‹ Histoire de La RochelleChapitre 6 sur 14 · TNi-tïsaarlr · texte numérisé non relu

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23a HISTOIRE

La nuit même ils sortirent, au nombre de /joo arquebusiers et de t\o hommes à cheval, et ils allèrent donner dans les ruines des maisons que l'ennemi tenait entre la porte de Cougnes et Lafond. Ils y trouvèrent environ 200 royalistes, qu'ils taillèrent en pièces, et auxquels ils prirent armes et enseignes.

Un nouvel assaut fut résolu dans le conseil du duc d'Anjou, et, le 17, un peu avant le jour, on commença à canonner le bastion de l'Evangile. Dans la nuit , on avait réussi à rouler plusieurs pièces jusques sur le bord du fossé. Monsieur les avait fait amener jusques-là pour rompre les casemates, qui avaient été si funestes à ses gens. Il s'attaqua d'abord à celle qui était pratiquée dans le retranchement du boulevard. Il eut bientôt fait taire les trois bâtardes que les assiégés y avaient mises , et parvint à démolir et à ruiner entièrement la casemate,- puis, pour se donner encore plus de facilité, il fit sauter cinq mines qu'il avait fait creuser sous le fossé, à i5 pieds de distance l'une de l'autre. Elles avaient été si mal conduites et si mal préparées , comme par le passé, qu'elles furent plus funestes aux assiégeans qu'aux assiégés. Le plus grand nombre des pionniers des royalistes demeurèrent ensevelis sous les débris, et la terre qui fut poussée vers la ville, en rendit l'approche plus difficile. L'ennemi , cependant , monta aussitôt à la brèche, avec au.

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ardeur admirable, les gentilshommes, les princes cl— l'exemple, et les fantassins Jsuivam tête baissée. Leurs attaques durèrent cinq heures Ma-s la place était encore mieux défendue qn'efie » était attaquée. L'huile bouillante, les art Le 'es p.erres, les balles, ne cessèrent nn h, ant' de pleuvon. sur les catholiques; les femmes ne

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Ceux de la ville , pour faire croire de plus en plus, qu'ils avaient force provisions de guerre , se mirent à tirer à toute volée sur les lignes ennemies. Pouillac et le sieur de Puy-Gaîllard s'en trouvèrent mal, car s'étant avancés, par bravade, ils furent tués tous les deux. Cependant, on ne pouvait tromper les citoyens aussi facilement que l'ennemi, et plusieurs d'entre eux, sachant bien que la poudre du capitaine Arnault allait bientôt finir, et que la plus grande disette de blé ne pouvait tarder à se faire sentir , quittèrent secrètement la Rochelle , et passèrent dans le camp du duc d'Anjou. On confisqua leurs biens, mais c'était un faible dédommagement du mauvais exemple qu'ils laissaient après eux, et des instructions qu'ils allaient donner aux ennemis. Heureusement que ces derniers avaient aussi leurs disgrâces : une dyssenterie horrible en faisait périr bon nombre et en mettait beaucoup d'autres aux abois. Ils manquaient d'hôpitaux et de chirurgiens , si bien que les blessés demeuraient sans secours, sans pansement. Ces malheureux proféraient mille imprécations contre les grands seigneurs , qui menaient joyeuse vie dans leurs tentes; souvent ils se traînaient sur leur passage, et leur montraient, par désespoir , et avec une ironie amère , les vers qui remplissaient leurs plaies. Personne ne recevait d'argent, et en général on était bien divisé d'opinions. Les uns affectaient de laisser éclater une joie féroce au souvenir

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de la St.-Barthélemy , et demandaient la morr de tous les calvinistes ; les autres blâmaient le gouvernement d'avoir allumé par là un feu si violent qu'il ne pourrait jamais l'éteindre. Il s'en trouvait beaucoup qui, soit indifférence en matière de religion, ou haine de l'asservissement, faisaient des vœux pour le salut de la Rochelle, y voyant le dernier espoir des franchises nationales et de la liberté de conscience. Monsieur était loin de faire foi sur tout son monde, et craignait qu'il n'éclatât à chaque heure quelque sédition dans son camp.

L'arrivée des Suisses , que lui envoyait le Roi , lui causa une joie extrême. Chacun rentra dans l'ordre autour de lui , et il fut maître d'entreprendre, selon son bon plaisir. Ces Suisses devaient prendre leurs quartiers à Aytré , et de tous les côtés du camp on courut pour les aller voir arriver. L'ardeur était telle que les gardes mêmes quittèrent leurs postes , et qu'il ne se trouva personne pour les en empêcher. Les Rochelais se tenaient aux aguets, et, dès qu'ils virent que l'occasion était belle, ils sortirent au nombre de 4oo , sous la conduite du sieur de Marronnière , gentilhomme poitevin. Ils poussèrent jusqu'aux tranchées, à Lafond, sans être aperçus, taillèrent en pièces quelques 200 hommes , enclo.u rent trois pièces de canon; mais, au lieu de suivre leur pointe et d'aller aux Suisses , poui

surprendre les curieux qui s'amusaient à les regarder , ils se mirent à piller le bagage et l'ameublement des seigneurs de Retz et de Strozzi. Le butin fut magnifique, d'autant plus qu'on leur laissa le temps de charger une charrette de cuirasses, de morions, de rondaches, d'épieux, de hallebardes, d'épées et d'arquebuses, et d'enlever 9 enseignes. Enfin , quelques fuyards étant allés donner l'alarme à Rompsay et à Aytré , on vit arriver les Suisses en fort bon ordre. Il s'en fallait beaucoup que les Rochelais fussent en état de leur résister, chargés de butin et débandés qu'ils étaient; aussi furent-ils menés durement jusqu'au pied de leurs murs, et perdirent-ils 3o des leurs. Marronnière fut un de ceux-là , et sa mort ôta aux citoyens beaucoup de l'aise qu'ils avaient de ce qui venait de se passer. Cependant on n'oublia pas de planter, sur les remparts, les enseignes qu'on avait prises , pour donner du dépit à l'ennemi.

Le duc d'Anjou n'en eut que plus d'ardeur pour réduire ceux de la Rochelle , et il employa les journées du 25 et du 26 mai à battre tant qu'il put les murailles , depuis la porte de Cougnes jusqu'à l'Evangile. Cinq nouvelles mines étaient prêtes à sauter. Il en fit éclater une devant lui , et il en résulta une brèche à laisser passer deux hommes de front; les autres réussirent encore mieux et donnèrent bien la mort à 5o personnes clans la place. Après quoi, on tira du

camp 800 coups de canon pour consommer , de ce côté , la ruine des parapets et des gabions qui restaient aux assiégés. Monsieur faisait éclater la plus vive allégresse sur son visage ; il donnait ainsi bon espoir à ses soldats. Pour achever de les bien disposer , il leur tint un discours dans lequel il leur remontra qu'il allait de leur honneur de prendre la ville , et il finit par leur en promettre le pillage. Le sieur Duguast eut ordre d'aller le premier à l'assaut avec son régiment. Il fut soutenu par Strozzi qui commandait un gros de gentilshommes et 3o capitaines de renom qui avaient juré de faire merveilles. Ils étaient suivis de près par le prince de Condé et le duc de Longueville , qui menaient la noblesse , et le duc de Guise appuyait tout cela avec le reste de l'armée. Les premiers assaillans qui se présentèrent à la vue de la place , furent les Suisses qui venaient de Rompsay et d'Aytré , joindre leur effort à celui du duc d'Anjou contre le bastion de l'Evangile. On les salua si rudement que plusieurs de leurs bataillons s'en ébranlèrent et mirent le désordre dans le reste de la troupe : ce qui n'empêcha point les Français de venir tête baissée à la brèche. On n'avait pas encore eu un assaut aussi violent, et il fallait une bien ferme résolution pour y tenir. D'heure en heure il arrivait des raffraîchisseniens au\ royalistes; de nouveaux assaillans prenaient la place des premiers Les femmes furent admirables : d'abord elles sou-

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tinrent les hommes par leurs discours , puis . les voyant fatigués , elles prirent leur place sur le parapet , dans les casemates. Les ministres haranguaient aussi , en s'exposant au péril commun : c'est pour la gloire du nom de Dieu , criaient-ils , pour votre conscience , votre liberté , la sûreté de votre vie, que vous combattez! Il faut vaincre ou mourir , et le nom de Dieu , de la religion était dans toutes les bouches et surtout dans tous les cœurs. Après quatre heures d'efforts inutiles, l'ardeur des royalistes s'amortit, leurs attaques devinrent moins vives ; ceux qui sont dans le fossé reculent , et ceux qui sont sur la contrescarpe hésitent. Les Ptochelais se raniment alors , leur feu redouble ; une pluie enflammée tombe de toutes parts sur les ennemis qui osent encore demeurer au pied de la muraille. Les cris de victoire retentissent dans la ville, et les défenseurs du bastion de l'Evangile , les mains et les yeux levés au ciel , chantent les saints cantiques.... On n'était pas encore délivré : Goas , qui venait à son tour à l'assaut , avec son régiment , rallie les fuyards, se grossit d'une foule de gentilshommes et se précipite dans le fossé. Cette attaque imprévue fut bien près d'entraîner la prise de la ville. On n'avait plus de force pour tenir ses armes , et , en se voyant encore assailli, après tant de fatigues, on se croyait abandonné de Dieu. Goas en prit de grands avantages : il se rendit maître des deux casemates qui restaient aux assiégés,

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et de-là se mit à tirer un si grand nombre d'arquebusades, qu'il fallut quitter la brèche et chercher un abri derrière les retranchemens qui étaient encore debout. Les femmes poussaient des cris affreux ; on les entendit des autres parties de la ville ; des secours arrivèrent , on reprit courage , on osa se porter dans la brèche , et en une demi-heure on eut bien jeté par terre 4oo ennemis. C'était l'élite des royalistes , des colonels, des mestres-de-camp, des capitaines renommés. Le reste en prit l'épouvante , se débanda , et fut bientôt de retour au camp. Le comte du Lude avait eu une fortune semblable au quartier de St.-Nicolas. D'abord il avait fait merveille. Il avait pris le fort du Gabut , par escalade , puis s'était emparé du navire qui barrait l'entrée du port entre les deux tours. Il jouit bien de ses avantages une heure durant , après quoi n'étant pas soutenu , parce que tout le camp avait assez à faire à l'Evangile, il fut obligé de se retirer, par la quantité d'artifices et d'arquebusades que les assiégés firent pleuvoir sur lui... A la fin , pour hâter sa retraite , on le serra de si près que les piques et les épées firent leur office, et qu'on le força à laisser sur la place une centaine de blessés parmi ses morts.

Le lendemain , les assiégés, par dérision , ouvrirent les portes ;. leurs goujats et les envoyèrent , l'épée au poing et des chemises pardessus leurs

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babits , aux tranchées des royalistes. Ils les trouvèrent si harassés qu'ils purent les provoquer et les insulter à loisir ; il ne sortit personne du camp pour les poursuivre.

Mais malgré ces bravades on n'était pas sans inquiétude dans la ville. La disette était extrême , et les plus riches commençaient à diminuer leur ration. A la vérité on était encore plus malheureux dans le camp : on manquait aussi de vivres ; il y régnait une affreuse épidémie ; les blessés étaient abandonnés de tout le monde, et ladyssenterie venait de se déclarer. Les seigneurs ne pouvaient s'accorder entr'eux ; les mécontens avaient repris à se plaindre et à tenir des propos de sédition et de révolte. Monsieur s'apercevait bien qu'il lui restait sur les bras une mauvaise besogne et il ne demandait qu'à s'en débarrasser avec honneur. Mais les ministres ne voulaient entendre à aucun accommodement , si l'on n'y comprenait pas les villes de Nîmes , de Montauban et de Sancerre. Les lettres fâcheuses qu'on reçut , sur ces entrefaites , du comte de Montgommery 7 ne les fit se relâcher en rien de leurs prétentions. Il annonçait que la reine d'Angleterre persistait à refuser tout secours , et qu'il partait lui-même pour s'aller jeter à ses genoux. Les principaux bourgeois étaient loin d'avoir une résolution aussi ferme que les ministres et leur parti. Ils ne cessaient de parler de paix , et, ne

pouvant se faire entendre, ils demandaient qu'oïl les laissât sortir de la ville... Les femmes seules en obtinrent la permission , encore fut-ce à condition qu'elles verseraient au trésor commun une grande somme d'argent. Pour maintenir ce despotisme et cette tyrannie , il fallait assurer la subsistance des soldats et des gens de métier qui allaient tomber dans une nécessité absolue; on y parvint en faisant une nouvelle visite dans les maisons des riches , et en leur enlevant la meilleure partie du grain qu'ils tenaient en réserve pour eux. Ces moyens violens engendrèrent la discorde parmi les citoyens, et les plus notables se liguèrent pour contrecarrer le maire et faire la paix sans lui. Ils étaient 3oo environ ; le secret ne fut point gardé , et ils furent tous traînés en prison. Monsieur en eut un vif chagrin , et il se vengea à la manière accoutumée , c'est-àdire qu'il tira son canon douze heures durant, et se prépara à un nouvel assaut. Les assiégés le souhaitaient au lieu de le craindre. Ils espéraient bien se défendre , comme par le passé , et ils pensaient que les royalistes , repoussés encore une fois , quitteraient enfin le pays et laisseraient un libre accès au blé dont on avait grand besoin. Le petit peuple n'avait absolument d'autre ressource que la pèche des sourdons et des pétoncles. Ils étaient toujours bien abondans, mais on courait de grands risques à les aller chercher : les cavaliers ennemis arrivaient quelquefois si

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vite qu'il n'était pas possible de leur échapper. Ils battaient les vieilles femmes qui leur tombaient entre les mains , violaient les plus jeunes et les renvoyaient toutes nues. On résolut, dans la ville , de guérir ces débauchés de leurs desirs , et des hommes vêtus en femmes s'en allèrent à la pèche avec des armes sous leurs jupes. Les assiégeans furent pris au piège , on leur tua 1 1 hommes et on leur prit 1 5 chevaux.

Sur ces entrefaites , le duc d'Anjou reçut la nouvelle que les Polonais venaient de le choisir pour roi , et que leurs ambassadeurs arrivaient au camp , pour lui offrir la couronne. On lui persuada qu'il était de son honneur de ne pas paraître à leurs yeux clans le triste état où il se trouvait, au milieu d'une armée découragée , et devant une place délabrée, dont les fossés étaient comblés, et les murs percés de vingt brèches à faire passer des bataillons entiers. 11 offrit encore ses conditions aux Rochelais , en leur laissant entrevoir que ceux de Montauban et de Nîmes seraient admis dans le traité. Les membres du conseil ne se refusèrent point à ces nouvelles ouvertures , mais, au lieu d'aller aussitôt faire leur soumission au camp, comme le roi de Pologne le leur enjoignait, ils demandèrent un lieu pour la conférence et des otages pour les assurer du traitement qu'on ferait à leurs députés. Tout était prêt pour l'assaut, et Monsieur ne songea plus qu'à avoir la Rochelle de vive force.

Il était persuadé qu'aucun traité ne laverait bien son honneur et celui du Roi , qu'il regardait comme fort engagé ; et , s'il avait encore parlé de paix , c'est que La Noue avait triomphé de sa répugnance par ses discours. Il commença donc par enflammer d'une même ardeur tout ce qui l'entourait, et le 12 , pendant qu'on ne songeait guère dans la ville qu'au résultat des conférences que les catholiques feignaient de vouloir continuer, il pousse une partie de son monde à la brèche de l'Evangile, y donne un assaut violent, et fait planter en même temps quatorze échelles entre deux tours x au-dessus de la Vieille-Fontaine. Il n'y avait personne de ce côté pour arrêter les assaillans , et il en monta bien une centaine sur le parapet , tant des gentilshommes , des capitaines que des soldats ; quelques-uns même arrivèrent jusques sur le cavalier. Mais il leur restait encore à faire pour être maître de ce quartier : il y avait dans le jardin du collège un retranchement avec du canon , et des flancs et des contrescarpes gabionnées. Les gens qui y faisaient la garde aperçurent l'ennemi et le saluèrent d'un grand nombre d'arquebusades ; on vint à ce bruit des postes voisins , et on courut aussitôt , tète baissée, sur les assaillans. Le plus avancé, qui était armé de toutes pièces et brandissait un épieu d'une façon menaçante , fut mis par terre d'un coup de pique , par un pasteur de l'église de Châtellerault , nommé Delme. Au lieu de lui donner

quartier , pour en tirer rançon , il se jette sur lui „ lui coupe la gorge avec son poignard, s'accommode le plus promptement possible de son armure v et va se joindre aux soldats et aux citoyens qui achevaient la défaite des catholiques. Il en périt 1 5 environ par le fer ; quelques autres se tuèrent en tombant du haut des murailles. Les soldats qui avaient été plus pressés de fuir que les gentilshommes , s'en retournèrent par les échelles, et n'eurent pas grand mal. La noblesse fut encore plus mal soutenue de l'infanterie et des soldats, à l'attaque du bastion de l'Evangile. Ils s'y étaient portés de mauvaise grâce ; mais M. de Guise , qui dirigeait l'assaut en cet endroit , avait cru qu'ils, se mettraient enfin de la partie, s'ils voyaient les gentilshommes et les capitaines bien faire ; c'est pourquoi , ni lui , ni sa suite ne s'y était épargnée On vit revenir jusqu'à trois fois cette noble troupe à l'assaut , sous un feu terrible de canons et d'arquebuses ; mais rien ne put décider les soldats à venir jusqu'à la contrescarpe : ils avaient trop bien gardé le souvenir des rudes traitemens que les assiégés leur avaient fait éprouver par 1© passé, et puis ils ne pouvaient comprendre pourquoi on risquait ainsi leur vie, au moment où la paix ne pouvait manquer de se faire. Monsieur fut tellement irrité de leur conduite , qu'il cassa honteusement mestres-de-camp et capitaines dans 60 compagnies, dont il donna les lignes à garder aux Suisses.

a/,G HISTOIRE

Il fallut bien revenir aux idées d'accommodement , cl le roi de Pologne offrit de nouveau ses conditions. Mais , comme dans le protocole il qualifiait ceux de la ville de rebelles , on refusa absolument de traiter et d'envoyer des députés. Ceux de Montauban et de Nîmes étaient arrivés au camp, et on ne doutait pas que la paix ne se fit bientôt. On la souhaitait vivement à la Rochelle. Mais on se croyait assez fort pour exiger qu'elle fût honorable. Ainsi 1 on signifia aux commissaires des royalistes qu'on n'entrerait pas en conférence, que l'on n'eût effacé le mot de rebelles de l'édit. Monsieur, malgré tant d'efforts et de sang perdus, ne renonçait pas à l'espoir de mettre les llochelais à la raison , et faisait pousser vivement une nouvelle mine au bastion de la Vieille - Fontaine. 11 fut bien près d'y trouver la mort, car, comme il était à la visiter avec son frère, le duc d'Alençon et le roi de Navarre, un soldat, remarquant qu'on leur rendait de grands respects, leur tira un coup d'arquebuse , ne croyant pas sans doute qu'il avait devant lui les premiers princes du sang, mais seulement des personnages de haute qualité. La balle allait droit à Monsieur; Jean de La Garde , sieur de Vins , son grand ecuyer , ayant vu le feu de L'amorce , se jeta audevant île son maître, et reçut le coup dans l.i hanche. Ce fut merveille comme il en guérit, tant la blessure était grave.

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On reprit les conférences, parce que Monsieur consentit à rayer de son protocole le mot de rebelles , mais on fut encore bien près de les rompre : il voulait qu'en signe de soumission on le laissât entrer dans la place , et qu'on donnât des otages pour assurer la fidélité des Rochelais à l'avenir. Gargouillaud , leur député , représenta que ce serait un triste spectacle pour le prince que l'intérieur d'une ville qu'il avait ruinée et remplie de deuil ; et , comme on le pressait de donner de meilleures raisons, il dit nettement que ses concitoyens craignaient une surprise et tenaient à l'honneur de ne pas paraître avoir été forcés dans leurs retranchemens , ou contraints à composition, ce que l'on pourrait croire, si le roi de Pologne entrait chez eux.

Les conférences n'empêchaient pas les hostilités , parce qu'on n'avait point stipulé de suspension d'armes. Ainsi , le ig juin, les assiégés, avertis de l'arrivée des Polonais au camp , par les cris de joie qu'ils entendaient et les salves d'artillerie qui faisaient grand bruit , sans offenser leurs murs, sortirent au nombre de 5oo, dans l'espérance de surprendre les royalistes. Et ils enfoncèrent en effet leurs premiers rangs ; mais un de leurs anciens officiers, le sieur Bragneau , qui, par suite d'une querelle avec le maire , avait déserté de la ville et pris service chez les ennemis, ramena les fuyards , en leur criant : Quoi , vous

n'osez pas tenir devant des cadavres exténués par la faim ! Il poursuivit à son tour les Rochelais, et les força de rentrer dans la place. Monsieur, de son côté, voulut tirer parti de sa mine, et la fit jouer le ai. Il n'en eut pas grand contentement, car les décombres rendirent les approches des murs plus difficiles , sans les attaquer en rien. Alors , son ardeur tomba encore plus bas que celle de ses gens , et tous les conseils et toutes les intrigues de Biron ne purent le décider à faire de nouveaux efforts. Il ne parla plus que d'en finir avec les Rochelais , et de s'en aller de leur terre maudite. On ouvrit donc de nouvelles conférences à Huré , où se réunirent les députés de Montauban ; Maurisson et Gargouillaud pour les Rochelais , et, pour le Roi , MM. Descars de la Vauguion , Villequier , de Suze , de Malicorne , Biaise de Montluc , Biron , de Retz et de La Noue.

Il fut convenu que, puisque les Rochelais , en simulacre de soumission, ne voulaient pas laisser entrer le duc d'Anjou chez eux , du moins ils le supplieraient humblement , dans une requête, de vouloir bien leur servir de médiateur auprès du Roi , et lui faire agréer les articles du traité qu'ils avaient toujours proposé ; qu'ils consentaient à en retrancher ce qui était relatif à la ville de Sancerre , et qu'ils y admettaient la clause par laquelle ils donneraient quatre otages à Sa Majesté, pour servir de caution à leur fidélité; que, du

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reste , la Rochelle jouirait de ses anciens privilèges , se gardant par elle-même , et n'ayant d'autre capitaine ou gouverneur que son maire; qu'ils seraient déclarés bons et loyaux sujets du Roi ; qu'on leur donnerait toute sûreté pour leur religion ; qu'on leur rendrait les biens qu'on leur avait confisqués, et qu'ils garderaient , au contraire, ce qui serait venu en leur possession par suite de la guerre ; enfin, qu'ils ne seraient jamais recherchés pour ce qu'ils auraient pu prendre dans les caisses de Sa Majesté.

Le duc d'Anjou signa aussitôt le traité; mais, comme les Rochelais souhaitaient d'y voir la ratification du Roi , il envoya à Boulogne , où se trouvait alors le sieur de Belleville , son chambellan , avec ordre de faire diligence ; puis , lui-même , pour n'avoir pas l'air inoccupé devant une ville qui , en rentrant dans le devoir , refusait de l'admettre dans ses murs , il partit pour visiter les îles voisines. Il ne revint au camp qu'après le retour de Belleville. Le Roi avait tout ratifié , et Biron entra dans la ville avec plusieurs trompettes, pour y publier la paix. On en eut tant de joie , qu'on se décida à faire de bonne grâce ce qu'on avait si obstinément refusé jusques-là à la violence et aux sollicitations : on nomma des députés pour aller offrir au duc d'Anjou les soumissions de la ville. Le maire le félicita donc au nom de tous, et. dans un discours modeste , il le remercia d'avoir

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sauvé les Rochelais par sa clémence. Peut-être qu'en parlant ainsi , on voulait plutôt s'excuser d'avoir abandonné Sancerre, que faire la cour au roi de Pologne. Celui-ci n'en éprouva pas moins une vive satisfaction , car ce discours était une bonne réponse à porter aux protestans d'Allemagne qui, pour ternir sa gloire, répétaient qu'il avait été vaincu et obligé de passer par les conditions des Rochelais qui , entre autres, lui avaient imposé celle de déclarer infâme l'assassinat de Coligny.

Après cela, il eut hâte de partir; il avait trop de son ennui et de celui qu'il voyait sur le visage de ses gentilshommes. Ils gagnèrent, tous ensemble, Nantes par mer ; leur intention était d'aller accomplir un vœu qu'ils avaient fait à Notre-Dame de Cléry, si le siège de la Rochelle se terminait heureusement. Ce motif pieux ne les empêcha pas de se divertir beaucoup en remontant la Loire; ils y passèrent même leur temps un peu licencieusement , surtout à Saint - Laurens et à Artenay, où ils rencontrèrent toute une compagnie de filles de joie, qui s'en allaient vers la Rochelle, pensant les y trouver.

L'armée ne s'en tirait pas si joyeusement. Les malades et les blessés restaient à Puilboreau , à la grâce de Dieu et à la bonne volonté des Rochelais Le reste s'en allait de divers cotes, sans solde, et pillait tout sur son passage.

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Avant que de partir , les ambassadeurs de Pologne avaient fait demander, par un trompette, qu'on les laissât visiter la Rochelle ; le conseil leur avait permis , trouvant leur désir glorieux pour les citoyens. Gargouillaud , en sa qualité de sergent-major de la ville , était allé les recevoir à la porte de Cougnes. D'autres visiteurs se présentèrent en si grande quantité , qu'on en conçut des soupçons. On n'ouvrit plus les portes à aucun de ceux qui avaient été signalés pour leur haine contre les calvinistes.

On payait cher l'honneur d'avoir, pour ainsi dire , amené les armes royales à composition ; les murs étaient réduits en poussière, les maisons les plus proches ruinées, les campagnes ravagées. Il n'y avait guère d'habitans qui ne pleurassent un père , un frère , ou quelque proche parent. Encore en mourait-il chaque jour par suite des fatigues du siège.

La paix semblait généralement un grand bienfait du ciel. Mais il y en avait parmi les zélés qui auraient voulu de meilleures conditions que celles du dernier édit , et qui entretenaient commerce avec les mécontens du Dauphiné, des Cévennes et du Languedoc. De plus, les soldats étrangers se plaignaient d'avoir été mal récompensés , et menaçaient de se faire justice euxmêmes. Ils donnèrent tant de mal au sieur Mignonneau, qui avait été élu maire le jour de la Quasi-

modo, qu'il en mourut. Ses deux coélus succombèrent également. Le sieur de la Maisonneuve ne' fut point effrayé de la fatalité qui semblait attachée aux chefs de la ville , et même le pouvoir eut tant d'attraits pour lui , qu'il s'empara violemment de la charge de maire. Le conseil craignit d'ajouter la guerre civile aux malheurs publics, et supporta Maisonneuve jusqu'à l'élection suivante.

Dans le délabrement et la pénurie où se trouvait la Rochelle, il lui fallait absolument quelque secours de deniers. Elle n'en pouvait attendre du Roi , qu'elle avait ruiné. Montauban et quelques autres villes du midi , insinuaient qu'elles prèteteraient de l'argent , si l'on voulait les appuyer dans leur révolte. Soit nécessité , soit affection, le maire et les échevins envoyèrent Dartigues dans le midi , pour adhérer à tout ce qui serait proposé.

En même temps, le sieur de La Haye, lieutenant du Roi en Poitou , mais ennemi des Guises, sollicitait les Rochelais de se déclarer contre la Cour, et leur promettait son assistance. On n'était pas encore tout-à-fait décidé à prendre ce parti extrême , et La Haye , qui s'était montré fort cruel envers les protestans, n'eut pas assez de crédit dans la ville pour entraîner les esprits. D'ailleurs , il y avait bon nombre d'habitans paisibles qui tempéraient un peu la fougue îles zélés. Malheureusement, les pièges de la Cour et la trahison d'Amateur Blandin et de Jacques Du Lyon , les

remplit eux-mêmes de méfiance , et justifia les déclamations des ministres et de leurs partisans. Ces deux indignes citoyens avaient fait un traité secret, avec la Reine mère, pour lui livrer la Rochelle. Les soldats étaient arrivés furtivement, par différens côtés , dans la foret de Benon , et ils s'avançaient pour surprendre la ville. Une lettre anonyme donna l'éveil aux magistrats ; on prit les armes, on ferma les portes, et les soldats, arrivant mystérieusement au matin , s'aperçurent qu'ils étaient attendus de pied ferme. Ils se retirèrent au plus vite , sans avoir pu faire leur coup , mais laissant la méfiance et la discorde parmi les Rochelais. Il n'était pas douteux qu'il n'y eût des traîtres dans la ville, et l'on s'occupa de les trouver pour les punir. Les haines particulières mirent cette circonstance à profit. Jean Sallehert fit décréter l'arrestation de Guillaume Gui. D'autres obtinrent la même sentence contre Claude Huet. Celui-ci se défendit bravement quand on vint pour le saisir dans sa maison. Près d'être garotté, il trouva moyen de sauter par une fenêtre , et il courut à l'hôtel-de-ville. Les échevins y étaient assemblés : Huet plaida sa cause avec tant de chaleur, et prouva si bien son innocence , qu'il couvrit de confusion ses accusateurs , et fut acquitté. Du Lyon , prévoyant le châtiment qu'on lui réservait , se hâta de fuir , mais on l'atteignit dans le bourg de St.-Rogatien , et on le tua , parce qu'il essayait de faire résistance. Huit de ses complices

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subirent le supplice de la roue. Amateur Blandiu était à Paris , et il se donna bien de garde de revenir. Quant à Gui, il persista, au milieu des tortures, à nier qu'il fût coupable et qu'on eût la moindre preuve contre lui ; il n'en fut pas moins condamné à mourir. Les juges qu'on lui avait donnés étaient effrayés de la puissance de ses ennemis, et crurent faire beaucoup en sa faveur que d'accorder qu'on lui tranchât la tète, par égard pour la charge de maire , dont il avait été revêtu.

Après cela , les plus modérés des citoyens n'osèrent plus soutenir leurs véritables opinions , ni prononcer seulement les mots de paix et de soumission : on les eût pris pour des traîtres. Ils se turent , et le pouvoir passa dans les mains des zélés. Ils députèrent aussitôt vers la reine d'Angleterre, pour en obtenir des secours en argent et en munitions. La Noue vint leur apprendre qu'ils ne faisaient que préparer les moyens d'une défense nécessaire et légitime. Il arrivait de la Cour, où il avait appris, dans la familiarité des hommes les plus élevés en dignité et en vertu, que Médicis machinait encore d'horribles projets contre les calvinistes. Il avait découvert que les Rochelais surtout lui étaient odieux; et puis, la dernièiv tentative pour surprendre traîtreusement la ville , venait de lui donner la clé de diverses menées dont il avait été témoin au camp du duc d'Anjou, lors du siège. La Noue eut d'abord de la

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peine à se faire écouter ; ses anciens ennemis excitaient contre lui des défiances ; ils feignaient d'ignorer les justes motifs qu'ils lui avaient fournis de déserter la ville , et la part qu'il avait prise dans une paix qui , en épargnant un nouvel assaut à la Rochelle , avait peut - être sauvé la vie à tous les habitans. Mais la grande renommée de vertu et de bravoure dont il jouissait, la considération que sa présence devait donner aux armes Rochelaises , et surtout sa noble et persuasive éloquence, triompha des répugnances et des déclamations de ses détracteurs. Bientôt, ils cédèrent eux-mêmes à l'entraînement général, et, d'un consentement unanime , La Noue fut déclaré chef de l'entreprise. Mais il déclara qu'il n'était qu'un émissaire , et que celui qui l'avait envoyé était de telle qualité , que chacun s'estimerait heureux de lui obéir , attendu qu'il était du rang de ceux qui avaient puissance de commander aux quatre marécbaux de France.

Avant tout, il fallait relever les murailles de la ville : on s'y porta avec ardeur , et l'on écrivit de tous côtés , en Angleterre , en Hollande , en Allemagne , à Montauban , à Sancerre , à Niines , et autres villes du royaume. Cependant , on n'avait pas encore rompu ouvertement avec la Cour ; on s'excusait de faire des préparatifs de guerre , sur certaines défiances qu'on n'avait pu s'empêcher de concevoir; d'ailleurs, on protestait du

désir sincère que l'on avait de vivre en paix. Dans le fait, on donnait la main à un vaste complot, pour anéantir le crédit des Guises, obtenir toute liberté à ceux de la religion réformée , et réduire à presque rien l'autorité du Roi. Le duc d'Alençon était le chef de cette machination. C'était un prince faible et irrésolu : il chancela au moment, de l'exécution , et dévoila tout à la Reine mère , qui se mit en mesure de se défendre et de punir ses ennemis.

Le mauvais succès de cette conspiration et la sentence de mort prononcée contre Montgommery, qui s'était laissé surprendre en armes dans la Normandie, n'arrêtèrent pas les protestans. La guerre au contraire commença aussitôt dans le Poitou, la Saintonge et l'Angoumois, et les réformés, profitant de la débauche dans laquelle les catholiques se plongent ordinairement le Mardi-gras, se saisirent à-la-fois de Pons , Tonnay-Charente , Royan , Talmont, St.-Jean-d'Angély , Rochefort et Bbutteville. A peu de jours de-là, Melle et Lusignan furent pris de vive force par La Noue , qui se tourna ensuite vers Fontenay, avec toutes ses forces. Cette ville avait été surprise par des seigneurs protestans. La Noue, qu'ils avaient appelé, y mit son infanterie en garnison , et se répandit dans la campagne , avec sa cavalerie , afin de rançonner ceux du parti opposé. Des nouvelles fâcheuses le rappelèrent à la Rochelle : on y

perdait courage , depuis la détention du duc d'Alencon , du roi de Navarre , et de l'emprisonnement des maréchaux de Montmorency et de Cossé. Il rassembla le maire , les échevins , les pairs et un grand nombre de bourgeois notables ; il leur parla avec confiance de l'avenir, rappela la fermeté dont ils avaient fait preuve dans le dernier siège , et offrit à leurs yeux le tableau le plus effrayant de la cruauté de la Reine mère et de ses conseillers. De cette manière , il affermit les bourgeois dans leur première résolution. Quand il fut rassuré de ce côté, il passa dans les îles , mit garnison à l'île de Ré , leva une forte contribution sur celle d'Oleron , alla donner un coup-d'œil à Brouage , où Cimaudière se tenait avec 3oo hommes, et revint ensuite à la Rochelle. Son intention était de préserver la ville de l'incommodité que lui causait l'occupation des rades par les vaisseaux ennemis. Il parvint à réunir 70 navires environ qui , munis de canons , d'arquebuses et de braves marins , firent un tort considérable aux ennemis. Il n'y avait bruit que des prises des Rochelais. Les marchands espagnols, portugais , basques , bretons , bordelais , normands , en étaient au désespoir. Toutefois , il y avait bien des gens dans la Rochelle qui n'approuvaient pas cette manière de s'enrichir et de faire la guerre. Ils disaient que c'était une piraterie qui pouvait rendre odieux le nom des réformés. A. défaut d'autre moyen d'avoir de l'argent , on

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continua la course ; seulement La Noue proposa de sages réglemens pour en arrêter les excès.

Le Roi ne savait comment faire tète à Forage. Catholiques et protestans s'unissaient de tous cotés, et, les armes à la main, demandaient la réforme des abus. La Rochelle avait déjà envoyé son manifeste jusqu'au fond de l'Allemagne. Les Guises y étaient dénoncés comme la cause des malheurs publics, et on s'y montrait résolu à ne rentrer dans l'obéissance qu'après que les étatsgénéraux auraient été convoqués. La Cour aimait mieux arriver à la paix par tout autre moyen , et Strozzi et Gadagne , abordant bientôt à Esnandes, s'annoncèrent aux Rochelais comme des messagers de conciliation. La noblesse , les échevins et les bourgeois , nommèrent trois députés pour entrer en conférence avec eux. On s'aperçut aussitôt que la Reine mère n'avait rien changé à son ancienne politique. Strozzi et Gadagne étaient chargés de lettres flatteuses pour les Rochelais , au lieu qu'ils n'avaient rien pour la noblesse. Ils affectaient de garder, à son sujet, un silence menaçant; puis, pour achever de mettre les bourgeois et les nobles en défiance les uns des autres, les émissaires de la Reine s'efforçaient d'entamer avec ceux-ci des négociations secrètes qu'ils avaient soin de laisser pénétrer, comme par hasard, Les gens de la Cour étaient fort habiles dans ces manœuvres, et la discorde se fut certainement mi^

entre les bourgeois et les réfugiés, si ce n'eût été la grande vertu et l'éloquence de La Noue, qui calma les défiances , adoucit les plus ardens , et imposa à tous par l'autorité de son caractère. Il convoqua, de concert avec le maire, une assemblée générale. On s'y expliqua et on s'entendit. A la fin , gentilshommes et Rochelais se montrèrent satisfaits les uns des autres, et resserrèrent leur union par de nouveaux sermens. Strozzi et Gadagne ne purent obtenir de réponse, si non que la Rochelle ne voulait point un traité séparé; qu'elle combattait pour toutes les églises, et que, pour ce qui regardait les affaires générales de l'état , on ne se départait pas des demandes contenues dans le manifeste.

Sur ces entrefaites , le roi Charles IX mourut. Les animcsités en furent comme suspendues , ceux qui faisaient la guerre contre ce prince se demandant s'ils avaient des motifs pour la continuer contre son successeur. A la Rochelle, les gens pacifiques dirent aussitôt qu'il fallait entrer en accommodement avec la Reine mère jusqu'à ce que Henri III fût arrivé de Pologne. Claude Huet surtout inclinait à ce parti. La Noue pensait autrement. « Pourquoi quitter les armes? » disait-il ; le but que vous vous êtes proposé » est-il atteint ? Le duc d'Alençon , le roi de Na- » varre , les maréchaux de Cossé et de Mont- » morency sont prisonniers. Vous n'avez point

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» de garanties pour l'exercice de la religion... Et » puis , est-ce le fait de gens d'honneur , que de » traiter seuls , quand vous êtes engagés avec » Monseigneur le prince de Condé, qui amasse » des troupes en Allemagne ; avec les mécontens » du Poitou, delà Saintonge , de l'Angoumois, » du Languedoc , du Quercy et de la Guyenne , » qui ne se portent à aucune mesure sans vous » en donner avis au préalable ? » Claude Huet luimême se rendit à ces raisons , et l'on décida que la guerre continuerait. Seulement , comme on avait besoin de gagner du temps, jusqu'à l'arrivée du prince de Condé , on vendit à la Reine mère une trêve de deux mois. Elle en profita bien , car elle renforça l'armée du duc de Montpensier en Poitou , à tel point qu'elle put défier ses ennemis et qu'elle fit trancher la tête au comtp de Montgommery , sans plus s'inquiéter du courroux des Rochelais. Le duc de Montpensier avait sous sa main 1 2,000 soldats environ ; il brûlait du désir de frapper quelque grand coup , et , sur le bruit que ceux de la Rochelle avaient violé la trêve , il s'avança pour assiéger Fontenay et se saisit de plusieurs petites places qu'il rencontra sur son chemin. La Noue avait trop peu de monde pour tenir devant lui. Du moins, il voulut faire diversion et essayer d'enlever Niort par escalade. Ses échelles se trouvèrent trop petites, et le duc, tranquille sur ce point , se mit à courir la campagne. Il y faisait un dégât horrible , et les riches

bourgeois qui éprouvaient ainsi de grandes pertes , ne ménageaient guère leurs expressions au sujet des gentilshommes. Ils les nommaient des traîtres, des lâches , comme s'ils eussent dû aller se faire tuer en pure perte pour défendre leurs récoltes et leurs maisons de campagne. Le ministre Chesneverd alla plus loin : il publia un livre plein d'invectives contre La Noue , et quelques autres chefs. Tant d'injustice révolta le conseil et le consistoire lui-même , et Chesneverd eût été sévèrement puni , si La Noue, touché de son repentir, n'eût demandé sa grâce. La Reine mère offrit de nouveau la paix , et elle choisit la jeune et belle dame de Bonneval pour appuyer ses propositions. Elle ne put tourner les vieilles têtes du conseil de la Rochelle, et partit au bout de deux jours, sans avoir réussi à autre chose qu'à rendre bien amoureux une dixaine de gentilshommes qui prirent galamment ses couleurs.

Le maréchal de Danville avait réuni , dans les provinces méridionales, le parti des mécontens à celui des réformés : ils étaient entièrement les maîtres de ce côté, et tenaient une assemblée générale â Millaud , pour régler les intérês de tous et amener la Cour à composition. Les Rochelais avaient été invités des premiers à envoyer leurs députés. Leur choix était tombé sur La Popelinière et Le Febvre. Avant de leur donner congé , on avait demandé pour eux un sauf-con*

duit à la Reine mère qui l'avait accordé. Cependant on les arrêta en chemin et on les conduisit à Cahors. On ne les retint que quelques jours , puis on les relâcha dans l'espérance qu'ils porteraient des paroles de paix à l'assemblée générale. Et en effet , ils n'avaient point d'autre idée. La Popelinière et Le Febvre aimaient la France avant tout.

Le roi Henri III était enfin parvenu à se retirer des mains des Polonais, et il venait d'arriver à Lyon , avec une escorte de i ,000 cavaliers et de 6,000 hommes de pied que lui avait donnée le duc de Savoie. La Reine mère était allée l'attendre dans cette ville avec toute la Cour. Il commença par déclarer au duc d'Alencon et au roi de Navarre qu'il les rendait libres. Cette générosité ne pouvait manquer de lui ramener bien des cœurs; mais ensuite , écoutant trop sa vieille haine contre les huguenots , ou plutôt peut-être uniquement ému de ce qu'un de leurs partis avait osé arrêter ses bagages , il se résolut à les poursuivre tous à outrance. D'un autre côté , les mécontens montraient tant d'orgueil dans leurs prétentions, qu'il ne pouvait les endurer. Ils demandaient impérieusement qu'on assemblât les états-généraux , et que les étrangers (ils désignaient les Guises) fussent chassés des conseils du Roi. Henri III était loin de vouloir les garder, car il les détestait ; mais, pour le moment , il ne pouvait s'en passer. Ainsi sa

présence ne rendait point la paix au royaume ; les factions le déchiraient toujours, et la lecture assidue que le Roi faisait de Machiavel , ne pouvait pas apporter un grand remède aux malheurs de la France. Il s'en aperçut bientôt , désespéra de lui-même , puis se plongea dans la mollesse et ne s'occupa plus que de ses plaisirs. Il y dépensait des sommes énormes , et ses ressources contre les révoltés s'épuisaient sensiblement. Les horribles trames du ducd'Alençon le tirèrent pour un moment de son repos. Il fut si indigné d'apprendre que son frère avait conspiré contre sa vie , qu'il proposa au roi de Navarre de le tuer , et de se frayer ainsi un chemin au trône, après lui. Le Béarnais rejeta avec horreur cette proposition, et, usant aussitôt de l'empire qu'elle lui donnait sur le Roi , il le décida à entrer en accommodement avec les réformés et les autres mécontens. Des négociations furent aussitôt entamées. Mais, par malheur, Henri III n'avait pas seulement à satisfaire ses peuples : il se fût bien facilement entendu avec eux. Il fallait encore contenter les chefs des divers partis qui demandaient de grands avantages pour eux et leurs amis. La guerre continua. Les succès en furent variés; car, pendant que le duc de Montpensier prenait Fontenay , Lusignan et plusieurs châteaux en Poitou , les royalistes étaient battus en Dauphiné, en Guyenne , en Languedoc ; La Noue dégageait peu à peu les avenues de la Rochelle , et La Pe*-

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pelinière, de retour , s'emparait de Tonnay-Charente et de l'île de Ré.

Le duc d'Alençon , en s'échappant de la cour, ajouta beaucoup aux embarras du Roi , car il décida aussitôt les Allemands à venir se joindre aux huguenots. Ils passèrent le Rhin , sous la conduite du prince de Condé. Mais celui-ci ne put échapper au duc de Guise, qui le cherchait avec des forces bien supérieures. Les Allemands furent en grande partie taillés en pièces. Quelques jours auparavant , le Roi avait délivré de la prison , les maréchaux de Montmorency et de Cossé , ce qui lui avait ramené bien des cœurs. Ainsi ses affaires semblaient se remettre. Toutefois, la Reine mère crut qu'on ne pouvait pas acheter la paix trop cher , et elle l'obtint à un haut prix , en venant elle-même conférer avec le duc d'Alençon.

Ce n'était qu'une trêve de quelques jours, et le trouble fut bientôt plus grand que jamais. Le roi de Navarre s'enfuit à son tour ; il vint à Saumur et y abjura le catholicisme , dans lequel il déclara n'être entré que par force. De tous côtés on courut à lui. En peu de temps, il se vit un parti nombreux ; les Rochelais lui tendirent les mains. Condé , qui s'était refait en Allemagne , reparut avec une armée. Il fallut bien en passer par tout ce que voulaient les mécontens et les huguenots (*). On accorda à ceux-ci le libre exe r-

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cice de la religion réformée , dans toutes les villes de France, à la réserve de Paris et de tout autre lieu où se tiendrait la Cour ; il leur fut permis de bâtir des temples , d'enseigner publiquement , d'imprimer leurs livres, de tenir des synodes provinciaux et nationaux. On les déclara admissibles à toutes les charges et offices, sans être obligés à autre serment que de bien servir; les places de juges devaient être partagées à l'avenir entre eux et les catholiques. Le Roi désavouait les excès de la St.-Barthélemy et accordait de grandes exemptions aux veuves et aux orphelins de ceux qui avaient été massacrés. Les états-généraux devaient être convoqués à Blois avant un an.

Quant au duc d'Alençon , aux autres chefs , tant des calvinistes que des mécontens, on leur faisait de magnifiques avantages qui, consistant pour le moins autant en écus qu'en honneurs, devaient retomber , en grande partie , sur les peuples. Enfin , pour le moment , on se trouva débarrassé des Allemands et soulagé un peu des pilleries et de l'insolence des soldats.

Ce fut le 24 mai, sur les cinq heures du soir, que l'édit fut publié à la Rochelle. Nulle part on ne le reçut avec plus d'allégresse. On commençait à être bien las des gentilshommes. Sous le mauvais prétexte que les bourgeois étant tout occupés de leurs affaires de commerce , négli-

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geaient celles de la cause commune, la noblesse avait prétendu attirer à elle l'administration des choses les plus importantes, en soumettant tout à un conseil où elle aurait eu la majorité des voix. Ainsi le maire de la ville n'en aurait plus été le capitaine , et serait devenu un simple conseiller avec peu de pouvoir au dedans , et nulle juridiction au dehors. Les Rochelais avaient repoussé bien loin ces insultantes prétentions. « Nous n'avons » jamais reconnu autre , disaient-ils , que le Roi » et notre maire. Nous ne voulons souffrir aucu- * nement un grand seigneur pour nous gouverner. » Quoi ! ces gentilshommes que nous entretenons » de nos deniers , qui seraient morts si nous ne » les avions reçus , voudraient mettre des impo- » sitions sur nous et se dire nos maîtres! » Les gentilshommes , de leur côté , parlaient avec un grand mépris des bourgeois , les représentant comme des factieux , mal affectionnés à l'état , ennemis de la noblesse et des plus gens de bien. La querelle s'était si fort animée dans les derniers temps, que La Noue, par cela seul qu'il était .gentilhomme, avait beaucoup moins d'amis à la Rochelle. Le prince de Condé lui-même y était devenu suspect. On s'inquiétait de le voir fortifier Brouage où il s'était retiré , et l'on craignait qu'il ne machinât quelque dessein pour s'emparer de la ville et y mener tout à son gré... Enfin on était délivré de la noblesse , on avait la pleine et entière jouissance des privilèges , le commerce

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reprenait son ancienne activité , les murailles avaient été remises en assez bon état , et , du reste , la volonté de se défendre contre les oppresseurs ne manquait à personne.

Les catholiques n'étaient pas aussi tranquilles, ou du moins ils faisaient semblant d'éprouver de grandes inquiétudes. Ils disaient que la religion s'en allait périr par l'édit de paix , et que leurs propres vies étaient en danger. Ils résolurent de s'unir pour se défendre , formèrent la Sainte-Ligue et commencèrent aussitôt à gêner les protestans, à les invectiver, à les maltraiter. A Rouen , le cardinal de Bourbon ferma leur temple ; on fit main basse sur eux dans le midi ; le prince de Condé se vit refuser les portes de Péronne, et il était aisé de comprendre, aux discours du Roi, qu'à son avis on ne traitait jamais assez mal les huguenots. Finalement, l'édit n'était plus que sur le papier. D'un autre côté , le roi de Navarre , qui avait été obligé de se contenter de belles promesses, pendant que le duc d'Alençon avait été satisfait dans tous ses désirs , songeait à se mettre en état de se faire mieux traiter. Il eût bien voulu se voir maître de la Rochelle , mais sa suite y était trop détestée. Elle était toute formée de ces gentilshommes qu'on avait vus partir avec tant de joie. Aussi obtint-il à grand'peine d'entrer dans la ville , et encore lui prescrivit-on de n'amener avec lui que 5o cavaliers. Pe-là il se

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rendit en Guyenne , où il avait un parti nombreux déjà en armes. Condé alors voulut essayer s'il ne réussirait pas mieux que lui à la Rochelle, et il écrivit au maire et aux échevins qu'il allait arriver. Cette nouvelle ne réjouit à- peu-près que les ministres et les gens de guerre , qui n'étaient pas retournés chez eux et attendaient impatiemment que les troubles recommençassent pour s'utiliser et gagner leur vie. Le maire Guillaume Gendrault était le plus ingénieux à trouver des raisons pour tenir le prince éloigné de la ville. Le ministre du Nort était furieux et n'épargnait pas les injures , et privées et publiques, à ce magistrat. Sur ces entrefaites, Condé s'embarqua en secret à Brouage et aborda inopinément à la Rochelle , escorté seulement de huit personnes. Le maire, témoin de la consternation de ses échevins, et n'osant lui - même prendre aucune mesure , vit bien que c'était assez pour le prince d'être entré dans la ville, et qu'il en était déjà maître. En effet, dans le conseil général, qui eut lieu le lendemain, Condé prit toute sorte d'avantages sur les officiers de la commune. Il commença par rappeler les services et la mort de son père, exposa avec modestie ce qu'il avait fait lui-même, protesta de ses bonnes intentions, flatta les passions populaires, puis, déjà sûr du triomphe, somma le maire de rendre compte des discours injurieux qu'il avait tenus sur lui. Le malheureux Gendrault, étourdi par ce coup inattendu, balbutie

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et relève ainsi le triomphe du prince. On l'accuse à son tour d'avoir de mauvaises intentions, d'entretenir une correspondance avec la Cour , sans la participation du peuple , et même de conspirer contre la liberté publique. Condé promet d'en donner des preuves à la prochaine assemblée. La foule se sépara en tumulte , les uns s'indignant d'avoir été trompés par leur magistrat , les autres qu'on osât le calomnier avec autant de fureur. Condé ne put pas prouver ce qu'il avait avancé ; il lui fallut jeter la faute sur le capitaine Parcelle , de Fontenay , qui déclara hautement que le prince en imposait et était l'inventeur de la calomnie. Gendrault établit si clairement son innocence , qu'il ne resta pas le plus petit soupçon sur lui. Condé sut habilement détourner l'attention publique de cette triste affaire, et l'attirer sur les dangers qui menaçaient les réformés. Cependant la paix était si douce aux yeux des bourgeois , qu'ils attendaient pour se décider , et montraient même une grande répugnance à reprendre les armes. La guerre épuisait les finances de la commune et ôtait les ressources du commerce aux particuliers. Condé appela La Noue à son secours. Celui-ci accourut , et il émut si bien les esprits en annonçant que le Roi venait de signer la révocation du dernier édit , qu'il ne voulait plus d'autre religion que la catholique , et qu'enfin il s'était engagé par serment , en entrant dans la ligue, à exterminer les huguenots, que

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tous furent d'avis qu'on devait faire une ligue protestante et se préparer à la guerre. Après cela , La Noue désigna aux Rochelais le prince de Condé comme le plus digne de leur commander. On ne se refusa point à le déclarer chef, mais à condition que la plus grande part de l'autorité resterait à la commune. Le prince ne put cacher le dépit qu'il en éprouvait, et disputa long-temps au sujet des commissions pour faire la course sur mer. Il voulait se les réserver , pour les donner comme il l'entendrait, sans que le conseil d'amirauté eût le droit d'en connaître. Les Rochelais ne voulurent pas lui donner cette satisfaction. Il venait passer parmi eux tout le temps que lui laissaient ses expéditions , pour tâcher d'augmenter son crédit et son autorité; mais on était sur ses gardes , et , pour plus de prudence , on se refusait à-peu-près à tout ce qu'il paraissait désirer. Ainsi ses démarches, en faveur de Gargouiilaud, firent exclure ce citoyen de la mairie, et les plus honnêtes bourgeois se liguèrent pour écarter un candidat qui avait la réputation d'être un homme sans caractère et n'ayant d'autre volonté que celle de se rendre agréable à la noblesse. Et , pour être sans inquiétude à ce sujet , on exclut tout-à-fait son nom du scrutin , et toutes les voix se portèrent sur Bobineau , Esprinchard et Barbot. Le prince désignale premier, mais se plaignit amèrement des humiliations qu'il recevait de la part des Rochelais.

On avait grand besoin de se réunir et de s'entendre. Le duc de Mayenne , à la tête de l'armée catholique , ne trouvait rien pour lui résister. Il avait envahi la Saintonge et faisait chaque jour de nouveaux progrès. Il se rendit maître de Tonnay-Charente, et causa un tel effroi dans le pays , que le commandant du château de Rochefort , le voyant arriver à lui , ne l'attendit pas et lui abandonna la place. Restait Marans , défendu par le brave La Popelinière. Mais la garnison se montra aussi peu résolue que celle de Rochefort, et , quoi que put dire et faire son capitaine , elle se débanda et se mit à fuir par les champs. Mayenne suivit sa pointe, il vint jusques sur la contrescarpe des murs de la Rochelle , et de-là envoya fièrement un cartel au prince de Condé. Celui-ci le refusa comme étant d'un rang trop élevé pour se mesurer avec un Guise. Les Rochelais étaient bien inquiets de voir toutes les avenues de leur ville occupées par l'ennemi. Maître de la Charente et de la Sèvre, nul doute que Mayenne allait se rabattre sur Brouage et de-là tiendrait le commerce dans des transes continuelles. Il n'attendait en effet pour cela qu'une grande flotte qu'on lui équipait à Bordeaux. Il s'agissait de l'empêcher d'arriver ou de la détruire , quand elle paraîtrait sur les rades. Chacun se met à l'ouvrage ; au bout de cinq jours, six grands vaisseaux de guerre mettent à la voile et vont observer l'ennemi jusqu'au lendemain , que Clermont d'Amboise , arrivant sur le reste de la

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flotte Rochelaise , engagea le combat. Lansac , amiral des royalistes , avait cru ne rencontrer aucun obstacle , et il se trouvait avoir affaire à 20 navires bien équipés , bien armés et montés par d'excellens marins. Il se retira au plus vite dans la Gironde , manquant le but de son expédition , et remportant la honte de n'avoir pu mettre le pied à terre dans l'île de Ré , dont les habitans l'avaient reçu avec force arquebusades. Ce premier avantage donna grand cœur aux Rochelais : ils formèrent la résolution de demeurer maîtres de la mer , et pour cela ils réunirent une somme de 3o,coo livres qu'ils appliquèrent à leur marine , et envoyèrent en Hollande Pierre Lapersonne pour traiter du prêt de quelques vaisseaux de haut-bord. Mais , avant qu'on fût en mesure , Lansac revint avec une flotte plus considérable , et il s'approcha de Brouage pour seconder les desseins du duc de Mayenne, qui tenait cette place bloquée. Clermont d'Amboise semblait manquer de résolution ; il observait la flotte royale , et s'en tenait là. C'est qu'il jugeait . en habile marin, qu'il n'y avait pas mieux à faire. Il ne put résister aux reproches du prince de Condé et aux grandes clameurs qui s'élevaient contre lui à la Rochelle ; il se décida à en venir aux mains avec un désavantagé marqué. Il était plus faible d'échantillon , d'artillerie et d'hommes; de plus il n'y avait presque pas de Mut, ce qui le mettait en grand danger devant des galères qui

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allaient à la rame. Il fut battu , écrasé et revint à grand'peine , avec les débris de sa flotte , à l'île d'Aix , puis dans le port. La garnison de Brouage tenta une résistance qui lui fit grand honneur; mais il lui fallut céder : elle sortit vies et bagues sauves , et avec la condition de pouvoir rentrer à la Rochelle.

Lés affaires des catholiques n'étaient pas partout aussi bonnes, et d'ailleurs les peuples se plaignaient de tous côtés des désordres de la guerre. Le Roi accorda donc un nouvel édit qui pacifia pour un temps le royaume. Il n'était pas difficile de prévoir que l'orage ne tarderait pas à recommencer, et chacun se préparait des moyens de défense. Le prince de Conde ne quitta point la Rochelle et s'appliqua à y multiplier ses partisans: ce fut dans l'intention de calmer la défiance qu'en pouvait prendre le Roi , que la commune lui fit offrir une magnifique horloge. On n'en travaillait pas moins à se mettre en état de résister aux coups qui devaient arriver de ce côté. La ligue faisait ses préparatifs et ne cessait de déclamer contre les disciples de Calvin. Bientôt ils passèrent des paroles aux actions. St.-Luc s'empara de Brouage , où commandait Lancosme au nom du Roi , mais que les ligueurs croyaient peu dévoué à leur cause ; Henri IV se vit enlever Figeac, une de ses places de sûreté. Les catholiques se saisirent de Mauzé et se mirent à préparer

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une surprise contre les Rochelais. Mais cenx-cï étaient sur leurs gardes et pouvaient soutenir un siège.

Le roi de Navarre commençait à être vivement pressé dans la Guyenne par les forces réunies de Mayenne et de Matignon. D'abord il suppléa par sa vaillance et son savoir-faire au petit nombre des gens qu'il avait avec lui ; mais bientôt il lui fut impossible de tenir la campagne, et il se replia vers la Rochelle , où il était d'ailleurs appelé par les habitans. Biron arrivait à leurs portes. Le Béarnais fut reçu avec de grandes marques de joie et d'amour. Il y avait tant de gens qui gardaient le souvenir de son excellente et noble mère! Quand il se vit assuré d'une aussi bonne place de guerre , il ne laissa plus un instant de repos à ses ennemis. Dès le lendemain de son arrivée , il était dans les îles , à réveiller les bons sentimens de ses anciens amis et à tout mettre en état de défense. On avait peine à concevoir que ce prince , qui était autrefois si occupé de son plaisir , ne quittât plus le casque et la cuirasse, et fut sur pied nuit et jour. Les ligueurs ne méditaient pas un coup sur une place voisine , que le roi de Navarre ne les eût devinés et ne tombât sur eux à l'improviste , et ne fit échouer leurs entreprises ; jamais on ne leur avait fait si rude guerre. C'est ainsi qu'il mit la vflle de Marans à l'abri, au moment où Biron attendait

que le gouverneur lui en apportât les clés. 11 reprit ensuite Fontenay et St.-Maixent , deux places d'une grande importance. Toute la grande salle de l'hôtel-de-ville de la Rochelle était tendue et pavoisée des drapeaux qu'il avait pris à l'ennemi... Une plus grande fortune l'appela dans la Guyenne. Le duc de Joyeuse y ramenait tout à l'obéissance du Roi , au moyen de la grande armée qu'il commandait. Henri de Navarre le rencontra à Coutras, le 20 octobre (*) ; il l'attaqua malgré le désavantage du nombre. Joyeuse fut vaincu et tué. La nouvelle en causa aux Rochelais des transports de joie incroyables. Jamais les armes protestantes n'avaient eu un succès aussi grand , aussi décidé contre les catholiques. On n'eut que quelques jours à donner à la joie de cette victoire. On apprit bientôt que le prince de Condé venait de mourir empoisonné à St.-Jean-d'Angély. Les malheurs se succédèrent rapidement. Laverdin, qui s'était sauvé de Coutras à Niort , avait trouvé moyen de lever jusqu'à 600 hommes , sans qu'on en fût averti , puis il était tombé à l'improviste sur Marans , le véritable grenier des Rochelais. Le roi de Navarre , à cette nouvelle , ne fit point attendre ses secours ; il arriva lui-même à la tête de ses meilleures troupes et courut au secours de Marans. Les marais , dans cette saison , étaient impraticables ; Henri ne put y remuer ni son artillerie, ni même ses fantassins, et Laverdin, ■ 1G87.

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qui tenait les chaussées , finit par se rendre maître du château et de la place. On en eut tant de dépit à la Rochelle , qu'on maltraita les catholiques qui demeuraient dans la ville. Ils furent désarmés , et on remplit leurs maisons de gens de guerre qui y vécurent à discrétion.

Sur ces entrefaites , le roi de France avait convoqué , une seconde fois , les états - généraux à Blois. Il avait résolu d'y frapper au cœur la ligue qui le tyrannisait, quoiqu'il en fût le chef. Les calvinistes ignoraient ses desseins secrets, et d'ailleurs ils avaient l'assurance qu'il ne ferait rien décider en leur faveur, parce qu'il les haïssait. C'est pourquoi ils avaient aussi convoqué des états-généraux, et ils s'étaient réunis à la Rochelle. Le roi de Navarre y avait fait comprendre le besoin qu'on avait de s'unir, et avait inspiré à tous un vif amour pour sa personne. Ce sentiment était bien utile dans les circonstances où l'on se trouvait. L'assemblée était remplie d'hommes remuans et amis des nouveautés , qui voulaient changer toute la forme du gouvernement, et faire de la France une fédération de petites républiques. Henri détourna les états protestant d'admettre des plans qui , en amenant l'anarchie , ne pouvaient qu'ajouter aux malheurs du pays, et amoindrir une couronne qui lui semblait destinée depuis li mort du duc d'Anjou. Le royalisme fut le plus fort, et on alla jusqu'à arrêter qu'on ferait

«les soumissions respectueuses au Roi , et qu'on implorerait ses bons offices en faveur des calvinistes , qu'on redemanderait l'édit de janvier et la convocation d'un concile national pour décider les points de religion. Avant de clore sa session ( 1 7 décembre ) , l'assemblée décréta un jeûne général.

Les étals de Blois avaient eu une issue bien différente. Les Guises y avaient été assassinés. A force d'insolence et d'outrage, ils avaient fait sortir le Roi de son apathie pour un moment, et ce moment avait été un cri de mort contre eux. 11 était peut-être aisé, dans cette circonstance, de dompter la ligue épouvantée , en marchant aussitôt sur Paris. Henri préféra publier une justification de sa conduite et attendre à Blois. Les partisans des Guises reprennent courage ; il leur restait encore Mayenne ; ils le proclament lieutenant - général du royaume , pendant que le clergé fait de la révolte un devoir sacré , et que la Sorbonne déclare les sujets de Henri déliés du serment de fidélité envers sa personne;

Ces grands désordres publics semblaient devoir tourner au profit du roi de Navarre. Cependant, il avait bien à faire pour résister à des ennemis nombreux et acharnés , pendant que lui-même n'avait que quelques partisans chez qui l'ancien mobile de la religion s'affaiblissait, et qui demandaient de l'argent à leur chef, qui n'en pouvait guère

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donner. Ainsi fut -ce à grand'peine qu'il réunir quelques soldats pour aller faire lever le siège de Lagarnache au duc de Nevers, qui désolait le Bas- Poitou. Henri s'émut tellement en cette circonstance, qu'il y gagna une grande fièvre qui fut. sur le point de l'emporter. La nouvelle de sa maladie jeta les Rochelais dans la consternation ; ils envoyèrent auprès de. lui des députés pour les tenir, jour par jour, au courant de sa santé, et eux-mêmes ils ne cessèrent pas d'être en oraisons publiques et particulières dans leurs temples. Ils le chérissaient, et, de plus, il leur faisait concevoir l'espérance de voir à la fin sur le trône un roi de leur religion. Enfin , le danger disparut ; Henri entra en convalescence, et il revint à la Rochelle. Jamais prince ne reçut des témoignages d'amour aussi touchans. « Je tâcherai , disait-il , de recon- » naître leur affection , si Dieu me fait la grâce » de vivre et de me remettre au-dessus de mes »> ennemis. »

C'était de l'argent surtout qu'il lui fallait ; et ses amis, ruinés par la guerre, n'en avaient presque point à lui donner. Il ne put envoyer que i5,ooo écus en Angleterre pour lever un corps d'Ecossais. Il se trouva cependant en état d'entreprendre quelque chose en Poitou : il y fit des progrès rapides, et il avait à-peu-près entre ses mains toutes les places fortes de la province , quand le I\oi, se décidant à joindre ses armes aux siennes

lui envoya proposer un traité àS.te-Maure, par une fille naturelle de Henri II , Diane d'Angoulème. La réunion eut lieu près de Tours , et , comme dans le même temps il arriva un secours de 10,000 Suisses, les deux rois se trouvèrent grandement en état d'entreprendre sur leurs ennemis. Ils marchèrent donc sur Paris, et, s'emparant de ses principales avenues, ils empêchèrent les vivres d'y arriver. Mais il leur fallait bien de l'argent pour satisfaire et retenir au camp un si grand nombre de soldats. Le Roi essaya de faire contribuer les Rochelais , et il manda au sieur du Pin, qui demeurait dans leur ville , de lever sur eux quelque impôt. Du Pin ne le pouvait faire s'il n'était autorisé par le maire. Celui-ci , au lieu de se montrer le père et le tuteur de ses concitoyens, accorda au secrétaire du Roi tout ce qu'il voulut, non sans soupçon qu'il avait vendu son consentement. Il fut donc décidé qu'on mettrait sur le peuple , entre autres droits excessifs , celui de 3o sols par tonneau de vin , de 3 liv. par balle de pastel , de 3 sols par tonneau de sardines , de harengs , par cent de morues sortant du port, et 20 sols par tonneau sur les navires qui iraient à Terre-Neuve. Le maire commanda au trompette de la ville et à un des sergens de l'amirauté d'aller à la traite (la douane) , sur l'heure de midi qu'il n'y avait point de marée , et que chacun serait à dîner, et d'y afficher et publier le tarif. Ils ne purent faire si grande hâte que

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le sieur Noël Métayer et plusieurs autres mais chands n'arrivassent et ne s'enquissent de ce qu'ils faisaient. Sur leur réponse que c'était un impôt que le maire leur avait dit de publier et d'afficher, les marchands poussent des clameurs séditieuses, se répandent dans la ville et ameutent les habitans. Il y en eut bientôt jusqu'à Goo de réunis , échevins , pairs et simples bourgeois. Ils courent vers la traite, pour jeter d'abord à la mer le trompette et le sergent , et puis déchirer les affiches. Quand ils arrivèrent , il n'y avait plus personne. Alors, ils allèrent chez le maire; mais, au lieu d'écouter leurs remontrances, il leur dit sèchement que le Roi le voulait , et qu'ils . étaient des mutins. Le sieur Huet , échevin , qui ne pouvait souffrir que le premier magistrat de la ville osât mettre la volonté du Roi audessus des privilèges de la ville , accabla le maire d'injures; bientôt il parut disposé à en venir aux coups. Heureusement , le respect le retint ; mais , comme il fallait qu'il se portât à quelque violence, il mena les séditieux à la maison qu'occupait du Pin, avec l'intention de l'en chasser par les fenêtres , et de le livrer à la fureur du petit peuple. Mais le maire n'abandonna pas le secrétaire du Roi dans ce danger; il se mêla au peuple, le contint par ses discours et son autorité, assez longtemps pour que du Pin put fuir et se mettre à l'abri. Cette affaire n'eut pas d'autre suite , et l'attention fut absorbée par ce qui se passait du

jcôté de Paris. On espérait , chaque jour, apprendre que les deux rois en avaient forcé les portes , que la ligue était écrasée, et que les opinions protestantes dominaient dans le conseil de Henri III. Tout-à-coup , arrive la nouvelle que celui-ci a été assassiné par le moine Jacques Clément. Le duc d'Alencon était mort ; aiusi , Henri de Navarre se trouvait héritier de la couronne; en droit , un prince calviniste était roi de France ; mais , pour qu'il le devînt de fait , chacun prévoyait qu'il lui faudrait guerroyer long-temps; et les affaires allèrent au plus mal dès le principe. L'armée royale , réunie sous les murs de Paris , soit faute d'argent, soit faute de zèle pour un hérétique , déserta ses drapeaux. Plus d'espérance de prendre la capitale pour le moment. La ligue semblait plus forte que jamais. Reconnaissant pour valable la déclaration du pape , qui repoussait Henri IV du trône , elle avait reconnu roi le cardinal de Bourbon. C'était un vieillard sans caractère , et qui , d'ailleurs , était aux mains de Henri. Toutefois , on le tint renfermé d'abord au château de Maillezais , sous la garde de Théodore d'Aubigné , puis à Fontenay-le-Comte.

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