‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 102 sur 191 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

blier que l'esprit aristocratique a toujours jeté sur le négoce une sorte de défaveur (t) dont les traces sont encore à peine effacées, et qui alors influait au plus haut degré sur l'opinion publique ; d'ailleurs, comme le commerce intérieur ne présentait que des chances peu variées et des avantages médiocres^ il faudrait, pour résoudre cette hypothèse, tenir entre nos mains les livres et les registres des marchands d'Asie ou d'Afrique. Souvent l'esprit Romain, le vieil esprit de la république se plaignait des nouvelles mœurs fiscales. Les descendiaints des Fabius et des Scipions transformés en agronomes, en spéculateurs, choquent Ammien Marcellin, militaire de métier et classique d'éducation : il le^ montre s'entretenant sans cesse de leur fortune, sans qu'on prenne même la peine de leur en demander des nouvelles, la célébrant avec emphase, et ne parlant du matin au soir que de l'augmentation de leurs revenus. Qu'un étranger se présente chez eux» il est parfaitement reçu et accablé de questions ; qu'il y retourne le lendemain, on ne le reconnaît plus et on lui demande son nom. Pourquoi celte différence d'accueil ? C'est que dans l'intervalle, on avait apporté de Targent au patricien spéculateur et qu'on Ta trouvé occupé à compter ses espèces (2).

(f ) \\ faut excepter Gônes ei Venise, mais dans la république et dans l'empire romains, ce préjugé a subsisté avec force.

(ti) « Alii, nuUo quaerente, vultus severilate adsimulau patrimonia sua in immensum extollunl , culiorum (ut puianl) feracium

238 niSTOIRE DE LA ROYAUTÉ.

L'ancienne magnificence avaii disparu; )e luxe n'^U plus public, mais privé ; cependant qooi^ que rédliite à des propartions» plus ëtroiles', la vie romaine a^U encore une asi^^leiir el un éclM dont peu de nos oontvées européennes nom» peuveM oFfirâr quelque iaiage. Elle étail tou|i»urs opulente et variée, mais elle n'avait plus rien de iiati<Hial ni de sympathique; le peuple Bt'ei» était plus ni témoin ni complice. Ignorée et obscure, quoique splendide encore, elle ne s'adressait qu*à un petit nombre d'adeptes; devenue égoïste, elle se limitait aux jouissances exclusives d'une société particulière et ne s'épanouissaic plus au grand jour, dans l'orgueilleux exercice de sa toute^puissance. Les dépenses prodigieuses feites jadis en> vue des honneurs de la république, avaient été'Peraplaoées pi^ lès anrangements commodes d'un riche intérieur ; en ne jetait plus dans l'arène les gladiateurs et les panthères, on ne cherchait point les acclamations du peuple ; n'ayant plus ni le moyen ni la volonté de dominer le pays, les grands se bornaient à l'éblouir par la pompe et l'élégance d'une mode sans cesse renouvelée. Les costumes qui marquaient les rangs avaient oédé à des inventions capricieuses : l'empereur n'était plus distingué par la pourpre, le consul par la trabée, la matrone par la stole;

DiuIUpIicaates anpuos fructus^ quae a primo ad ulUmuDi solem, se abundi jacUlant possiUere. » Amm. Marcel. XIY, 6.

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iQais r^perec^r, la matrone et le cods^I, comme le dernier a^^anchî^ comme la courtisane vquée aicf p.lsvv^irs pvjblics» se couvraient ^ parures d'ipn gpût équivoquQy et^ se (j^fiaient par la bi^iprerie et 1^ variété de, leurs fantaisies. Aujourci^'hui l^es vêtep^ents sojat serrés au corps, demj^ ils yolti^eront au moindre zépbjr! souvent on couvre tout, plus souvent on ne cache rien ! De graves sénateurs savaient des robes brod^ d'animaux féroces (1 j. Le luxe des voitures et des tables ne le cédait point à la magnificei^ce des habits. Tous les jours , le quartier dea Esquilies et la rue Suburra tremblaient au 1^ des çh^vapx^ §ur le pavé inégal de la ville où les, J6un^s patriciens en nombreuses cavalcades,, les matrones dans leurs basternes fermées, trottaipt du matin au soir sans dire gaf;e , traînant derrière et devant eux une troupe d'eunuques et

n'oubliant pas le bouffon (2). L'insolence des valets assaisonnait le plaisir des maîtres. D'ailleurs ancien goût pour les lettres^ aucune culture d'esprit; plus de Scipion et de Lœlius, amis de Terence. Dans cette époque de chute intellectuelle, la vie du riche s'était^ faite physique, matérialiste. Fermée à toute distraction intelligente et désinté-

(1) aEffigiatae in species animalium multiformes. » Amm. Marcel, eod. looo. Maller de geoio , moribus et luxu divi Theodosii. Havniae (Gopenhagae), 2797.

(9) Am. Marc. eod. loco.

ressée, c'était un triste mélange de lucre laborieux et de dépense étroite quoique exagérée, en chevaux, en chars, en mobiliers. L^esprit était exclusivement occupé de la culture et du revenu des terres, du taux de l'argent et des moyens de le faire valoir. Telle était cette aristocratie vaniteuse par les souvenirs^ flscale et publicaine par les mœurs.

En lisant dans Sidoine AppoUinaire la description des châteaux où il séjourne et de la vie quily mène, on croit voir une lettré de quelque pair d'Ecosse ou d'Irlande qui vient de visiter un vieux duc de ses amis (1). Ailleurs, l'opulence se montre sous des formes plus riantes. Toute une société très jeune et très gaie se rassemble chez Paulinus, le plus riche patricien d'Aquitaine; mieux que tel noble lord propriétaire d'un yacht, Paulinus a une petite flotte tout entière. Les rameurs, les pilotes, chantent en chœur les louanges du maître et de ses hôtes, des barques sont ornées de mille banderolles. A bord , on trouve un lit excelleni, un damier, des dés, une tente pour garantir du soleil; la table la plus exquise réunit les convives, ei s'il faut en croire AppoUinaire , Cléopfttre est égalée par le sénateur d'Aquitaine (3).

On peut objecter à ces citations qu'à part les ta-

(1) Sid. App. Domidio suo. Il, 19.

(9) Sid. Ap. Trigelio suo. VIII, t). La scène se passe sur la Garonne.

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