‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 103 sur 191 · LIVRE III. 24i · texte numérisé non relu

LIVRE III. 24i

bieaux d'une vie criminelle, elles diffèrent peu de tout ce qu'on a dit si souvent du luxe des Romains, sous les premiers Césars ; il n'y a point là de révolution dans les mœurs. L'objection serait sans réplique, si la vie rurale n'avait été qu'un objet de luxe; mais l'esprit d'ordre dans les familles, d'économie dans les grandes fortunes particulière, donne à cette période un caractère spécial, Alors la vie intérieure regagna le terrain que la vie politique a^ait perdu ; la sagesse dans l'emploi des revenus suivit et légitima à un certain point, l'absence des

sentiments généreux et des nobles pensées. Quand Texislence n'a plus la gloire pour mobile, elle devient par cela même plus naturelle et plus simple. Il faut encore recourir à Sidoine (1) pour retrouver ce trait caractéristique dans I ensemble des quatre siècles qui précèdent rétablissement de la royauté

barbare en Italie. Les riches propriétaires de vigno-

blés ou de céréales ne vont plus voir la moisson ou la vendange en partie de plaisir, comme les héros de Pétrone; eux-mêmes surveillent les travaux, ils y assistent; c'est une affaire grave, sérieuse, essentielle; c'est un devoir préféré^ non seulement aux plaisirs frivoles ^ mais aux fonctions publiques. Poar n'y pas manquer, les patriciens retardent leur rentrée en ville. On reste à la campagne jusqu'en janvier, au coin de son feu, en famille. « Eh quoi,

(1) Sid. Ap. Maurusio, II, 14.

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dira-t-oa, tant de calme, tant de sécurité dans un tel siècle? Les Bucoliques entre les Césars et les Huns, entre Néron et Attila I quel temps pour des loisirs si doux, quel avenir pour des soins si persévérants! » Mais l'homme peut-il jamais désespérer eutièi'ement ?

Il est des époques funestes où on a perdu Tes* poir en Dieu et la confiance en soi-même; alors rintelligence politique se relire soit dans quelques âmes méditatives, soit dans quelques (êtes puissantes^ astucieuses et qui mènent la molli tude; l'ambition n'appartient qu'aux situations précaires et abandonne les existences matéricllemient complètes. C'est alors qu'au sommet de l'ordre social on voit périr la patrie sans un soupir, sans une larme, et que pour l'aider à sortir de l'abyme, on n^ veut lui donner ni une parcelle de son or, ni une minute de son temps. CetCe paralysie funeste, cette lèpre épaisse, envahissent à la longue toutes les élites détrônées et remplacées, car l'aristocratie n'est pas un vain nom, elle ne vit que par le pouvoir, elle tombe dès qu'elle a cessé de régner. Telle était l'aristocratie romaine. Quelques sarcasmes défrayaient la colère dont elle était émue*. Sa délicate paresse (1) se déguisait en abnégation. Elle ne souhaitait rien, elle ne voulait

(1) «Qttid delicaue pigritiâ^ luae plus poleret impeDdiPi» — S.Ap.ViU,i9.

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