver Châtellerault , que le duc d'Anjou faisait menacer, et qui était une place importante pour les protestans. Il décampa donc , attirant sur lui l'armée royale. Malheureusement , pour ceux de la religion , l'argent manquait , et les mercenaires s'en allaient , faute de solde. Ainsi , il fallait que Coligny se résolût à fuir devant le duc d'Anjou, en s'affaiblissant toujours, ou à courir les chances d'un combat inégal. Il avait la moitié moins de monde, et ses hommes étaient harassés, exténués, mécontens. Coligny se détermina pour la bataille.
11 n'était pas sans exemple qu'on eut remporté la victoire dans les circonstances où il se trouvait; et , d'ailleurs , il brûlait de se venger de l'arrêt qu'on avait fait prononcer contre lui, par le parlement, le i3 de septembre (*). Il avait été déclaré convaincu du crime de rébellion et de lèsemajesté , et , en réparation , on lui avait confisqué tous ses biens , après l'avoir mis à mort en effigie. L'affaire s'engagea à Montcontour, le 3 d'octobre. On n'avait pas voulu exposer les jeunes princes , et ils étaient sur une éminence voisine, sous la garde de Louis de Nassau et de 4,ooo cavaliers. Ils brûlaient de l'envie de jouer des mains, et l'occasion semblait opportune, car l'avant-garde ennemie pliait, et une charge de cette cavalerie eût achevé la déroute. On se refusa au désir des deux braves et nobles enfans , ce qui fit que le prince de Navarre se mit à crier : « Nous perdons notre avantage, et la bataille, par conséquent. » Ce capitaine de seize ans devinait juste ; les choses tournèrent à la perte des protestans ; leur armée fut mise en fuite , et laissa aux mains des catholiques presque toutes ses enseignes, 4,000 morts , grand nombre de prisonniers et son artillerie, dans laquelle il y avait bien des canons Rochelais. De plus, l'amiral avait été blessé dans l'action.
Après un semblable échec , il y avait peu à
espérer que Parthenay , Lusignan et Fontenay osassent tenir encore le parti des princes et résister au vainqueur. Aussi ouvrirent -elles leurs portes , et la Rochelle fut bientôt encombrée , et des restes de l'armée de Coligny, et d'une foule de protestans qui redoutaient les violences des catholiques. C'était un bien cruel spectacle que celui de tant de malheureux ! Personne n'en était plus touché que la noble et bonne reine de Navarre. Elle puisait , à la vérité , des motifs de consolation pour ses propres peines dans son grand caractère et sa confiance en Dieu , mais elle n'en trouvait pas pour les afflictions de tant de proscrits , de fugitifs et de mourans. Elle fit loger les malades , alla les visiter souvent , pour leur rendre le courage, veilla elle-même aux subsistances , et appela des secours de tous côtés. Les Rochelais, dans ces jours de douleur et de défaites, s'élevaient au-dessus d'eux-mêmes , ou plutôt ils montraient ce que la passion peut donner d'audace et de patience. « Nous soutiendrons le siège , » disaient-ils; nous supporterons, sans nous plain- » dre , le fardeau énorme de soixante mille étran- » gers qui encombrent notre ville et finiront par » nous affamer. » A la fin pourtant le malheur , les besoins , la licence des armes firent de cette foule un ensemble d'hôtes trop incommodes pour des hommes qui n'avaient pu souffrir une garnison de 4° soldats dans la grande tour du Port. Les princes se hâtèrent d'emmener leur armée
aussitôt qu'ils y eurent remis l'ordre. La reine d'Angleterre , depuis peu , avait envoyé grande quantité de munitions et quelques pièces d'artillerie. Coligny , dont l'esprit ferme et inventif ennoblissait toutes ses défaites et les tournait , pour ainsi dire, au profit de son parti, était déjà en état de se remettre en campagne. Il est vrai que les conseillers timides du duc d'Anjou lui avaient laissé du loisir , en décidant qu'il fallait prendre les places fortes qui restaient aux protestans, avant que de les poursuivre. Ils en étaient venus à leurs fins; les villes et les châteaux du Poitou étaient aux catholiques, et il y avait à craindre qu'ils ne se tournassent , avec toute leur puissance , du côté de la Rochelle. Ce fut donc pour les attirer sur eux et les détourner de ce dessein, s'ils l'avaient formé , que les princes se mirent à se répandre dans la Saintonge, la Guyenne et le Languedoc, et à y faire du ravage. 11 y avait plusieurs avantages dans cette tactique : on pouvait détourner le duc d'Anjou d'assiéger la Rochelle , et donner aux secours d'Angleterre la facilité d'arriver; on devait ramasser de bons et nombreux soldats dans le haut-pays, et peut-être donner la main à Montgommery , qui avait battu M. de Terride , à Orthez , et était ainsi victorieux et chargé d'écus. Tout succéda pour le mieux aux protestans ; l'armée du duc d'Anjou s'amusa, pendant l'hiver, à réduire la ville de Saint-Jean ; et la Rochelle, débarrassée des éehap-
pés de Montcontour, se ravitailla et se mit en état de défense. Les princes traversèrent tout le royaume , se renforçant d'étrangers , de nationaux, équipant leur monde, et remettant un peu leurs finances.
Cependant le Roi faisait poursuivre avec ardeur le dessein d'enlever aux protestans leurs meilleures places ; ceux-ci éprouvaient chaque jour quelque perte en Poitou. INiort avait ouvert ses portes ; toute la Cour y était venue , peu de temps après , pour donner plus d'activité à la guerre. Les campagnes de l'Aunis se remplissaient de soldats. Il était évident que la Rochelle allait être attaquée. Déjà on menaçait Marans , par où la meilleure part de ses provisions lui arrivaient du bas Poitou. Le sieur de Puy-Gaillard commandait de ce côté pour le Roi , et Puiviault pour les princes. Celui-ci , chargé de la défense de Marans , s'y employait avec un grand courage. Le capitaine Sauvage , de la Rochelle , qui était avec lui , avait barré toutes les avenues par d'excellens forts, et les catholiques auraient certainement échoué dans leur dessein , si ce n'eût été la mauvaise disposition des paysans , qui guidèrent Puy- Gaillard à travers le marais. Puiviault et Sauvage , après cette trahison , ne purent résister à des forces triples des leurs; ils abandonnèrent Marans et rentrèrent à la Rochelle. Ce fut un grand sujet d'effroi pour cette ville : ses subsistances
n'étaient plus assurées , et tous ses chemins étaient ouverts. Bientôt on n'osa plus sortir ni de jour, ni de nuit; les cavaliers catholiques venaient jusques sur la contrescarpe donner l'alarme et tirer le coup de pistolet. Souvent ils emmenaient des prisonniers , et le sieur de La llivière , qui les commandait, fut sur le point d'enlever la reine de Navarre , comme elle était à se promener avec quelques dames à Lafond. C'eut été une belle surprise à causer au Roi, qui faisait le siège de Saint-Jean-d'Angély. Mais un avertissement , venu fort à point , sauva cette princesse.
Puy-Gaillard ne s'en tint pas à la prise de Marans ; il vint avec M. du Lude attaquer Marennes. Le capitaine Chesnet était résolu à y faire bonne contenance ; mais il fut obligé de se retirer , parce que les Allemands qu'il avait avec lui s'étaient mis à fuir dès les premiers coups d'arquebuses. Il leur arriva pis que s'ils se fussent défendus, car ils ne purent entrer à Brouage, tant l'ennemi les serra de près, et ils périrent tous à coups d'épée dans les reins, ou en se noyant dans les fossés. Chesnet , Minguetièt c , Maisonneuve et quelques lansquenets eurent le bonheur de trouver une barque au rivage , et de rentrer à la Rochelle. Saintes, Brouage, Taillebourg passèrent presque aussitôt au pouvoir des catholiques. D'uni autre coté, le Roi recevait
la ville de St.-Jean à composition , et son armée allait venir achever le blocus de la Rochelle. Les habitans ne voyaient plus de moyen de recevoir des vivres et des secours que par la mer, encore cette voie était -elle peu sûre. Du Landreau tenait déjà les passes avec plusieurs vaisseaux. Un jour on le vit paraître a Chef-de- Baye , et on apprit en même temps qu'il venait de prendre les Sables-d'Olonne. Tout semblait se réunir pour accabler la ville. On était encore maître , à la vérité , du bourg de Tonnay- Charente ; mais on ne pouvait se flatter de le garder long-temps ; et , si l'ennemi venait à s'emparer de l'île de Ré, il n'y avait plus qu'à se rendre ou à s'exposer aux horreurs du siège et de la famine. Heureusement que le capitaine Chesnet commandait dans l'île de Ré. S'il pouvait s'y maintenir, tout n'était pas perdu ; et puis il fallait bien se défendre, après ce qui était arrivé à la pauvre garnison de St.-Jean-d'Angély. La foi publique du Roi avait été violée à son égard. Par sa capitulation , elle devait sortir bagues sauves, avec armes, chevaux et enseignes, et on avait dévalisé, désarmé, et meurtri les soldats, lie victorieux faisait trop mauvaise composition au vaincu pour qu'on songeât à se rendre. On se remit donc, avec plus d'ardeur que jamais, à fortifier la ville et à la remplir de munitions de toute espèce. Chaque citoyen apporta , en commun, ce qu'il put de marchandises: du vin,
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du sel, et autres objets, et on fit partir une grande expédition , sous la conduite de Michel Reau et de Guillaume Poimet, pour aller échanger ces objets en Flandre, en Hollande, en Angleterre, contre du blé, de l'artillerie, de la poudre et des boulets.
Sur ces entrefaites, Pui-ïaillé, gouverneur de Marans, dressait ses plans pour surprendre la Rochelle. Il se fiait , pour l'exécution de son dessein , dans les bons offices d'un prisonnier protestant , nommé Verbuisson , à qui il avait donné la liberté. Mais celui-ci le trompait , et les Rochelais , prévenus , tenaient la mèche allumée sur des traînées de poudre qui auraient fait sauter Pui-Taillé et son monde, au pied du boulevard de l'Evangile , où il devait se présenter. Des femmes , sans autre motif que de laisser échapper un secret , furent cause que les royalistes s'arrêtèrent au château de la Gremnaudière, et ne poussèrent pas jusqu'au bout l'aventure.
Du Landreau n'était pas assez fort pour fermer le chemin de la mer aux Rochelais; il faisait bien quelque tort à leur commerce , mais il en eût fallu d'avantage pour abattre leur courage. Le Roi rétablit le baron de La Garde en sa charge de général des galères, et lui commanda uen amener huit de Marseille, qu'il joindrait à d autres navires que la Bretagne devait fournir. Cet amiral n'arriva devant la Rochelle qu'avec cinq
de ses galères (*) ; deux avaient été laissées à Bordeaux par cause d'avaries , et la troisième avait été enlevée par les matelots révoltés; mais c'en était bien assez , avec la flotte de Du Landreau , pour causer grande perte et grande terreur aux Rochelais. Il n'y avait plus moyen de sortir de chez eux par aucun côté. Cette émotion ne fut que de quinze jours. La flotte des princes, qui était allée en expédition sous la conduite du capitaine Sore , commença à se montrer sur les côtes voisines. La Garde leva aussitôt l'ancre. Ses vaisseaux avaient eu beaucoup à souffrir du gros temps; il était trop faible pour engager le combat , et il alla se mettra à l'abri sous le canon de Luppin , à l'embouchure de la Charente. Sore fut reçu comme s'il eût été envoyé de Dieu. L'abondance revenait avec lui . Il avait fait de nombreuses prises; entr'autres, il amenait une carraque vénitienne de 900 tonneaux avec /p pièces de fonte verte, et une riche cargaison. Le mal fut que Sallebert , usant peu honnêtement de la faveur de la reine de Navarre, se fit adjuger, à bas prix, grande quantité de marchandises, sous un nom emprunté. Du reste, la carraque , en signe de victoire , fut nommée YHuguenotte. Cependant , il ne fallait pas s'endormir sur ce succès. Le baron de La Garde était en force dans la Charente ; il interceptait tout ce qui venait de ce côté , et avait déjà * i57o.
capturé un grand navire de la Rochelle avec cent mille écus de marchandises. Par bonheur, La Noue avait repris le commandement de la ville. C'était un des plus grands capitaines de son temps : le seigneur de Montluc, qui s'y connaissait, lui rendait ce témoignage; le duc d'Anjou l'avait arraché à la fureur du soldat, dans la déroute de Montcontour , par estime et non par humanité , car il n'en montra pas du tout dans cette journée. Enfin le cardinal de Lorraine s'était opposé à ce qu'on l'échangeât contre Strozzi , qui était prisonnier à la Rochelle , en disant : il y a en France plusieurs Strozzi; il n'y a qu'un La Noue. Toutefois l'échange avait eu lieu ; La Noue avait repris sa charge de gouverneur dans le Poitou , l'Aums et laSaintonge, pour les princes, et c'était à lui que le baron de La Garde allait avoir affaire. I était dans la Charente avec ses galères , et de la il avait l'œil sur Brouage , que les protestans auraient bien voulu reprendre, et il menaçait les petites placesqui leur restaient encore sur la rivière. On était averti qu'il méditait quelque coup de main sur Tonnay-Charente. LaNoue partit avec 5oo arquebusiers Rochelais, et il sut se couvrir d'un tel mystère , qu'il arriva à Tonnay-Charente comme La Garde s'avançait de son coté, sans défiance , pour s'en emparer. LaNoue avait recommandé à ses soldats de rester en embuscade sous la halle du bon.-, jusqu'au moment où tous les ennemis seraient descendus, puis de courir à eux d'une manière ré-
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solue, de les disperser, de les tuer, ou de les faire prisonniers. Si une telle manœuvre était bien exécutée , on devait prendre la flotte royale. Les Rochelais ne purent pas attendre le signal ; dès que les catholiques eurent commencé à mettre pied à terre , on les chargea avec de grands cris. Ceux qui étaient sur les dernières galères entendant ce bruit et les arquebusades que les protestans ne ménageaient pas, forcèrent de rames et arrivèrent à temps pour défendre les leurs. Ainsi , au lieu d'une surprise bien ménagée , l'affaire se changea en un grand et terrible combat. Les catholiques tiraient un grand avantage de l'artillerie de leurs vaisseaux; mais, voyant que la galère la plus avancée était prise, partie par les efforts des protestans, partie par la révolte des forçats, à qui l'on criait liberté] ils l'abandonnèrent, renonçant à leur entreprise et sortant même de la Charente. La Noue n'en éprouvait pas moins une vive peine; il n'emmenait qu'une galère , et les gens de Brouage, avertis à temps , s'étaient mis sur leurs gardes : de sorte que pour l'heure il n'y avait rien à espérer de ce côté. Toutefois , cet avantage et ceux que les princes avaient obtenus eux-mêmes dans leurs courses , leur donnèrent l'espoir d'obtenir une bonne paix. Ils firent des ouvertures; mais le Roi n'y répondit pas, et ordonna à La Rivière, à Puy-Gaillard et autres chefs catholiques, de serrer de plus en plus la Rochelle. Cette ville ressentait de grandes incommodités : La Noue ,
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aidé de l'ingénieur Scipîon Vergano , entreprit do percer et de rompre le blocus par terre. Ils allèrent d'abord attaquer Nuaillé. Les soldats qui gardaient le château se rendirent dès le lendemain. Marans ne pouvait pas être très - bien défendu , après le malheur du capitaine Chaperon, qui était venu de Saintonge pour garder cette place. Le sieur de La Roche-Ainard , à la tète d'une compagnie Rochelaise , l'avait surpris dans son chemin , et lui avait tué la moitié de son monde. En effet , La Noue , venant à lui , après la prise de Nuaillé, et le pressant d'une façon résolue, l'amena à se rendre sans coup férir. Les catholiques furent tout abattus de ce coup inattendu. Les Rochelais , au contraire, en eurent grand cœur; ils poussèrent leur pointe et prirent le Gué-de-Velire , Langon, Luçon , Mareuil , et ce qui se trouvait aux environs. D'un antre côté, les vaisseaux de Sore tenaient la mer, et, s'ils n'eussent été empêchés d'aborder par une tempête , la ville des Sables eût été obligée de se rendre aussitôt. Cette bonne prise ne fut retardée que de quelques jours; le temps se remit; La Noue combina ses mouvemens avec ceux de la flotte, et il anima tellement ses soldats par la promesse du pillage de la ville, où les catholiques poitevins avaient mis leurs richesses, qu'il y entra à force ouverte, le 16 lévrier. Les rovahsles > perdirent 400 hommes, 4<» navires et des armes m quai* tité. Les protestans firent un grand butin, el tiHI
rent des sommes considérables de leurs prisonniers. La Noue seul se contenta de l'honneur d'avoir si bien servi sa cause.
Le sieur Du Landreau, qui commandait dans les Sables -d'Olonne , s'était échappé à la faveur de son cheval ; mais, étant tombé dans un bourbier, au milieu de la campagne , il fut pris et amené à la Rochelle. Il ne fallut rien moins que des menaces terribles de la part du Roi pour qu'on ne le mit pas à mort. Du Landreau avait été , autrefois , de la religion réformée , puis il avait changé et était devenu un de ses plus violens ennemis. Il avait surtout causé beaucoup de mal aux Rochelais. On respecta les commandemens du Roi , ou du moins l'on craignit que, par représailles, il ne fit mourir quelque grand personnage d'entre les protestans : on se contenta de renfermer Du Landreau dans la plus haute chambre de la tour de St. -Nicolas.
Dans le même temps, une galère vénitienne, que l'on avait envoyée de la Rochelle à Olonne pour en apporter le butin , fut prise par le baron de La Garde. Il n'en jouit pas plus de huit jours , et un brave matelot, nommé Jean Dallevert, alla l'incendier à Brouage , lui dixième. La flotte continuait à rendre de grands services. La reprise de Marans et des autres avenues de la ville n'aurait pas empêché, pour le moment , la disette de se faire sentir ; mais le capitaine Sore , dans les premiers jours
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de mars, ayant rencontré \L\ navires flamands, chargés de blé pour Bordeaux , les força de le suivre à la Rochelle pour y vendre leur cargaison.
La Noue poursuivait ses avantages , et la Cour commençait à craindre qu'il ne se rendît maître de tout le Poitou. On résolut donc, dans le conseil du Roi , de détacher encore des troupes des grandes armées, et de les envoyer de ce côté. Puy- Gaillard fut bientôt à la tète de \L\ compagnies d'ordonnance et de 19 enseignes de gens de pied, sans compter 1 compagnies de cavaliers italiens, et autant à-peu-près de fantassins , de la même nation ; de sorte qu'il avait bien environ li,ooo hommes avec lui. Au commencement , les protestans en furent accablés. Ils perdirent Langon , le Gué de Velire, Luçon, Sainte-Gemme, et plusieurs autres petites places. Marans allait s'ensuivre. La Noue résolut de l'empêcher. Il appela à lui Puiviault et les autres capitaines qui étaient vers la Charente , puis il alla fièrement à l'ennemi. La rencontre eut lieu dans la plaine de Sainte-Gemme. Les protestans étaient bien inférieurs en nombre aux catholiques; ceux-ci furent pourtant défaits, et si complètement, qu'ils laissèrent 5oo hommes morts sur la place et 800 prisonniers. La Noue leur prit aussi 20 drapeaux et y cornettes, qui causèrent une grande joie à la reine de Navarre. C'était le sieur de Puiviault qui avait conseillé de livrer la bataille, et il en obtint une grande autorité
dans le camp. Son avis fut d'aller assiéger la ville de Fontenay , et on y alla. Deux jours après , la brèche était ouverte; mais on y éprouva un si grand malheur, qu'il n'y eut pour ainsi dire pas de quoi se réjouir des succès passés. La Noue , en faisant une reconnaissance, reçut une arquebusade dans le bras gauche. La gangrène s'y mit , et il fallut le couper. On craignait que l'opération ne fût inutile. La Noue, lui-même, désespérant de son sort, et d'ailleurs ne voyant plus à quoi il serait bon, devenu manchot, recommandait son ame à Dieu, et s'obstinait à ne pas se laisser faire l'amputation. Heureusement que la reine de Navarre le ramena par ses bonnes raisons, et l'adoucit par la grande affection qu'elle lui témoignait. Ce fut elle qui lui tint le bras malade durant que le médecin opéra. Cet accident n'empêcha pas la ville de St.-Jean d'être prise. L'armée navale continuait à faire comme par le passé; par son moyen, on venait de s'emparer de Marennes , de Soubise* et de Brouage. Le puîné de Rohan, le seigneur de Pontivy, établi chef en Angoumois, faisait de son côté de bonnes prises , et amenait au parti de la religion réformée la capitale de la Saintonge. C'était bien la faute de Puy-Gaillard. Il avait si grande envie de prendre la reine de Navarre , qu'il ne cessait de faire des courses jusqu'aux portes de la Rochelle , pour la surprendre dans quelqu'une de ses promenades. Il eût mieux fait d'aller faire lever le siège de Saintes, car, cette place rendue, tout
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l'Angoumois s'en allait passer au parti des princes. Ceux-ci relevaient grandement leurs affaires sur les débris deMontcontour, et on dut les regarder comme bien modérés , de se contenter de la paix que leur accorda le Roi à St.-Germain-en-Laye. Tous les réformés n'en furent pas satisfaits. Plusieurs auraient voulu qu'on se poussât encore pour arriver à une liberté entière , et fonder peut-être le gouvernement républicain. La ville de la Rochelle prenait peu de part à ces nouveautés, et on y accueillit, avec de grandes démonstrations d'allégresse , l'annonce de la paix. La reine de Navarre fut plus aimée et honorée que jamais. La fin de ce mois (août) amena d'autres sujets de joie. L'amiral Sore, qui avait fait route sur les vaisseaux vers Madère et les Canaries , rentra avec plusieurs navires portugais richement chargés. Peu s'en était fallu qu'il n'eût pris aussi l'île de Madère.
L'édit de St.-Germain-en-Laye était certainement le plus favorable de ceux que les protestans se fussent fait octroyer jusques là ; mais il n'y avait ni bonne foi d'un côté, ni confiance de l'autre. Les seigneurs huguenots , au lieu d'aller faire leur cour au Roi, ou de se retirer dans leurs maisons, vinrent s'enfermer, pour la plupart, dans l'une des quatre villes de sûreté qu'on leur avait abandonnées pour deux ans, la Rochelle, la Charité, Sancerre et Cognac. Les
princes , l'amiral , le comte Louis de Nassau , les sieurs de Teligny, La Noue , et plusieurs autres chefs , arrivèrent à la Rochelle au mois d'octobre.
Mais déjà on n'entendait de tous cotés que* plaintes et réclamations. Ici, les catholiques se disaient opprimés; là, les calvinistes dénonçaient les offenses qu'on faisait à leur culte, se plaignaient du dommage que l'on apportait dans leurs biens , des mauvais traitemens dont on usait envers leurs personnes , et ils demandaient réparation. On avait envoyé en cour Briquemault , Teligny et Cavagnes pour suivre et surveiller l'exécution de l'édit. Ils ne faisaient autre chose , tous les jours , que de se plaindre au Roi et à la Reine mère des violences exercées dans les provinces contre ceux de la religion réformée. Le Roi feignait d'être sensible à leur mécontentement et promettait de punir les violateurs de son édit ; et quelquefois, en effet, il maltraita ses sujets catholiques , à cause de leurs différends avec les huguenots. Il ne les punissait pas pour avoir fait du mal à ces derniers , mais bien parce que, comme il les empêchait de prendre confiance , il lui était plus difficile de conduire à fin ses odieux projets et son infâme trahison. Il voulait endormir les pauvres réformés. Pour cela, il leur faisait de grandes amitiés; il voulait absolument donner sa sœur en mariage au prince de Navarre, leur chef; et, si quelqu'un d'eux se hasardait à venir à la
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Cour, sa figure lui souhaitait la bien -venue, pendant que son cœur le dévouait à la mort. Il apprivoisait Coligny par une ruse particulière r en lui écrivant qu'il avait dessein de le mettre à la tète d'une grande armée qui irait faire la conquête de la Flandre et des Pays-Bas , aux dépens du roi d'Espagne. Ce prince s'était, jusqu'alors, montré l'ennemi le plus cruel des réformés , et c'eût été pour ceux-ci un grand plaisir de se venger. Ainsi , chacun avait son lacs qui le tirait dans le piège. La reine de Navarre était sollicitée au nom du Roi , par le seigneur de Biron , de condescendre au mariage de son fils avec madame Marguerite. Elle tenait à grand honneur cette alliance; mais la parenté et la religion lui causaient quelque répugnance ; et puis , elle était aussi arrêtée par les craintes et les soupçons de ses bons amis les Rochelais. Rien ne pouvait les faire tourner au vent de la Cour, et ils ne cessaient de dire que Médicis fardait encore plus ses discours que son visage. Cependant, on prenait insensiblement confiance dans les paroles et les actes du Roi. Les catholiques, qui ne devinaient pas où tendaient ses complaisances pour les réformés, se plaignaient hautement de lui, et achevaient d'aveugler ces malheureux. On se livrait au plaisir, et de tous côtés on ne s'occupait que de fêles et de mariages. Le vieil amiral mettait à fin un< aventure romanesque avec la belle Jacquette d Entremont; il épousait cette demoiselle^ qui avait mi
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de son pays au péril de ses jours, contre l'ordre du duc de Savoie, son seigneur, et, à travers les risques et les périls d'un long voyage, était venue trouver son amant et son héros à la Rochelle. Le même jour, à la même heure et dans le même temple, Teligny s'unissait à la fille de l'amiral. Cette cérémonie fut célébrée avec beaucoup d'éclat; la ville était remplie de grands seigneurs et de nobles dames, et puis les ministres qui étaient venus au synode de la Rochelle , y assistaient.
Ce synode , qui semblait devoir arrêter des points très-importans, et que Théodore Bèze présidait, s'occupa peu de doctrine et ne fit guère que des réglemens de discipline. Coligny y montra sa profonde sagesse , en demandant une loi pour retenir le zèle, parfois trop ardent, de quelques pasteurs. On fit trois copies de la confession de foi. L'une fut déposée dans les archives de la ville , l'autre envoyée à Genève, et la troisième en Béarn.
La Reine mère ne se lassait point d'exhorter les protestans à se rendre à Paris. Elle faisait insinuer à l'amiral que la guerre de Flandre serait tout à son profit, et qu'on lui céderait les provinces conquises. Les flatteries et les séductions des beaux discours n'étaient point épargnées, et ce qui devait en assurer la réussite , c'est qu'elles arrivaient par la bouche de Teligny, que l'amiral chérissait. Ce jeune homme s'était laissé prendre, des premiers, aux pièges du Roi et de sa mère. Il faisait presque
un crime à son beau-père de persister dans se» défiances. Les Rochelais eux-mêmes n'avaient plus si mauvaise opinion de la Cour, depuis que leurs députés, Briquemault et Cavagnes, avaient été honorés d'une audience de la Reine et d'un souris du Roi. Il était difficile de résister au milieu de cet entraînement presque général , et Médicis ne cessait de donner chaque jour quelque nouvelle garantie. Elle faisait trancher la tète à 3oo catholiques pour avoir troublé les calvinistes, à Rouen, dans leurs assemblées religieuses; elle offrait i5,ooo hommes à la reine de Navarre pour l'aider à reconquérir son royaume sur Philippe II. A la fin , Coligny partit, accompagné de 4° gentilshommes. Cependant, la pompe triomphale qu'il trouvait partout sur son passage , ne pouvait effacer l'impression des rêves affreux qu'il avait eus , ainsi que Jeanne d'Albret. Et puis , l'opinion générale était qu'il avait paru des signes effrayans dans le ciel et sur la terre. Les Rochelais , se voyant seuls , revinrent à leurs mauvais pressentimens. Ils se répétaient les uns aux autres ce que l'on avait publié de la cruauté de Charles IX , dans sa première enfance , et ils disaient que celui qui s'était amusé , petit garçon , à répandre le sang des animaux, répandrait, plus tard, le sang de ses sujets. Ils n'étaient pas contens, d'ailleurs, des allures du maréchal de Cossé, leur nouveau gouverneur. Du Landreau courait les mers et troublait leur commerce, comme si l'on eût été en guerre. Le baron
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de La Garde était toujours sur les rades avec ses galères. Enfin, Strozzi faisait un grand armement à Brouage. On ne manquait pas d'apporter de beaux prétextes pour chacune de ces choses; mais ceux de la Rochelle ne pouvaient s'en contenter, et ils ne cessaient d'écrire à Coligny qu'il eût à se tenir sur ses gardes. La reine de Navarre était encore parmi eux, et ils s'efforçaient de la détourner de se rendre à la Cour. Ils auraient donné leurs biens et leurs vies pour cette bonne princesse. Pourtant , leurs intérêts et leur liberté même avaient souffert de son séjour de trois années dans leur ville. Mais ils se payaient de cette raison que, dans les grandes nécessités où l'on s'était trouvé, il avait fallu que les princes fussent puissans et les citoyens toujours disposés à faire des sacrifices. Et puis, Jeanne d'Albret leur avait montré tant d'affection et était si généreuse, lorsqu'elle le pouvait ! Ne venait-elle pas encore d'ajouter deux grandes salles au collège , avec un vaste jardin ! Elle avait appelé trois des plus doctes d'entre ceux de la religion , pour les employer à l'instruction de la jeunesse. C'était , pour la langue latine, Pierre Lefebvre ; pour la langue hébraïque , François Birauld; pour la langue grecque, Nicolas Gringius, d'une noble famille de Rouen , et qui avait enseigné dans les écoles publiques de Paris , de Bordeaux et de Coïmbre. La reine de Navarre les installa elle-même, se chargea de leur entretien , et Gringius étant mort quelques jours après , elle fit
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venir Pierre Martinius pour le remplacer. Cet habile homme, qui avait étudié sous le philosophe Ramus, acheva à la Rochelle ses grammaires hébraïque et chaldaïque , et les y lit imprimer.
Il ne restait plus rien dans la ville de tant de princes et de seigneurs qui s'y étaient réfugiés. La reine de Navarre venait de faire ses adieux aux Rochelais. Elle partait accompagnée du prince Louis de Nassau et d'une cour assez nombreuse. Les nouveaux dons de la commune l'avaient mise à même de paraître en un équipage convenable aux noces de son iils.
Elle allait à la mort , heureuse sans doute de n'être pas destinée à voir ce fatal mariage. Elle mourut à Paris , huit jours après son arrivée , non sans soupçon d'avoir été empoisonnée. La rumeur publique en était si grande que la Reine mère se crut obligée de faire ouvrir le cadavre ; mais les médecins qu'elle y employa et les précautions qu'elle prit , ajoutèrent à la méfiance publique , et l'on ne put la défendre dans la suite d'avoir commis ce meurtre , qu'en ce qu'il devait nuire à ses projets. Cette nouvelle augmenta grandement les craintes des Rochelais. Ils envoyèrent, encore des députés à l'amiral pour tâcher de faire pénétrer leurs soupçons dans son esprit. Mais il les congédia presque avec humeur et leur reprocha d'être trop en défiance du Roi , qui était dans les meilleures dispositions pour les réformés.
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Le mariage de Henri de Navarre avec madame Marguerite , retardé par la mort de la reine Jeanne , se fit enfin le 18 août. Médicis comptait ses victimes pendant qu'elles se livraient à la joie des festins et des danses. Mais le moyen d'exécution n'était pas encore arrêté. Le chancelier Birague ne demandait que quelques cuisiniers pour en finir avec les chefs protestans ; Médicis , le Roi et le plus grand nombre de leurs conseillers , aimaient mieux répandre du sang.... Le 22 août, on apprend que l'amiral , en sortant du Louvre pour se rendre à son hôtel , a reçu une arquebusade dans le bras. Des affîdés de Guise ont des habitudes dans la maison d'où le coup est parti , et l'on sait bientôt que Montravel est l'assassin, et que Chailly , un des domestiques du duc , l'a aposté dans cette maison. C'était un avertissement pour tous les réformés de fuir , ou du moins de se tenir en état de défense. Le Roi , qui le comprend et s'indigne peut-être qu'un autre que lui ait donné le signal du meurtre, fait éclater la plus violente colère. Il se rend auprès de Co- Lgny , le presse dans ses bras , baise ses cheveux blancs et lui promet vengeance ; puis il prend congé de lui et revient dans son palais fixer Theure du massacre général....
L'effroi de la St.-Rarthélemy se répandit bientôt dans toute la France. La nouvelle en fut apportée à la Rochelle , cinq jours après l'exécution , par
5o gentilshommes qui , logés sur la rive droite de la Seine , avaient pu se sauver de Paris. Ils furent suivis d'un nombre considérable de réformés de toutes conditions , et d'une soixantaine de ministres de diverses provinces. Ils appréhendaient qu'on ne tuât dans tout le royaume comme on avait fait à Paris. D'autres se réfugièrent à Sancerre , à Montauban , à Nimes , à Genève , en Suisse , en Angleterre. Et , en effet , on avait pris des mesures pour qu'il n'échappât pas un huguenot. Chaque gouverneur avait reçu du Roi des lettres closes pour les ouvrir le il\ août. On y donnait ordre de faire main basse aussitôt sur ceux de la religion. Strozzi , entre autres , avait été chargé d'en finir avec ceux de la Rochelle. Telle était la lettre de la reine mère :
« Je vous avertis que , cejourdTmi 24 août , l'amiral et tous les huguenots qui étaient ici avec lui , ont été tués. Partant , avisez diligemment à vous rendre maître de la Rochelle, et faites aux huguenots qui vous tomberont en mains , le même que nous avons fait à ceux-ci. Gardez-vous bien d'y faire faute , d'autant que craignez de déplaire au Roi , Monsieur , mon fils,
et à moi.
Catherine. »
Heureusement, pour les Rochelais , que leur méfiance éternelle au sujet de leurs privilèges les avait rendus sourds aux protestations et aux
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belles paroles que ne cessaient de leur adresser le baron de La Garde , le sieur de Belleville , La Rochebariteau et Strozzi, pour être reçus avec leurs troupes dans la ville. Ils les avaient obstinément refusés malgré les commandemens et les jussions du Roi. Ainsi dès-lors ils étaient à-peu-près en révolte ouverte. La nouvelle de la St.-Barthélemy ne pouvait pas les rendre d'une plus facile composition. Après quelques pourparlers inutiles , dans lesquels ils n'entraient que pour avoir plus le temps de se mettre en défense , ils laissèrent éclater leur juste horreur du massacre de leurs frères , et menacèrent de tuer Strozzi et La Rochebariteau, s'ils ne sortaient aussitôt de la ville. C'était déclarer la guerre , et on en acheva les préparatifs. On expédia des navires en Angleterre avec ordre d'en rapporter de la poudre et des munitions; on fit le dénombrement des citoyens pour régler le service militaire. Il s'en trouva de quoi composer huit compagnies de fao hommes, sans compter une colonnelle, formée de ceux du corps de ville et de leurs plus proches parens. 11 ne cessait d'arriver des réfugiés, de sorte qu'au bout d'un mois on avait de plus une compagnie à cheval et huit compagnies à pied, qui battaient la campagne et assuraient les approches de la Rochelle. Les subsistances y entraient de toutes parts , et on eut bientôt du blé et du vin , pour environ six mois. Le Roi était tout troublé de la résolution des Roche-
Jais. Les huguenots , qu'on avait cru pouvoir exterminer , étaient déjà en campagne , plus redoutables que jamais par l'indignation et le désespoir. Le royaume ne trouvait dans une horrible confusion , et , si l'appui des Rochelais donnait le temps aux réformés de recevoir des secours d'Angleterre , il n'était pas dit que ces derniers ne prissent à la fin leur revanche. Le Roi envoya Biron à la Rochelle. Ce seigneur n'avait pas trempé ses mains dans le sang des calvinistes : il en avait même sauvé plusieurs au i(\ août , en leur donnant asile à l'arsenal , à Paris. Cette circonstance devait le rendre agréable aux Rochelais. Il était chargé de leur garantir leurs privilèges , et , pour plus de séduction , il avait à leur présenter des lettres de Henri de Navarre , dans lesquelles celui-ci les priait , au nom de leur amitié commune , de se rendre aux propositions du Roi. Quelques-uns , dans la viile , étaient de cet avis ; mais on avait généralement trop de motifs de se défier de tout ce qui venait de la Cour. Quant au jeune roi de Navarre , on ne tenait pas ses lettres pour être l'expression sincère de ses sentimens , attendu qu'il était comme en captivité. Et l'on se servait d'un prétexte semblable pour se refuser aux commandemens du roi de France lui-même ; on disait : Sa majesté est incapable d'avoir ordonné le massacre qui s'est fait à Paris et d;ins plusieurs villes du royaume | et il faut qu'il soit prisonnier et non libre BUS IBtMIS des
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Guisards. Ainsi, tout en protestant de leur obéissance et en persistant à se déclarer fidèles et loyaux serviteurs du Roi , les Rochelais signifièrent à Biron qu'il devait renvoyer ses soldats donner ordre aux galères de s'éloigner , s'il voulait être reçu dans la ville avec tous les honneurs et les respects dus à sa personne. Pendant que Biron s'efforçait d'amener ceux de la Rochelle à faire de meilleures propositions , le baron de La Garde se saisit de deux de leurs vaisseaux qui rentraient dans le port avec une riche cargaison. On rompit le! conférences , et , de part et d'autre , on remit son bon droit à Dieu et a la force des armes. Déjà, par les soins de Scipion Vergano , par l'ardeur des bourgeois et des réfugiés, les fortifications étaient en fort bon état H était impossible anx gens du Roi de trouver de labn aux approches de la place. On avait rase maisons , moulins et enclos , jusqu'à une grande distance ; les clochers , les tours avaient p usieurs pièces en batterie ; on avait élevé des plaies-formes au milieu des rues, pour défendre encore la ville après que l'ennemi y serait entré.
" ^^ ' Û ? avait J Go "ffiw de poudre dans les magasins et ,75 canons en état de jouer. Toutefois , on avait encore bien de la besogne à faire pour rendre la Rochelle imprenable. Elle manquait d ouvrages avancés, et des hauteurs à portée de canon , la dominaient de plusieurs côtes. Wto était surtout attaquable entre la porte de
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Cougnes et celle des Denx-Moulins. Sur un espace de 5oo toises , on n'avait à opposer aux assiégeans que le demi-bastion de la vieille fontaine et le bastion de l'Evangile ; encore celui-ci n'étaitil que terrassé et sans revêtement. Mais la présence des gentilshommes et des soldats , les discours éloquens de 5o ministres , et , plus que tout , la nécessité , élevaient singulièrement l'esprit du peuple , et il se serait défendu quand bien même la ville eût été ouverte de tous côtés. Les femmes des bourgeois et leurs servantes se portaient aux travaux les plus rudes ; elles se montraient si belliqueuses qu'il n'était pas permis aux hommes de regarder en arrière. Les fortifications s'élevaient comme par enchantement. Les habitans de la campagne que l'on faisait venir par corvée , avaient moins de zèle, et ce fut surtout contre eux qu'on établit une amende de io livres pour quiconque refuserait un jour d'aller au travail, avec confiscation entière des biens , dans le cas de récidive. Les catholiques n'étaient pas encore en mesure, que déjà on avait construit un fort , en forme de tenaille , à la porte des Deux-Moulins , pour battre la mer et les hauteurs voisines : la Porte -Neuve avait un bastion avancé , et le boulevard de l'Evangile était augmenté de plusieurs casemates capables de loger aoo arquebusiers. Comme on n'avançait pas asseï à démolil les maisons extérieures, et à en tirer le 1er. le> charpentes et Les plus Larges pierres , on 3 ont 1<
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feu ; ainsi on détruisit , en deux jours , Saint- Maurice , Fétilly , le Treuil-des-Noyers , le Treuilaux-Filles, la Brande et autres lieux, jusqu'à un rayon de 600 toises. En même temps, on ne cessait de faire venir, par terre, tout le grain qui arrivait au marché de Marans , et les meilleurs bœufs qui venaient à celui de St.-Xandre. Les galères de La Garde et les vaisseaux de Strozzi fermaient le chemin de la mer. Les Rochelais , persuadés qu'il deviendrait libre, s'ils se rendaient maîtres de l'île de Ré , chargèrent le capitaine Des Essars d'y faire une expédition. Il choisit son monde dans toutes les compagnies, et, le 8 novembre au soir , partit mystérieusement avec 4 navires qu'il tenait prêts. Il tomba sur deux galères qui étaient à Chef-de-Baye, sans en avoir été aperçu , et il en prit une avant même que l'ennemi eût pu reconnaître d'où lui venait l'attaque. Malheureusement pour Des Essars, ses soldats se portèrent avec trop d'avidité au pillage ; l'autre galère eut le temps de couper ses cables et d'aller donner l'alarme à l'île de Ré. Le coup fut manqué, et l'île resta aux royalistes. Cependant ce ne fut pas un médiocre avantage que la prise d'une galère estimée 20,000 écus. De plus, on avait trouvé à bord le capitaine Fiesque , et. deux habiles ingénieurs qui dressaient des plans pour attaquer la ville.
Le Roi envoyait autant de forces qu'il pou-
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vait de ce coté ; mais un accommodement aurait été. plus de son goût qu'un siège long, dispendieux et peut-être inutile. Il revint donc aux propositions de paix , et songea à les faire porter par La Noue. Ce seigneur était en Flandre, où, malgré de grandes preuves de courage, il avait eu de mauvais succès , et était retenu en otage dans le camp des Espagnols. Le duc de Longueville , gouverneur de Picardie , dans l'esprit duquel il était en très-haute estime, lui fit des ouvertures au nom du Roi. La Noue consentit à se rendre à Paris , dès qu'il serait libre. Il y vint en effet et ne put résister aux séductions dont on l'environna. C'étaient de magnifiques promesses , et aussi quelques beaux effets , comme la main-levée des biens de son beau-frère Teligny, la restitution des siens propres; mais ce qui le toucha surtout, ce fut l'espoir de mettre fin à la guerre civile et de rendre un signalé service à son pays. Le Roi , à force de protestations, l'avait persuadé qu'il ne voulait que le repos et l'honneur de la France. La Noue était meilleur citoyen que bon huguenot. Il consentit donc à porter des propositions de paix à ceux de la Rochelle , et il partit , après avoir reçu la parole du Roi qu'on ne se servait pas de lui pour trahir ses amis.
Le moment n'était pas favorable pour les desseins de La Noue. La ville était toute troublée
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far suite de la désertion de deux gentilshommes mecontens. Les bourgeois étaient entrés en méfiance de plusieurs de leurs capitaines, et ils venaient de mettre en prison le sieur de Coreilles François du Jan , Pierre Portier, Jean Colin' Lévèque de la Gremnaudière. Ils avaient même fait subir le supplice de la roue a Davi de Poitiers. La Noue survenant, et parlant au nom du Roi , parut aussitôt un traître aux plus ardens On lui fit l'affront de lui refuser l'entrée de la ville. Il ne fut guère mieux traité des députés qu'on lui envoya à Tasdon; leur accueil fut glacé « On nous avait donné l'espoir, dirent -ils de » rencontrer M. de La Noue, et on nous a » trompés. » « Eh quoi , s'écria-t-il , ne me con- » naissez -vous plus! avez -vous sitôt perdu le » souvenir de tant de choses que nous avons faites » ensemble, pour notre commune conservation ? » Un des députés répondit : « Vous avez bien » quelque air du visage de M. de La Noue et » de la stature de son corps , mais nous ne re- » connaissons ni sa voix , ni ses conseils qui , « autrefois, nous ont été si profitables...» La conférence se termina de meilleure grâce qu'elle n'avait commencé, et les députés promirent de revenir, le lendemain, rendre compte de ce qu'on aurait décidé dans le conseil de ville. La Noue y avait de nombreux amis qui ne pouvaient lui soupçonner de fâcheux desseins. Quelques-uns même revenaient à de meilleurs sentimens pour
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le Roi , en considération de ce qu'il avait choisi un pareil entremetteur. Aussi, dès la seconde entrevue , La Noue vit bien que les coeurs des Rochelais étaient toujours à lui ; mais il s'aperçut aussi qu'ils étaient pour la plupart aliénés à Charles IX. Il ne put rien gagner en faveur de la paix; d'un autre côté, il fut grandement touché des larmes et des supplications de ceux de la Rochelle , si bien qu'il se porta à une étrange et soudaine résolution. On lui avait associé à Paris l'abbé Gadagne pour observer sa conduite. Il le prit à témoin qu'il n'était pas en son pouvoir de faire ce que le Roi avait espéré de lui , et il ajouta que , ne pouvant détourner ses amis de la guerre , il voulait courir leurs dangers et les défendre. Puis il entra dans la ville. Le peuple, les soldats le reçurent avec les plus vives démonstrations d'allégresse. On le nomma général, d'un commun accord , et il fit , en cette qualité , serment entre les mains du maire. Cependant il n'oubliait pas ses promesses au Roi , et la démarche qu'il venait de faire, était dans son esprit le meilleur moyen de les remplir. En disposant tout pour la guerre , en exposant chaque jour sa vie , il ne cessait d'exhorter et d'entraîner les esprits à la paix.
Biron ne prit, plus de repos qu'il n'eût établi ses troupes devant la ville. Elles entrèrent en Aunis par le passage du Brault et le chemin de
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Mauzé. Les Rochelais ne pouvaient résister en pleine campagne à des forces si grandes , et ils abandonnèrent les bourgs et les petites places qu'ils occupaient dans le voisinage. Le capitaine Normand fit mine de vouloir se maintenir dans le château de la Gremnaudière ; il s'y défendit même pendant quelques heures contre Biron , qui avait trois pièces de gros canon et lui en tira bien 60 coups. La place n'était pas tenable ; ce n'était qu'un corps de logis et deux méchantes tourelles qui furent bientôt par terre. Normand ne pouvait manquer d'être forcé au matin. Il décampa donc pendant la nuit , à la faveur d'un grand nuage de fumée qu'il fit en brûlant une grange pleine de foin et de futailles, et il vint se jeter dans le château de la Sausaye. Le capitaine Virollet, qui était de sa troupe, fut fait prisonnier par la faute de son cheval. Ne voulant pas demeurer en repos , et n'étant pas en état de payer rançon , il prit parti dans l'armée du Roi.
La Noue ne restait pas inactif, et, comme il ne pouvait mieux faire pour le moment , il aguérissait la jeunesse Rochelaise, qui brûlait du désir de se signaler , et la menait à l'ennemi avec honneur , mais sans trop la compromettre. Ces braves jeunes gens avaient une grande estime pour leur général , et travaillaient chaque jour à accroître son pouvoir et son autorité dans la ville.
Les ministres qui, pour la plupart, ne craignaient rien tant que la paix et la conciliation, auraient mieux aimé voir à la tète des affaires Montgommery , bien plus ardent que La Noue, parce qu'il n'avait rien de bon à attendre de la Cour. Il y avait donc deux partis dans la ville , l'un soutenant la guerre pour avoir la paix, l'autre la pcuss int pour se venger et faire sentir sa haine.
Cependant , Biron ne cessait d'avancer et de resserrer les assiégés de jour en jour. Il avait déjà son quartier-général à St. -Xandre; Strozzi était à Puilboreau ; Goas à Rompsay ; St. -Martin à Lagord , et Duguast à Aytré : encore n'avait-on sur les bras que la moitié du monde qui devait venir. Le duc d'Anjou était à St. -Maixent. Il amenait avec lui de vaillans capitaines , de nombreux soldats et de l'artillerie. Il se croyait sûr de prendre la ville , et toutes ses lettres étaient menaçantes. Le Roi lui avait promis de mettre à sa disposition 40,000 hommes et Go pièces de canon. On n'en fut pas moins décidé à se défendre, et on se mit à faire de continuelles sorties, sous la conduite de La Noue. L'ennemi était toujours le plus maltraité dans ces rencontres, tant les Rochelais déployaient d'intelligence et de valeur ; mais ils y perdaient eux-mêmes beaucoup de monde , au point que le maire défendit de faire aucune expédition dans les quatre jours qui suivraient son décret ; et , pour plus de sûreté , il tint 1rs
portes closes. Les jeunes gens n'eurent aucun égard à cet ordre ; ils sautèrent pardessus leâ murailles , et allèrent encore chercher les ennemis. Il y avait moins d'ardeur parmi ceux dont on prenait l'argent , et ils commencèrent à murmurer lorsqu'on fit sur eux une seconde levée de 1 5,ooo livres (*). Soldats et gentilshommes voulaient recevoir une solde. Les ressources de la ville ne pouvaient pas long-temps suffire à une pareille dépense, et on vendit encore des commissions de corsaires à qui en voulut ; la commune ellemême fit faire la course pour son compte. C'était Jean Boisseau qui commandait les navires.
L'abbé de Gadagne était retourné à Paris, après la défection de La Noue ; il s'y était fait autoriser à présenter de nouvelles conditions aux Rochelais. Il arriva au camp , vers la fin de janvier , et manda à ceux de la ville qu'ils eussent à lui envoyer quelques commissaires pour apprendre les volontés et les intentions du Roi. On n'y consentit qu'avec une répugnance marquée , et on ne voulut députer personne , que les royalistes n'envoyassent d'abord des otages. Le peuple avait toujours peur d'être trompé et trahi , et , dans ces derniers temps, pour le calmer, le conseil avait été obligé de faire rechercher les papistes, et de les chasser de la ville , eux , leurs femmes et leurs enfans.
* Janvier îStf.
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Gadagne ne put faire admettre ses propositions, et la conférence n'était pas rompue depuis une heure, que déjà on avait fait une sortie et tenté des surprises contre les clétachemens royalistes. Le député du Roi ne se tint pas pour battu. Il feignit d'avoir reçu de nouveaux pouvoirs de la Cour , et obtint de venir conférer dans la ville même. Il n'y fut pas plutôt arrivé , qu'il tenta de séduire plusieurs capitaines et bourgeois ; quelques-uns d'entre eux , et surtout La Thibaudière , feignirent de l'écouter , et , plein de confiance , il monta un coup pour surprendre la Rochelle. Le maire , prévenu à temps , avait pris toutes ses mesures. Les soldats ennemis furent saisis , comme ils entraient déguisés dans la ville , et sept d'entre eux furent mis aussitôt en pièces par le peuple ; le conseil de guerre en condamna huit autres à être pendus le lendemain. On jeta leurs corps pardessus les murailles de la Porte- Neuve.
Biron éprouva un vif déplaisir de cette aventure , et il résolut , pour se venger , de rompre encore une fois les canaux qui apportaient l'eau de Lafond à la Rochelle , et de mettre le feu aux moulins de la porte de Cougnes , qui restaient encore debout. Il exécuta son dessein dans la nuit du 2/i janvier. De ces moulins , il n'y en avait qu'un qui fût gardé ; c'était celui de la Grande. Le capitaine Normand , qui en percevait les droits , y
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tenait habituellement quelques hommes de sa compagnie. Ce soir là , ils étaient venus par débauche dans la ville , et il ne restait au moulin qu'un soldat de l'île de Ré, chaudronnier de son métier , et dont le nom ne s'est pas conservé. Quoique seul , il fit bonne contenance lorsqu'on vint l'attaquer. Il tirait les arquebuses que ses camarades avaient laissées , changeait sa voix , nommait divers noms , comme s'il eût eu plusieurs personnes avec lui. Les gens de Biron furent si bien trompés par cette ruse , qu'ils envoyèrent chercher au camp deux couleuvrines , et qu'ils en tirèrent 16 coups contre le moulin. Le soldat , obligé de capituler, demanda la vie sauve pour lui et les siens , ce qui lui fut aussitôt accordé. Mais quand les royalistes s'aperçurent , en entrant dans le moulin , qu'ils n'avaient eu affaire qu'à un homme , ils pensèrent qu'ils allaient devenir un objet de moquerie pour leurs camarades et pour les ennemis, et, faussant la parole donnée, ils se saisirent du soldat et lui mirent la corde au cou pour le pendre. Biron le leur arracha des mains, et l'envoya seulement aux galères.
L'argent manquait , et il fallut encore consentir à une levée de 5o,ooo livres. Elle porta sur tout ce qui était dans la ville. Le maire crut qu'il adoucirait le chagrin que les habitans ressentaient de fournir de si fortes contributions , en leur donnant une occasion d'exercer leur liberté et de
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faire connaître leur bonne volonté pour M. de La Noue ou le comte de Montgommery. Il déclara qu'il avait trop d'occupations pour pouvoir exercer son commandement militaire dans ses détails , et il demanda qu'on désignât quelqu'un pour commander sous lui. Les ministres et leur faction donnèrent leurs voix au comte de Montgommery. Ils ne pouvaient endurer M. de La Noue, qui se battait bien , à la vérité , mais qui parlait toujours d'entrer en accommodement avec le Roi , et de mettre fin à la guerre civile. Cependant , ce fut lui qui l'emporta, et il accepta la charge de lieutenant du maire , malgré la fausse gloire de ses amis, qui le blâmaient de se soumettre ainsi à un bourgeois, lui qui était gentilhomme , et des mieux famés. Mais La Noue ne perdait pas de vue sa promesse au Roi , et il espérait qu'au moyen de son commandement , il serait plus fort pour la tenir. Il arriva tout le contraire. Ses ennemis se déchaînèrent plus que jamais contre lui; ils mirent le plus grand nombre des citoyens en défiance de ses sentimens ; enfin , ils remplirent sa vie de tant de dégoûts , qu'il demanda d'aller en ambassade en Angleterre, pour hâter les secours qu'on en attendait. On lui refusa cette satisfaction , et on nomma pour cette commission le sieur de Languillier, pour la noblesse, et Vincent Mayreau, pour les bourgeois. Mais , en même temps , le conseil, pour témoigner à M. de La Noue que ce n'était point mauvaise volonté de sa part, lui
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accorda une garde de 8 mousquetaires et de 11 soldats. Ce ne fut pas une consolation pour lui, et l'envie en devint plus grande contre sa personne; aussi résolut-il de se faire tuer à la guerre. Il fit, en huit jours, six sorties dans lesquelles il alla au-devant des coups , mais aucun ne put l'atteindre.
La ville commençait à ressentir une vive inquiétude. La carraque était enfin coulée et solidement établie au milieu du chenal, et déjà elle avait du canon en batterie. L'argent manquait, malgré les impôts et les emprunts, et le duc d'Anjou arrivait avec de nouvelles forces et de puissans moyens d'attaque. Il fut au camp, le i5 février, et on vit aussitôt, à son activité, qu'il fondait une grande gloire sur la prise de la Rochelle , et qu'il allait y travailler avec toute l'ardeur possible. La Noue forma l'audacieux projet d'enlever le prince, le lendemain, et de faire avorter ainsi , dès le principe , ses grands projets. On était averti qu'il irait déjeûner au fort de Coreilles , pour aller de là visiter la carraque. La Noue sort mystérieusement avec quelques hommes déterminés ; il se glisse le long de la côte, et entoure , à l'improviste , la tente sous laquelle le duc d'Anjou était à table avec les principaux seigneurs de sa suite. L'effroi fut grand parmi cette troupe joyeuse; mais les gentilshommes se remirent aussitôt; ils tirèrent leurs épées, firent un rempart de leurs corps au prince, et soutinrent
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avec tant d'adresse , de courage et de bonheur, l'attaque des Rochelais , que la cavalerie du camp put arriver et les tirer d'embarras. L'entreprise était manquée , et l'on rentra dans la ville , sans butin et sans prisonniers; mais on laissait du moins une grande crainte aux cœurs des royalistes, et on avait donné un bel exemple aux autres citoyens et soldats. Aussi se monta-t-il un nouveau coup pour le lendemain , et une bande aventureuse promit d'incendier la carraque , à la basse mer. Tous les efforts furent inutiles : cette masse de bois était si mouillée, si enveloppée de vase, que rien n'y put mettre le feu , ni les brandons de paille , ni les torches , ni les artifices. Les royalistes tirèrent quantité d'arquebusades sur les assaillans, en tuèrent une quinzaine, et en blessèrent deux fois autant. L'ardeur des Rochelais fut un peu refroidie par ces échecs ; mais les ministres , louant les braves du haut de leur chaire , et, mêlant leurs noms à ceux des David et des Judas Machabée , eurent relevé bientôt les courages, et, dans la suite, chaque fois qu'il fut question de former une troupe d'en/ans perdus, pour quelque surprise , il se présenta toujours plus de gens qu'on n'en demandait.
Le duc d'Anjou s'apercevait enfin qu'il ne réduirait pas facilement les Rochelais , et que sa carraque, avec tous les canons dont il lavait chargée, ne leur fermerait pas le chemin de la mer. Elle
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n'avait pu empêcher le capitaine Mirant de sortir du port avec deux pataches de guerre, ni de rentrer cinq jours après avec quatre prises faites sur les royalistes. Il se résolut donc à barrer entièrement le passage , en coulant une partie de ses navires à droite et à gauche de la carraque, jusqu'à la rencontre du Port -neuf et de la pointe de Coreilles. Mais peut-être n'était-ce qu'une menace plutôt qu'un plan sérieusement arrêté , car , deux jours après qu'il eut commencé ce grand ouvrage , il fit proposer aux Rochelais d'entrer en accommodement. Les ministres et leur faction ne voulurent point d'abord en entendre parler, mais La Noue eut plus de crédit qu'eux sur les membres du conseil, et il fit décider que lui-même et Jean Pierre , Jean Bouchet et Jean Maurisson , échevins, iraient au moulin d'Amboise , conférer avec les sieurs de Biron , Strozzi , Villequier et Gadagne , commissaires de M. le duc d'Anjou. Le peuple était fort irrité de cette démarche , et ne cessait de dire qu'on ne pouvait traiter sans les autres villes protestantes. Une trahison que l'on vint ,à découvrir dans le même temps, ajouta beaucoup au mécontentement populaire. Un gentilhomme angevin , nommé Desbruères , s'était jeté depuis peu dans la place, comme protestant, et puis il avait essayé aussitôt de corrompre les sieurs de Lamusse et de la Rivière-Lis , excellens capitaines , que la ville avait à ses gages. On le mit en prison, et le conseil fut obligé de retirer aux commissaires
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une partie des pouvoirs qu'on leur avait donnés d'abord pour traiter avec les royalistes. Ils eurent ordre de ne rien discuter ni arrêter, et de se contenter d'entendre les explications , les propositions de l'abbé de Gadagne , et de prendre des notes. La conférence eut lieu le a3 février, et le rapport en fut présenté au conseil, le 2 5. Les commissaires avaient rapporté un long mémoire en 27 articles, dont le premier était un pompeux éloge de la St.- Barthélemy, ce qui n'empêcha pas que plusieurs ne fussent d'avis d'adhérer aux propositions de la Cour. Ils voyaient la ville resserrée chaque jour davantage, ruinée par les impositions et les emprunts , privée de commerce , et menacée de la perte entière de ses libertés , dans le cas où elle serait réduite à se rendre. On n'avait point de nouvelles des secours attendus d'Angleterre , et , s'ils venaient jamais , peut-être que les ouvrages que poussait vivement M. le duc d'Anjou, les empêcheraient de passer. D'autres membres du conseil , au contraire, pensaient que le salut de la ville et des églises ne se pouvait acquérir que par les armes. Il fut convenu que le peuple serait appelé à décider cette grande difficulté , et on le convoqua dans la salle de Saint- Yon, pour le 26. Les pasteurs y firent valoir, avec force , leurs trois grandes raisons : la première, que les ennemis auxquels on avait affaire , voulaient absolument la ruine de la ville; la seconde, que l'union seule pouvait sauver les réformés, et que c'était perdre la religion, que
de n'en recevoir l'exercice que pour la Rochelle ; la troisième enfin , que , par l'exemple des choses passées, on ne pouvait rien espérer de ferme et de stable de tout ce qui serait promis. Sur cette dernière raison , un nommé Giraud , de Saint-Jeand'Angély , se leva avec un regard enflammé , et se mit à dire : «Et nous aussi nous avons été assiégés, » à Saint-Jean-d'Angély, par une grande armée de » Français , Reîtres , Suisses et Italiens ; nous n'é- » tions que 600 hommes, tant habitans qu'étran- » gers; nous n'avions pour toute artillerie qu'une » pièce de campagne , trois passe-volans , neuf » fauconneaux et trois milliers de poudre. N'im- » porte , nous défendions nos remparts , encore » qu'ils fussent furieusement battus, et que les » brèches fussent si grandes , que la ville semblait » être un village. Qui nous a perdus ? les pourpar- » 1ers, dont l'ennemi profita pour faire ses appro- » ches, et qui firent mollir des hommes qui , sans » cela , fussent demeurés fermes comme rochers. » On en vint enfin à une capitulation honorable » pour les assiégés ; mais , à la mode de la Cour, » la composition fut pratiquée tout à rebours; les » habitans furent pillés , rançonnés , massacrés ; » les femmes furent violées par ces brigands... Ah ! » croyez-moi ; s'il advient ruine en votre ville, elle » viendra plutôt des pourparlers que des canons. »
A ces mots, l'assemblée se lève en tumulte, crie qu'il n'y a nulle bonne foi chez les catholiques ;
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que la perte de la religion est résolue , et qu'il faut refuser toute conférence. Il ne fut pas possible de faire écouter des propositions modérées , et le peuple décida qu'on ne traiterait plus que par écrit, encore si la Cour voulait entendre à une paix générale, embrassant toutes les églises réformées du royaume.
Les sorties et les escarmouches recommencèrent aussitôt ; La Noue , abreuvé de chagrins et de dégoûts , jura de nouveau de ne pas s'y épargner , pour trouver enfin une mort qu'il desirait, et que sa religion lui défendait de se donner. Le lendemain , il s'en alla , avec quinze cavaliers , en charger trois fois autant de ceux de l'ennemi. Il les mit en fuite ; mais il s'était si fort engagé au milieu d'eux , qu'il y eût été tué, si ce n'eût été le capitaine Marsault , de la Rochelle , qui lui fit un rempart de son corps, reçut les coups qui lui étaient destinés, et en mourut. Le lendemain, nouvelle sortie. L'ennemi était dix fois plus fort, et le combat dura six heures. La Noue eut sa cuirasse faussée en vingt endroits. Ce qui soutint si long -temps le courage de ceux de la ville , c'est qu'ils combattaient à Lafond, qu'on les voyait du haut des murs, et que les femmes venaient leur apporter des ratfraîchissemens et enlever les blessés. 11 y en eut une qui, au plus fort de la mêlée , dépouilla un des morts de l'ennemi, et rapporta en triomphe dans la ville, ses bardes, son arquebuse et son épé<
Tous ces efforts n'empêchèrent pas les catholiques d'établir, ce jour là , 1 j grosses pièces à Lafond. Bientôt le duc d'Anjou commença à battre la place depuis la porte de Cougnes jusqu'au bastion de l'Evangile. On lui répondit du clocher de Notre- Dame , où on avait mis deux canons.
Les Rochelais n'entendaient plus parler des secours d'Angleterre , et l'armée royale se renforçait sans cesse de soldats , d'artillerie et de machines de guerre. Elle avait surtout un grand nombre de pionniers qui faisaient des tranchées et préparaient des mines. Les gentilshommes renfermés dans la place avaient peine à comprendre l'audace des Rochelais. Il leur semblait qu'ils allaient et les menaient eux-mêmes à une ruine certaine. Aussi proposèrent-ils à La Noue de se rendre de compagnie au camp des catholiques. « Nous ferons ainsi notre paix avec le Roi , di- » saient-ils , et il faudra bien que les Rochelais » en viennent à un accommodement qui seul » peut les sauver. » La Noue se refusa à leur demande , parce qu'il venait d'obtenir qu'il y aurait une nouvelle conférence. Il est vrai que le peuple n'y avait consenti qu'avec beaucoup de peine, et à condition que le duc d'Anjou donnerait des otages. Enfin , on pouvait, espérer de ramener la paix sans paraître trahir son devoir. Malheureusement cette conférence ne changea rien aux affaires. Les catholiques étaient très -fiers
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des bonnes nouvelles qu'ils avaient reeues depuis quelques jours. Ils savaient que les ambassadeurs du Roi avaient si bien manœuvré en Angleterre, qu'il n'y avait plus de secours à attendre de ce côté pour les Rochelais. Et puis les députés de Montauban venaient d'accepter un accommodement particulier. Ainsi La Noue revint tristement à la Rochelle annoncer qu'on lui avait fait de pires conditions que par le passé. Le duc d'Anjou , pour ajouter à l'effet que lui semblait devoir produire son rapport , fit feu de toutes ses batteries pendant deux jours. Le clocher de Notre- Dame reçut 5oo boulets et tomba en ruines. L'effroi était grand dans la ville. Les réfugiés et les pairs, et les échevins en général, se seraient contentés de n'importe quelle paix. Les ministres seuls étaient inébranlables, et ils faisaient tous leurs efforts pour maintenir le peuple dans de fermes sentimens. Ils prêchaient dans les corpsde-garde , deux et trois fois par jour ; ils travaillaient eux-mêmes aux fortifications , et faisaient sentinelle sur les murs , l'arquebuse au bras. Ils répétaient que le peuple de Montauban ne manquerait jamais à la foi jurée ; que ses députés , séduits par les artifices des catholiques , avaient outrepassé les ordres de leurs concitoyens, et qu'ils seraient désavoués. Puis ils rappelaient les miracles que Dieu n'a jamais manqué de faire pour sauver les fidèles ; ils disaient qu'on avait d'autres ressources contre l'ennemi , mais
que, quand bien même on en serait privé, la miséricorde divine était seule plus que suffisante pour assurer la victoire aux réformés. Un boulet de canon , parti du bastion de l'Evangile , donna une grande force aux raisons des ministres : il tua le duc d'Aumale, que Ton regardait comme ennemi acharné de ceux de la religion. Après ce coup du ciel , il n'y eut plus qu'une autorité dans la ville, celle des ministres. Le peuple fit éclater une résolution qui rendit les catholiques beaucoup plus traitables. Ils offrirent de nouvelles conditions : elles portaient que ceux de la Rochelle auraient le libre exercice de leur religion dans leur ville , tandis que les autres réformés n'auraient que la liberté de conscience, sans exercice public. Les ministres ne voulaient céder sur aucune de leurs prétentions ; ils étaient insensibles aux vœux et aux raisonnemens de tout ce qu'il y avait de marquant dans la ville. Le peuple , fanatisé par leurs discours, prit encore comme un coup du ciel la blessure grave que reçut le comte de Retz. C'était lui qui insistait le plus dans le conseil du duc d'Anjou pour que l'on fit de dures conditions aux calvinistes. En vain La Noue , ranimant le courage des membres de la commune , les détermina à faire entendre des paroles sévères aux ministres , et à leur dire qu'ils conduisaient les Rochelais à leur perte , ceux-ci persistèrent dans leurs premiers sentimens , ils inspirèrent au peuple de la dé-
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fiance de ses magistrats , au point qu'on exigea du conseil qu'il admît dans toutes ses séances six ministres pour surveiller les délibérations. Alors plus d'espérance d'accommodement. La terreur règne à la commune , et les modérés n'osent plus faire entendre leurs avis. La Noue ne put cacher le dépit qu'il éprouvait, et il laissa éclater le mépris qu'il ressentait pour des hommes qui, mettant toujours en avant les intérêts de la religion , exposaient la vie et la fortune de leurs frères, pour servir leur propre haine et leur ambition. Il fut plus que jamais en butte aux calomnies des ministres, et le plus violent d'entre eux , Jean La Place, l'insulta dans la rue, le suivit jusqu'à sa maison , en l'invectivant , et , poussé à bout par la modération et la patience de ce vertueux gentilhomme, finit par lever la main, sur lui et le frapper au visage. On allait tuer ce furieux , mais La Noue retint ses amis , représenta qu'il fallait avoir pitié d'un insensé , et garder le respect pour le ministère dont était revêtu La Place. Cette scène pouvait enlever un grand nombre de partisans aux ministres ; aussi , pour détourner l'attention publique , ils demandèrent et obtinrent l'exécution de plusieurs traîtres qu'on avait découverts depuis quelques jours. Us firent un devoir aux fidèles d'assister à leur supplice. On remarqua, en cette occasion, combien est fort l'instinct qui porte l'homme à la conservation de sa vie. L'ennemi tirait sur la place
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au moment où l'exécution allait se faire , et les condamnés, s'apercevant au pied de la potence, que les boulets passaient au-dessus d'eux , baissaient la tête pour n'être pas atteints.
Ce spectacle ne put effacer entièrement le souvenir de l'insulte que l'on avait faite à La Noue , et le peuple se montra plus disposé que par le passé à lui donner satisfaction. Ainsi , sur sa proposition , il fut arrêté qu'on entrerait encore une fois en pourparlers avec les catholiques. Les ministres trouvèrent moyen de rendre cette conférence inutile comme les autres, au moyen de l'insolente rédaction des articles qu'ils firent approuver en assemblée générale. Au lieu de se soumettre au Roi , on lui dictait des conditions ; on lui demandait des garanties de toute espèce pour la Rochelle , pour les autres villes , mais surtout pour les ministres. Ainsi l'on exigeait six otages;, une levée de Reîtres , en Allemagne, pour poursuivre ceux qui violeraient la paix ; la réintégration des émigrés dans leurs biens et leurs honneurs; d'un autre côté, on voulait que le Roi ne pût rien redemander des deniers que l'on avait pris dans ses caisses ; que les réformés fussent exempts de toute taxe , même ordinaire , et que l'état payât leurs dettes aux Reîtres, Anglais, autres étrangers, et aux régnicoles , pour le fait de la guerre ; que la Rochelle fût remise en jouissance de ses privilèges , tant anciens que modernes „
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ainsi que Mon tnuban, Nîmes, Sancerre, etc.; que les ministres pussent se retirer partout où bon leur semblerait, soit dans le royaume où à l'étranger, sortir de France , y entrer , sans demander l'autorisation du Roi.
La Noue jugea que de telles propositions n'étaient pas présentables , surtout au milieu de l'oppression où la ville était plongée ; puis bientôt passant en revue dans sa mémoire les peines qu'il s'était données au service des Rochelais , les blessures qu'il avait reçues pour eux , et considérant quels affronts, quelles injures et quels soupçons en avaient été la récompense , il se ressouvint qu'il n'était venu dans la ville que pour moyenner une paix entre le Roi et les habitans ; qu'il avait plus fait pour ceux-ci que pour Charles IX, à qui il avait engagé sa parole, et il se décida à sortir de la Rochelle et à se retirer dans le camp du duc d'Anjou. La Roche- Esnard , Saint-Etienne , Champagne et La Salle , l'accompagnèrent dans sa retraite. Ce fut une belle occasion de déclamer pour les ministres. Les noms de traître, de parjure, ne furent point épargnés. Au fond de leur cœur, ils n'étaient pas fâchés du départ de La Noue , car il leur disputait la faveur du peuple , et se déclarait en tout temps pour les partis modérés. Pour raffermir leurs partisans, ils eurent recours à leur ressource ordinaire : ils firent pendre quelques royalistes
accusés de trahison , puis , convoquant l'assemblée générale , ils demandèrent que les membres de l'association renouvelassent leur serment. Ils firent passer leur ardeur dans toutes les âmes , et l'on jura de mourir plutôt que d'entendre à aucun accord particulier. On décida , le même jour , que le maire reprendrait l'autorité militaire qui avait été donnée à La Noue , et qu'il l'exercerait avec l'aide de six capitaines qui lui serviraient de conseil.
Malgré tout , la défiance régnait entre les citoyens, et quiconque gardait un air réservé, au milieu des violences des ministres et des gens de métier, était déclaré suspect , accusé, et , la plupart du temps , incarcéré. Claude Dangliers , sieur de la Sausaye , lui-même , ne fut point à l'abri d'une rigueur semblable. C'était cependant le plus relevé de tous ceux de la ville , et en naissance , et en biens , et en qualité. Il avait été long-temps président et lieutenant de la ville ; il fut constitué prisonnier , sur de simples soupçons , et on saisit ses meubles pour les tenir sous le séquestre.
Cependant il arrivait de divers côtés de bonnes nouvelles aux assiégés. Ceux de Sancerre, pressés par les royalistes , écrivaient qu'ils ne perdaient point courage pour les trois assauts qu'on leur avait donnés , et qu'ils en soutiendraient dix autres ; le comte de Montgommery faisait savoir , à la date du 16 février ( et on était au 16 mars ) ,
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qu'il arriverait devant la ville , sous un mois , avec 45 navires. Il avait trouvé 4o>ooo livres à emprunter, sur le crédit des Rochelais, et il les avait employées, avec d'autres sommes, à acheter des munitions qu'il apportait. Ainsi, on s'attendait à chaque heure à le voir paraître. Il n'y avait point d'autorité dans la ville qui put retenir les jeunes gens de faire des sorties. Le 19 , le capitaine Lafond , se voyant de garde au bastion de l'Evangile , avec des hommes déterminés , de véritables en/ans perdus , quitte son poste , à la nuit tombante, et va donner dans l'hôtel des Ladres, où il était prévenu que plusieurs gentilshommes catholiques devaient se réunir pour souper joyeusement. En effet, il les surprit à table. Il en échappa à grande peine quelques-uns. La meilleure partie fut tuée , Lafond refusant de recevoir personne à merci ou à rançon. Cette prouesse ne l'empêcha pas d'être accusé de trahison par les ministres. Il parlait mal d'eux et continuait à se montrer affectionné à La Noue. Il fut mis à la torture, puis abandonné dans un cachot. Sa compagnie passa au capitaine Bonneau.
Montgommery ne paraissait point encore , et les mécontens recommençaient à élever la voix. Il parut une proclamation du conseil , pour engager les vrais calvinistes à dénoncer ceux qu'ils sauraient mal portés pour la guerre ; et , pour tenir l'ardeur des soldats en haleine, on commanda
une sortie pour le 10 avril (*). Le secret en fut bien gardé, et l'ennemi fut surpris dans ses lignes. On lui tua 60 hommes , on dispersa ses balles de laine , et on renversa tout son gabionnage. Nul ne montra plus de fermeté et de valeur, en cette occasion , que l'échevin Robert David. Le duc d'Anjou était fort troublé de l'audace des assiégés. Il fallait toujours recommencer les ouvrages , et ses travailleurs épuisés désertaient le camp ; beaucoup de soldats , voire même de gentilshommes , s'en allaient à cause des maladies qui menaçaient de gagner toute l'armée. Il était donc indispensable de porter un grand coup , par lequel on pût se rendre maître de la ville , ou du moins étonner si fort les habitans, qu'ils demandassent à composer. Ainsi , le lendemain de l'attaque de ses tranchées , le duc d'Anjou ne cessa de faire tirer pendant douze heures sur la ville. Son principal effort était entre le bastion de l'Evangile et la Porte-Neuve. C'était la partie faible des murailles. Les assiégés avaient élevé en cet endroit deux terrasses, l'une derrière l'autre, et y avaient mis jusqu'à 26 pièces de canon. La plus élevée de ces terrasses était située dans le jardin d'Auffrédy.
Ce n'était pas de ce côté que l'ennemi comptait tenter l'escalade ; la porte de Cougnes lui semblait plus favorable, et il y poussait ses mines.
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Il en avait une fort avancée à Lafond ; mais il était si impatient de la faire éclater , qu'il n'attendit pas qu'elle fût arrivée sous la muraille, ni que ses pionniers fussent à l'abri ; il en périt i5o, et la mine n'atteignit pas la contrescarpe ; mais elle en vint fort près, au point que les royalistes y pouvaient causer avec les assiégés. Par ce moyen, il se pratiqua plusieurs trahisons, et le maire fit défense de plus monter sur la muraille pour entrer en conversation avec ceux du camp.
Le dernier jour de la mairie de Jacques-Henri de la Maisonneuve fut signalé par un grand combat à la porte Maubec (*). L'honneur en resta aux assiégés ; mais ils regardèrent leurs succès comme rien, parce qu'ils perdirent, en cette occasion, le brave capitaine Le Sauvage. Jean Maurisson , sieur de Moreilles , fut élu maire. C'était un honneur bien périlleux dans les circonstances où se trouvait la ville : cependant il ne manquait pas de compétiteurs, et il s'efforça de mériter, par sa vigilance et son ardeur, la préférence qu'il avait obtenue.
Monsieur était au moment de faire les plus grands efforts. Le 7 du mois d'avril , dès la pointe du jour, il commença à canonner la place , depuis la porte de Cougnes jusqu'au bastion de l'Evangile ; le soir, la muraille était par terre, fit il >
Entre la Porte-Royale et la Tuerie.
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avait environ vingt brèches praticables; le fossé se trouva surtout comblé au bastion de l'Evangile, ce qui donna idée que l'assaut se donnerait en cet endroit. On y dirigea les principales forces de la ville. Le lendemain , vers midi , on vit s'avancer du camp une énorme machine. C'était un pont sur roulettes , que l'ennemi voulait jeter de la contrescarpe sur le fort de l'Evangile. Il avait 36 pieds de longueur, et trois soldats y pouvaient marcher de front ; il y avait, à droite et à gauche, un grand nombre de mantelets aussi roulans et couverts de fer , pour mettre les hommes à l'abri de l'huile bouillante et des tisons qu'on pourrait lancer du haut du fort. L'armée ne se fit pas attendre, et les gentilshommes, ayant les princes à leur tète , se présentèrent les premiers pour monter à la brèche. Les Rochelais avaient travaillé toute la nuit à déblayer leur fossé et à rendre logeables leurs casemates, qui s'étaient remplies de décombres. De là, munis de bonnes arquebuses, ils faisaient un ravage horrible dans les rangs de l'ennemi ; aussi les royalistes , négligeant pour l'heure le secours de leur pont, firent-ils tous leurs efforts pour chasser les assiégés des casemates. Ils en prirent une dès le commencement. C'était fait de la ville, s'ils venaient à s'emparer des autres. Mais les femmes montent sur le rempart , encouragent les hommes, appellent leurs petits enfans, leur mettent aux mains des pierres , des grenades, des tisons, et les leur font jeter sur l'ennemi; puis
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elles descendent elles-mêmes dans le fossé , distribuent des raffraîchissemens aux soldats, prennent les arquebuses des morts et font feu sur les royalistes.... Ils perdent la casemate dont ils s'étaient rendus maîtres; puis, s'apercevant que presque tous leurs rondachiers et porteurs de mantelets sont à bas , que la terre est couverte de leurs soldats tués ou blessés , ils sortent précipitamment du fossé pour regagner leur camp. C'était une véritable déroute ; ils s'élançaient sans ordre dans les ouvertures par lesquelles ils étaient entrés dans le fossé ; ainsi ils se blessaient euxmêmes en s'entrechoquant avec leurs rudes armures , et demeuraient long-temps exposés aux coups et à l'huile bouillante des assiégés. Mayenne, Clennont , Duguast et le duc de ISevers , furent blessés en cette occasion , et le duc de Guise lut cruellement brûlé en secourant ce dernier , qui allait tomber dans les mains des Rochelais.
Les ministres n'étaient pas demeurés oisifs dans cette action ; les uns y avaient porté les armes, les autres s'y étaient employés à consoler les blessés , ou à porter des raffraîchissemens à ceux qui combattaient , ou bien encore à faire jouer, de moitié avec les femmes, le terrible encensoir. C'était une grande poutre de bois suspendue eu forme de baliste. On avait mis à "extrémité une ebaudière que l'on remplissait a tout moment d'huile bouillante, de brai , de résine, 61
qu'on agitait ensuite sur la tête des ennemis qui osaient s'aventurer dans le fossé.
Le camp n'était que mésintelligence et confusion. Les gentilshommes qui avaient éprouvé le plus de perte , se plaignaient que l'infanterie les avait mal soutenus ; mais c'était eux au contraire qui , s'étant jetés par bravade dans le fossé , sans attendre que les arquebusiers fussent venus pour les protéger, et les mantelets pour les couvrir, avaient fait avorter les plans du duc d'Anjou. Telle était du moins l'opinion de ce dernier, qui résolut de recommencer l'assaut dès le lendemain , en veillant à ce qu'on mît plus d'ordre dans l'attaque. Il jugeait d'ailleurs qu'il ne devait pas donner le temps aux assiégés de réparer leurs brèches. Les Rochelais avaient deviné sa pensée , et , malgré les fatigues du jour, ils passèrent la nuit entière à préparer leur défense. Le maire avait ordonné de longue main à tous les habitans de remplir de sable et de son de bois de grands sacs à farine ; on les employa à fermer les espaces écroulés des murailles. On garda un tel silence, que l'ennemi , aveuglé d'ailleurs par une épaisse fumée que l'on faisait à dessein, ne s'aperçut pas de ce qui se passait ; aussi fut-il dans un grand étonnement de voir les lieux en bon état , et les assiégés en une aussi belle résolution que la veille. Il fut repoussé de nouveau avec grande perte d'hommes et de machines. Il remporta les sieurs de
Strozzi , de Bellegarde , de Château- Vieux , blessés grièvement , et Saint -Sulpice , mort. C'était le favori du duc d'Alençon.
Monsieur était au désespoir. Il voyait sa renommée militaire en danger de périr devant les murailles de la Rochelle. Il jura qu'il y perdrait plutôt la vie , et annonça qu'il donnerait, le surlendemain, un assaut général. Son armée était assez nombreuse pour l'entreprendre , et les assiégés , au contraire , ne pouvaient avoir du monde sur toute l'étendue de leurs remparts. Le maire eut avis de ces dispositions , et il s'occupa de trouver des hommes actifs , intelligens et fermes, qui pussent se porter vivement aux divers points des murs, juger le danger à sa juste valeur, et venir en donner avis, pour qu'on portât des secours où il en serait le plus besoin.
Le 10 avril , comme le jour commençait à poindre , le duc d'Anjou ordonna à ses canonniers de faire feu de toutes leurs pièces, et d'attaquer la ville de tous côtés , mais principalement depuis la Vieille-Fontaine (*) jusqu'au bastion de l'Evangile. En même temps, le comte du Lude devait donner versTasdon; Biron s'avancer yers la Chaîne, à la faveur de la basse mer; Boisjourdan, essayer l'escalade à la porte des Deux- Moulins , pendant que le prince , en personne ,
* Minuterie, rue Bethléem
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\iendrait donner l'assaut , avec les meilleures troupes de son armée, au boulevard de l'Evangile et aux lieux circonvoisins. Le choc des assiégeans hit terrible de ce côté ; personne ne s'y épargnait, ni Monsieur, ni les gentilshommes, ni les soldats, ni l'ingénieur Vergano, qui dirigeait l'attaque. Heureusement, pour les assiégés, qu'ils avaient conservé une de leurs casemates dans le fossé ; ils y faisaient un feu bien nourri , bien dirigé sur tout ce qui se présentait sur le pont, et tentait d'arriver à la brèche, et ils arrêtaient ainsi les plus hardis. Les femmes , les enfans étaient encore là avec leurs armes ordinaires : l'huile, la poix bouillante, la résine fondue. On avait mis à leur disposition une grue dont ils incommodaient grandement l'ennemi ; ils y attachaient des pierres énormes, au moyen d'un nœud coulant, puis, choisissant leur monde au milieu du fossé , ils laissaient tomber leur fardeau sur ceux qu'ils reconnaissaient pour être des capipitaines ou des gentilshommes de marque. Le comte du Lude n'était pas plus heureux à Saint- Nicolas, et se retirait avec moins d'honneur que le duc d'Anjou. Il avait cru surprendre la porte Maubec; mais les citoyens étaient sur leurs gardes, et il ne s'était pas plutôt montré , qu'il avait été accueilli à coups d'arquebuses. Dès lors, il avait agi mollement, et s'était mis en retraite. Boisjourdan menait mieux les affaires des royalistes, à la tenaille des Deux-Moulins. Il avait adroite-
ment dérobé sa marche ; au moyen de ses échelles, il avait commencé défaire escalader le mur à 200 des siens , qui criaient déjà : ville gagnée ! Ce cri leur fit perdre leur avantage ; les assiégés accoururent de divers côtés, et fondirent avec tant de résolution sur les soldats de Boisjourdan , qu'ils les jetèrent aussitôt du haut en bas des murailles. Après cela, le reste perdit courage, et tourna le dos. Dans le même moment, des femmes et des goujats , qui arrivaient du bastion de l'Evangile , demandèrent qu'on leur ouvrit la porte , et , se mettant à la poursuite des catholiques, en culbutèrent bon nombre dans la mer, et en mirent environ 4oo hors de combat. Biron , témoin de cette déroute , et déjà pressé vivement lui-même par plusieurs barques armées qui trouvaient assez d'eau dans le chenal , s'en alla sans rien entreprendre de sérieux à la Chaîne. Monsieur s'aperçut alors qu'il lui fallait employer toutes ' les ressources de l'art pour prendre la Rochelle , et il commanda à ses ingénieurs de pousser une mine jusques sous le fort de l'Evangile, et de pratiquer ainsi une vaste brèche. Les assiégés, comprenant son dessein, contreminaient de leur côté , et ne cessaient de tirer les canons de leur fort. L'ennemi , qui en était fort incommodé, fit trop tôt éclater sa mine, et, comme d'ailleurs il y avait mal distribué sa poudre , il n'enleva que la pointe du bastion , el perdit aoo ouvriers, qui restèrent ensevelit sous les ruines.
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Î3e leur côté les Rochelais eurent à déplorer la perte de dix des leurs , entre autres de Jean Bouchet, coélu du maire, de Desmortiers, échevin, et du pasteur Vincent.
Malgré le mauvais succès de sa mine, le duc d'Anjou n'en vint pas moins à l'assaut , dirigeant tout son effort contre le bastion de l'Evangile. 11 y trouva un retranchement de plus qu'on avait fini la nuit précédente , et une espèce de cavalier qu'on avait élevé pardessus. Du reste, hommes et femmes s'y défendirent , comme par le passé , à l'envi les uns des autres. Après trois heures d'un combat meurtrier, les royalistes rentrèrent encore dans leurs lignes. Cependant Monsieur était resté maître de deux casemates et d'une partie du fossé ; de sorte que ceux de la ville pouvaient s'entretenir avec leurs ennemis, et presque leur donner la main. Dans un tel état de choses , il n'était pas difficile d'entreprendre les uns sur les autres , et les assiégés se mirent aussitôt à pratiquer un chemin secret, afin d'être en état de faire une irruption soudaine sur les catholiques. Les femmes voulaient absolument qu'on leur abandonnât l'honneur de cette expédition; les hommes n'y voulurent point consentir; mais celles-ci se précipitèrent avec tant d'ardeur dans le fossé, au signal convenu , qu'elles arrivèrent les premières à l'ennemi , incendièrent ses mantelets et ses autres machines de guerre ; puis, s'acharnant
sur lui, lorsqu'il fut en fuite , le poussèrent jusque* dans ses lignes , et rentrèrent clans la ville , chargées de dépouilles. Cinq femmes furent tuées en cette occasion ; il périt aussi quelques hommes , dont un seul de marque, le capitaine Lamusse , qui fut fort regretté des gens de guerre et des habitans.
Le duc d'Anjou ne se rebutait point , et il faisait pousser vivement ses nouvelles mines et ses tranchées ; il allait lui-même encourager ses ouvriers; les autres chefs de l'armée y venaient aussi. 11 leur en arriva mal, car les assiégés s'en étant aperçus , mirent leurs meilleurs tireurs d'arquebuse aux aguets, et, le 18 avril, Cosseins et Scipion Vergano reçurent, en même temps, un coup dans la tête, qui les étendit roides-morts . On en fit des réjouissances dans la ville. Cosseins avait été , à Paris , un des plus impitoyables bourreaux de la St.-Barthélemy , et Scipion Vergano , après avoir fortifié la Rochelle , pour le compte de la reine de Navarre et des princes , s'était vendu à la Cour.
Le lendemain , Montgommery commença à se montrer avec sa flotte. Elle ne comptait guère qu'une quarantaine de navires armés, encore des plus petits. Cependant Monsieur fut fort trouble de leur apparition, parce qu'on lui avait écrit que la reine d'Angleterre, indignée des pirateries des protestans,leur avait refusé tout secours. Enfin, il
-hâta de renforce- , es .aisseaux et les galère^ du Ro , en y envoyant ses meilleurs soIdL i i>orda la cote de canons, et fit reconnaîtreTs !„ nenus. Il ne tarda pas à s'apercevoir on il pas grandiose a craind/de « <Z " ^ go.nmery manquait d'hommes et d'ar^T loin d être en état de forcer l'estacade il ' '
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donna ni argent ni vaisseaux, et ceux a, ' "* «eja se dispersèrent. Ainsi les Roch:!^0"^'1 «•ent réduits à eux seuls. Le duc d^n '
cela, ne douta point qu'il tfallâV 1 J ' ** -aitables.etfllure'nvy tiVo0"-^- 'eur offrir ses conditions. Le Z^l ^^
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du Nort, d'aller s'aboucher avec Ovarti, à la porte de Cougnes. Dès que les députés Rochelais eurent entendu celui-ci faire grand bruit de la puissance de Monsieur, et déprécier au contraire les moyens qui restaient aux assiégés , ils l'interrompirent avec vivacité, et lui présentèrent fièrement les conditions que ceux de la ville avaient arrêtées en conseil général. La conférence fut aussitôt rompue, et les Rochelais se préparèrent à repousser un nouvel assaut. Il eut lieu le in avril ; l'ennemi avait commencé par tirer 200 coups de canon sur le boulevard de l'Evangile , et y faire éclater une nouvelle mine. Tous ses efforts furent infructueux; on le délogea encore d'une casemate où il s'était établi. Le 27 , le comte du Lude tenta un coup de main sur le fort de Tasdon. Il y perdit ses meilleurs soldats, sans réussir à rien. Mais un ennemi plus terrible se déclarait contre les Rochelais : la famine commençait à se faire sentir , et les munitions de guerre étaient presque épuisées. Il se commettait , de nuit et de jour , des larcins nombreux , et les citoyens aisés avaient à craindre au dehors et au dedans. Le conseil nomma des commissaires pour faire la visite des maisons , recueillir le blé qui restait dans la ville , et en faire une juste distribution. Cotait un remède aux maux présens , mais il trahissait le secret des maux à venir. Le duc d'Anjou m avait plus qu'à attendre que la nécessité amenât les Rochelais à ses pieds. Il n'en eut pas la pa-
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tience, et résolut de faire une nouvelle tentative, pour les enlever de vive force. Le 28, il s'avança pour donner un sixième assaut. La carraque , où on avait mis en batterie cinq autres couleuvrines , tirait , à toute volée , sur la place ; en même temps , Biron se présentait à la Chaîne , dû Lude au bastion de la Vieille-Fontaine , Boisjourdan à la porte des Deux - Moulins. Le principal effort, comme de coutume , se devait faire sur le boulevard de l'Evangile. Le duc d'Anjou , de ce côté , avait partagé sa troupe en trois corps, qui devaient se relever d'heure en heure. Le signal fut donné par l'explosion de trois mines qui avaient été poussées, fort avant, sous le bastion de l'Evangile. Une moitié sauta ; tout le système de défense des Rochelais s'en trouva dérangé , et ceux-ci recevant, quelques instans après, un choc terrible de la part des royalistes , qui tombaient sur eux en désespérés, ils furent au moment d'être enlevés. Ils reprirent contenance et soutinrent bravement trois assauts; mais une quatrième colonne d'ennemis, qui avaient eu le temps de se raffraîchir, se présenta bientôt. Les malheureux assiégés tombaient de lassitude, les armes leur échappaient des mains. Leurs femmes, qui étaient auprès d'eux pour les encourager, les secourir lorsqu'ils étaient blessés , et leur porter des vivres et des raffraîchissemens, prennent leurs places; elles se saisissent de leurs mousquets , rejettent les royalistes dans les fossés , les y suivent avec des lances à feu ,
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des pistolets et des épées, et les dispersent, à la fin. Le duc d'Anjou forme leurs rangs pour une cinquième attaque; mais ils sont découragés, et trouvent au contraire des ennemis plus résolus. Hommes , femmes , tout monte sur la brèche et s'élance avec fureur sur les assaillans, qui se précipitent vers leurs lignes, entraînant avec eux les plus braves, qui voulaient du moins enlever leurs blessés , et ne pas laisser les Rochelais dépouiller leurs morts dans la campagne. Jusques-là, bien des gens s'étaient échappés secrètement de la ville , et il n'y en était entré que fort peu. Après cet assaut , tout le contraire arriva : une foule de protestans, gentilshommes et autres , forcèrent les lignes de Monsieur, et se jetèrent dans la Rochelle. L'enthousiasme des assiégés ne saurait se décrire; ils ne parlaient plus seulement de se défendre vaillamment derrière leurs murailles , mais encore d'aller attaquer les assiégeans. Ils s'y hasardèrent , le dernier jour d'avril , et ce ne fut pas sans succès , car ils reprirent un petit fort qu'ils avaient élevé pour appuyer le bastion de l'Evangile , et que Clermont-Tallard leur avait enlevé. Tous ceux qui leur tombèrent sous la main, furent passés au fil de l'épée. Le lendemain, parforfanterie , ils firent les réjouissances usitées chez eux au i.cr de mai, comme s'ils eussent été en pleine paix. Ils furent sur le point d'en être bien punis, car, pendant qu'ils se livraient a la danse et qu'ils veillaient moins à leurs murailles ,
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