EMPLOI DES ROSES
Eau de Roses .
On distille des Roses pâles avec une petite quantité d’eau. Les Perses employant la Rose Musquée , leur eau est bien supérieure à la nôtre parce quelle donne du parfum en plus grande quantité et qu’il est plus durable. Les habitaus de Faiütne, près Schechabald ( autrefois Arsinoé ), capitale de la basse Thébaïde en Egypte , sont renommés pour leur adresse à distiller l’eau de Roses. Avicenne est le premier qui -ait parlé de l’eau de Roses chez les Arabes, et Arctuarius chez les Grecs.
Essence de Roses.
On effeuille des Roses musquées dans un vase de bois , où l’on a mis de l’eau , et on l’expose à faction du soleil. La chaleur dégage la partie huileuse des. pétales qui vient nager sur l’eau; on la recueille soigneusement avec du coton fin qu’on exprime immédiatement dans de petites bouteilles qu’il faut boucher ensuite très-hermétiquement. Les Roses donnent plus io
ou moins d’essence selon l’espece et selon le pays où elles sont cultivées. Cette essence est d’une couleur citronnée et presque transparente; elle reste constamment figée à une température naturelle et se liquéfie des qu’on l'échauffe, un peu en tenant le flacon dans la main ; il suffit de tremper la pointe d’une épingle dans ce flacon et d’en toucher un mouchoir , pour qu’il en conserve l'odeur pendant très-longtemps.
L essence de Roses , que les orientaux nomment A'tlier , (i) est de tous les parfpms celui qu’ils estiment le plus. C’est un objet de commerce sur les côtes de Barbarie, en Syrie , et surtout en Perse 3 où elle sè vend à un prix fort au dessus de celui de l’or. L’essénce la plus recherchée est celle de Kachmyr ; vient ensuite celle de Perse ; celle de Syrie et des états barbaresques lui est inférieure.
Autre essence de Roses.
On a une caisse dont le dedans soit garni de fër-blanc , afin que le bois ne communique aucune odeur aux fleurs et ne boive pas l’essence. On place dans cette caisse des châssis de deux pouces d’épaisseur et garnis de poin-
(i) Mot Arabe qui signifie parfum.
tes , disposées de manière à pouvoir tendre des toiles déssüs; ces toiles doivent être de coton et bien lessivées ; on les imbibe d'huile de ben avant de les attacher aux . pointes ; cela fait , on met un châssis au fond de la caisse , et l’on sème dessus la toile des Roses effeuillées ; on couvre ce premier châssis d’un second , sur lequel on sème encore des Roses, et l’on continue ainsi jusqu’à ce que la caisse Soit pleine. Les châssis étant de deux pouces d’épaisseur , les Heurs ne sont pas pressées , et il y en a dessus et dessous les toiles.’Douze heures après oü remet d’autres fleurs , que l’on renouvelle de cette manière pendant plusieurs jours. Quand l’odeur paraît assez forte , on lève les toiles de dessus les châssis ; on les plie en plusieurs doubles ; on les lie avec une ficelle pour les contenir, et on les met à la presse pour en exprimer l’huile. Cette presse doit être de fer-blanc, et l’on met dessous des vaisseaux convenables pour recevoir l’essence, que l’on conserve ensuite dans des fioles bien bouchées.
Ce procédé est aussi d’usage pour obtenir l’odeur des fleurs qui ne donnent pas d’huile essentielle par la distillation, telles que la tubéreuse , le jasmin et plusieurs autres.
Iluile Rosat.
On pile des Roses pâles récentes, et on les fait macérer au bain-marie pendant deux jours dans quatre fois leur poids d’huile d’olive. Cette préparation fut célèbre chez les anciens et en usage du temps du siège de Troyes, si nous en croyons Homère.
Sirop Rosat.
On fait infuser des Roses sèches dans de l’eau chaude et l’on cuit cette infusion avec unequantité suffisante de sucre blanc..
Vinaigre Rosat.
On introduit des Roses sèches dans une bouteille et l’on verse dessus du meilleur vinaigre; on bouche avec soin la bouteille et on l’expose au soleil pendant vingt jours ; au bout de ce temps on passe avec expression dans un linge, et l’on introduit de nouveau dans la bouteille des Roses, et par dessus l’infusion qui a été passée; on la met encore en digestion l’intervalle de vingt-quatre autres jours , et on ia passe une seconde fois pour la conserver dans des fioles.
Miel Rosat.
On fait macérer des Roses fraîches dans une petite quantité d’eau bouillante , et l’on fait cuire avec du miel le suc exprimé et filtré.
Conserve de Roses.
On prépare cette conserve en pilant les pétales enlevés des boutons de Roses, avec leur poids égal de sucre.
Confiture de Roses.
La confiture dë Roses, qu’ôn appelle encore conserve de Cynorhodon, se fait avec les fruits du Rosier églantier, ou du Rosier velu d’où on a préalablement séparé les graines de la pulpe ; cette dernière, mêlée avec du sucre , est une confi ture assez agréable.- En Suède on met le fruit de l’églantier dans les ragoûts , comme nous y mettons chez nous la tomate , et les pauvres en font une espèce de pain.
Huile ou liqueur de Roses.
On distille au bain-marie une livre de Roses par litre d’esprit de vin, et l’on obtient une liqueur très-odorante appelée esprit de Roses. En ajoutant à cet esprit une certaine quantité de sucre on fait cette liqueur si agréable aux Dames, connue sousde nom d'huile de Roses ,.
huile dAmour, huile de Vénus, huile d'Adonis, etc.
Sucre de Roses.
On dissout du sucre bien blanc dans de l’eau
de Roses, et on y mêle des Roses sèches en poudre, jusqu’à ce qu’on puisse réduire la pâte en tablettes.
Pastilles et colliers de Roses.
On met infuser à froid six onces de Benjoin, pendant vingt-quatre heures dans une bouteille, avec parties égales des eaux dange et de Jleur d'orange ; on prend ensuite huit onces de boutons de Roses mondés et on les broie dans un mortier de marbre , avec une once de sucre candi, ayant le soin de les arroser avec l’eau dans laquelle on a fait tremper le benjoin; on ajoute encore un gros de storacc en poudre , avec un peu d’ambre , et lorsque tout est exactement mêlé on en forme des pastilles auxquelles on donne différentes figures , ou des grains arrondis pour des colliers. On les fait sécher dans des boîtes de sapin et dans un endroit chaud.
Les Roses entrent dans la composition des eaux spiritueuses de Cypre , d'Ange , Divine, Couronnée, de Mille Fleurs, d’Adonis, MP gnonne, de la Fontaine de Jouvence, etc. etc.
Dans les eaux cosmétiques de Myrrhe , spécieuse, et la plupart de celles destinées à blanchir et à donner de leclat au visage ;
Dans le lait virginal ;
Dans plusieurs savonnettes ;
Dans les pommades et poudres pour les clieveux ;
Dans quelques essences, poudres et opiates pour nettoyer les dents ;
Dans les poudres et pâtes pour nettoyer les mains et adoucir la peau. En Italie les Dames font des colliers et des bracelets avec une pâte quelles comuosent de Roses fraîches et un peu passées, d'aspic, de myrrhe et d’iris. Elles réduisent encore cette pâte en poudre pour la répandre sur leurs corps en sortant du bain , et lorsqu’elle est sèche, elles l’enlèvent avec de l’eau fraîche.
On fait aussi avec des Roses divers sachets et des pastilles a brûler. Les Italiens préparent des sachets de la manière suivante : ils prennent des boutons de Roses ; ils en ôtent le vert et le réceptacle , et introduisent par l’ouverture que présentent alors les boutons , un clou de girofle avec un peu de civette ; ils laissent ensuite sécher entre deux linges et à l’ombre.
Enfin le parfum de la Rose se fixe dans toutes sortes de bonbons, dans des crèmes, des glaces, des liqueurs et même dans des pâtisseries,