‹ Histoire de La RochelleChapitre 9 sur 14 · I.re Lettre · texte numérisé non relu

I.re Lettre

« Messieurs ,

» Nous vous avons laissés bien troublés du départ de l'année anglaise. Nous le lûmes bien

* Récompense d'un grand danger couru pour la patrû

davantage nous-mêmes , lorsque , revenant à l'ile de Ré , nous ne retrouvâmes pas M. le duc de Buckingham qui , nous ayant envoyés vers vous, semblait devoir nous attendre. Notre pilote , peu confiant dans sa petite patache , hésita d'entreprendre le voyage d'Angleterre ; sur nos vives instances , il s'y décida , et nous suivîmes notre route depuis le jeudi jusqu'au samedi , sans apprendre de nouvelles de l'armée. Mais , ce jour , vers le midi , nous la découvrîmes du côté d'Ouessan , et, sur le soir, nous atteignîmes l'arrière - garde. Le lendemain , M. le duc de Buckingham vint à notre bord , et , nous prenant à part , il rejeta tout ce qui s'était passé sur ses capitaines, qui avaient absolument voulu partir; il nous dit que , pour lui , il avait bien donné ordre qu'on portât à la Rochelle le blé , le foin et autres provisions qui restaient ; qu'il avait appris avec peine que les petits navires qui en étaient chargés, avaient suivi l'armée, et qu'à l'arrivée , les coupables le lui paieraient. Il ajouta à ces raisons qu'il espérait trouver à Plimouth le comte de Holland , et qu'il donnerait alors un tel ordre à nos affaires , que nous serions contens. En effet , le lundi 11 , nous abordâmes à Plimouth, et nous y rencontrâmes le comte de Holland , avec une partie de son armée , et particulièrement nos Français (*), qui étaient en fort piteux état. Nous apprîmes que * Piéfugiés qui avaient do l'emploi sur la flotte d'Angleterre.

cette flotte avait mis trois fois à la voile pour venir à notre secours, et que les mauvais temps l'avaient toujours forcée de rentrer dans le port. M. le duc , dans ce temps là , reçut des lettres de sa sérénissime Majesté, d'après lesquelles il nous assura de nouveau que l'intention de son maître était, de nous secourir, sans y rien épargner. Cependant , lorsque nous avons parlé des blés et des armes , on nous a aussitôt fait réponse qu'il ne fallait pas compter dessus , si vous ne pouviez les payer. Crainte de perdre tout , en nous opiniâtrant, nous avons dit qu'on les paierait certainement, mais qu'il fallait que M. le duc voulût bien en faire les avances, et les envoyer jusqu'à Chef-de-Baye , d'où vous les conduiriez dans le port. On ne s'est pas refusé à notre demande , mais au lieu de se hâter de nous satisfaire, on a pourvu à peine à la nourriture de nos pauvres Français, et on a beaucoup marchandé pour leur accorder une petite paie. Pourtant le Roi n'a pas levé environ 10,000 soldats à notre intention , n'a pas fait de si grands arméniens pour nous abandonner ensuite, sans rien entreprendre. Ne vous relâchez donc point jusqu'à recevoir une paix qui ne pourrait être que ruineuse , si S. M. britannique n'y intervenait. Pour ce qui est de nous , ayez , s'il vous plaît , Messieurs , celle croyance que nous n'épargnerons ni vigilance , ni peine pour nous bien acquitter de la charge qu'il vous a plu de nous commettre.

» Il est une chose que nous ne saurions trop vous recommander : c'est de payer bien exactement les gens de ce pays, qui vous porteront du blé et autres provisions; autrement, ce serait d'une grande conséquence pour l'avenir.

» Nous ne ferons point cette lettre plus longue, que pour adresser nos vœux à celui qui a été, jusqu'à présent , votre garde , et le prier qu'il vous environne de sa protection.

«Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs, » J. David, Ph. Vincent, J. Dehtnsse.

» A Plimouth, le 1 décembre 1627. » II. e Lettre.

« Le 7 décembre , le duc de Buckingham nous a moyenne l'audience de sa sérénissime Majesté. M. David s'est chargé de porter la parole. II a commencé par remercier le Roi de l'intérêt qu'il nous a témoigné dans notre oppression , puis , lui ayant remontré combien elle s'est augmentée depuis quelque temps , il l'a supplié de vous secourir promptement et puissamment. Nous lisions à l'avance , sur le visage du Roi, la gracieuse réponse qu'il nous fit. Elle revint, en somme, à nous assurer qu'encore que le succès n'eût pas répondu à ses bonnes intentions, néanmoins il ne discontinuerait pas de nous assister, jusqu'à faire de notre cause la sienne

o . HISTOIRE

propre. M. le duc était présent, qui étendit encore ce que sa sérénissimc Majesté venait de nous dire. Nous avons employé les jours suivans à visiter les seigneurs du conseil. Il ne s'en est pas trouvé un qui ne nous ait reçus humainement, et ne nous ait répondu de la bonne volonté du Roi Ces visites de compliment ne nous ont point occupés tellement que nous n'ayons vaque au plus essentiel de vos affaires. Nous sommes allés nous plaindre au duc de ce que l'ordre d'expédier les blés avait été révoqué. Il nous a donné diverses raisons, entre autres que le blé se gâtait , et qu'il en cherchait un autre parti qui fût de plus de garde et à meilleur marché. Nous ne nous lassons pas de solliciter et d'activer tout le monde, et il y a toute apparence que, dans peu de jours, le convoi et son escorte mettront à la voile , si Dieu donne un temps favorable. Au reste , la bonne volonté du Roi ne se dément pas. La ville de Londres vient de lui offrir i,*oo,ooo livres, pour 1 aider à nous porter secours. M. le duc de Soubise, qui est arrivé ici, huit jours après nous, est trèsbien vu de sa sérénissl.ne Majesté, et en trèsbonne intelligence avec le duc de Buelvingham , tellement qu'il ne contribue pas peu à «K* affaires.

» Nous avons reçu votre lettre du a'i novembre. On a trouvé très-mauvais les procédés des capi-

taines anglais qui sont en garnison chez vous , et le Roi en est fort irrité. Quant au navire de' M. le maire, que les Anglais ont pris, nous espérons le faire relâcher; mais nous vous supplions de ne point donner à l'avenir de telles commissions ( * ). Les capitaines s'attaquent à tout ce qu'ils trouvent en mer, et les Anglais, avant tout, veulent qu'on ne trouble pas leur commerce. Nous avons vu l'ambassadeur de Hollande. C'est un personnage très-affectionné pour nous , et il nous a appris que les états veulent ménager une paix entre les deux rois, dont nous pourrions tirer du fruit. N'entendez à aucune proposition d'accommodement , sans prévenir d'abord sa sérénissime Majesté f autrement tout serait perdu.

«Vos très-humbles serviteurs, » J. David , Ph. Vincent , J. Dehinsse. »A Londres, le a5 décembre 1627.»

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