‹ Histoire de la rose chez les peuples de l'antiquité et chez les modernes. Description des espèces cultivées. Culture des rosiers. Propriété des roses, et leurs diverses préparations alimentaires, cosmétiques, etc., etc. Par M. le marquis de Chesnel, lieutenant-colonel de la légion infanterie légère des pyrénées-orientales, membre de plusieurs sociétés savantes, etcChapitre 20 sur 25 · PROPRIÉTÉS DES ROSES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS DES ROSES

Les propriétés médicales des Roses sont aujourd’hui très-bornées ; mais les anciens leur ont attribué de grandes vertus. Les Grecs, les Romains et les Gaulois employaient les Roses dans une infinité de remèdes.

Au temps d 'Athénée, le persil , le lierre , le myrthe et les Roses , passaient pour dissiper les vapeurs du vin, et les buveurs ne manquaient pas de faire un grand usage des dernières.

Les parfums des Roses pris à Capoue, remettaient, dit-on , l’estomac fatigué d’un grand repas,

La Rose de l’Eglantier est celle qui a joui de la plus grande réputation. Elle est éminemment astringente. Hoffman prétend quelle est spécifique dans la pleurésie. Paracelse range cette Rose avec les fleurs du genevrier , d'ellébore , la valériane et la mélisse , parmi les plantes propres pour prolonger la vie. La pou~ dre jaune ou Pollen , qui couvre les étamines , est, selon Wedelius et Hàgendorn , un soufre végétal volatilisé qui a bien des vertus. Cardi-

lucius recommande les fruits en gargarisme dans l’inflammation du gosier ; ces mêmes fruits, purgés de leur graine et de leur duvet, sont excellents pour tempérer l’ardeur de la bile, et pour corriger l’intempérie chaude du foie, suivant les témoignages de Zuvenchfeld , d’Hefurus, de Crato , de Michceïlis , de Schenchius, etc. Wedelius et Hagendorn les vantent beaucoup pour Yhydropisie ; ils ne sont point d’un moindre secours, dans la dyssenterie , si l’on en croit Jean Freitagius et Raimond Mindedurus ; Cardiludus , Balthasard Timeus , Rivière , Scroder , Hoffman et autres, s’en sont servis heureusement dans les pertes de sang. La semence qui est enfermée dans le fruit est diurétique , selon Schroder, Wedelius et autres. L’éponge qui croit sur l’églantier était aussi d’un grand usage dans la médecine : selon Helvetius , elle est bonne pour calmer les douleurs de tête, soit qu’on s’en serve intérieurement ou extérieurement. Quelques auteurs , tels que Tragus Zuvenchfeld , Simon Paulli, Sennert et plusieurs autres, prétendent quelle a quelques vertus somnifères et hypnotiques; WilUs s’en sert pour arrêter le crachement de sang ; Hoffman , pour calmer la frénésie. Zuvelfer et Sérapion nous assurent que les petits vers qu’on trouve pendant l’automne

et l’hiver dans cette éponge , sont un reinèdé spécifique contre l’ épilepsie. Rambert Dodonèe^ Jean-Baptiste Porta , Schenchius , Marcus- Marci , Tragus , Cesalpin , et quantité d’autres auteurs , nous donnent la racine de d’églantier pour un spécifique contre la rage ou Y hydrophobie. Ce remède est tiré de l’histoire naturelle de Pline , et l’on voit parce qu’en dit cet auteur , que c’est un remède que les dieux ont révélé aux hommes dans les songes.

Ces sortes de révélations de remèdes étaient très-communes chez les anciens. En Egypte , les malades se rendaient dans le temple d’Isis ou d’Osyris; les Grecs et les Romains dans celui d’Esculape. Là , après avoir adressé des prières à leurs divinités , ils attendaient paisiblement, dans la douceur du sommeil , quelque songe favorable qui leur indiquât le remède qui devait opérer leur guérison.

Les prêtres, que l’intérêt obligeait à entretenir le peuple dans cette fausse et pieuse crédulité , avaient auprès du temple un jardin qu’ils cultivaient avec beaucoup de soin , et dans lequel ils entretenaient un très-grand nombre de plantes. Ils faisaient visiter ce jardin , pendant le jour, par les malades, qui 5 occupés uniquement de leur guérison, apportaient la plus grande attention aux végétaux

qui s'offraient à leurs regards. Quelques-unes deces plantes se gravant dans leur mémoire , faisaient sans doute, dans le temps du sommeil, une si forte impression sur eux , qu’ils se persuadaient facilement avoir le remède que les dieux destinaient à leurs maux.

La Rose pâle fournit un purgatif très-doux, plusieurs auteurs croient que cette vertu purgative consiste dans les particules volatiles odoriférentes , ou dans un sel volatil sulfureux qui s’échappe très-facilement par la coction : mais l’expérience détruit cette assertion , puisque les feuilles sèches de ces mêmes Roses sont encore purgatives si on en fait une décoction.

La Rose rouge ou de Provins , est astringeante et cordiale. On prépare avec elle une teinture en usage dans la dyssenterie. Un docteur Anglais a constaté la présence du fer dans les pétales des Roses rouges , et il attribue à celle d’une très-faible partie de ce métal , la vertu médicinale assignée à l'infusion des Roses,

La Rose blanche, d’après tous les auteurs, est astringente. On estime son eau distillée pour adoucir l ophtalmie ou inflamation des yeux.

Du temps de Philippe-le-Bel , l’eau de Roses était regardée comme un cordial , mêlée sans doute à des plantes aromatiques ; elle ser-

vait, ainsi qu’au temps de Charlemagne et de l’empereur Alexis , à prévenir les défaillances.

La Rose musquée est purgative au suprême degré. Il y a des paysans qui se sont purgés en mangeant une ou deux de ces Roses à jeun.

Une dame romaine ayant fait usage de ce purgatif, faillit en mourir. Les étamines, le calice, le fruit et la semence ont des vertus astringeantes.

Les Roses sont employées en cataplasme et en fomentation comme vulnéraires , astringentes et fortifiantes.

La conserve de Roses a été long-temps célèbre contre la phthisie.

Le miel rosat est un excellent détersif ; il s’emploie pour guérir les aphthes de la bouche et les ulcères de la gorge.

On se sert du vinaigre rosat contre les maux de tête produits par la vapeur du charbon ou par l’ardeur du soleil. On trempe des linges dans ce vinaigre et on les applique sur la tête.

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