LIVRE III
ni de la pourpre consulaire ni du bâton de commandement. Que des enfants perdus se jettent dans cet embarras ! Gouyerne désormais qui voudra et comme il pourra!... On se moque du patricien Pétronius Maximus qui, après avoir eu la complaisance de quitter ses domaines , ses cuisiniers, ses musiciens , ses parasites, pour arriver au pouvoir suprême^ fut pris au cœur d'un immense regret , sentit le vertige sur le faite et mourut, parce qu'il ne pouvait plus supporter Tempire (1). Chacun se promet de ne pas imiier un tel fou.
Abdicataire de la gloire, cette vieille aristocratie était alors saisie de deux passions non moins indomptables : la vanité et le bien-être matériel , car le ,cœur humain ne peut pas vivre sans passion. Dans Tennui de ce qui est, dans Tincerlitude de ce qui sera, le passé s*anime; il se revêt des couleurs les plus flamboyantes du prisme; l'orgueil de la naissance , l'image des aïeux, le souvenir d'une grandeur évanouie, deviennent l'aliment le plus savoureux de la pensée; le charme opère d'autant mieux que l'engouement du passé dispense de tout eflbrt dans le présent. Déchu à la fois dans sa noblesse et dans sa nationalité , le patrîciat romain s'enivrait de ce poison lent qui engourdit et endort dans une jouissance stérile et solitaire. En vain quelques esprits plus vigoureux cherchaient à
(I) Sid. Ap. 11, 13.
2Ai HISTOIRE DE LA EOTAUTÉ.
le faire revivre} un Sidoine , enthousiaste de son nom, plein de fumées et de chimères, mais guidé par une raison courageuse, voulait quç ses pareils eussent encore de l'ambition, qu'ils rendissent des services à la patrie. Sur le point de partir pour Rome, il avertit dé son voyage Eutropius, jeune et iche patricien, son proche parent(4). « Mon plus vif désir, lui dit-il, c'est de t'arracher à la profondeur de ton indolence casanière , de t'engager à entrer dans la carrière des honneurs et à te rapprocher du prince. Dieu merci, tu es dans la force de r4ge et de la santé : chevaux, armes, vêtements, argent) esclaves^ rien ne te manque, et tu n'éprouves d'autre embarras que de commencer. Plein d'autorité dans ton administration dômes-
tique, tu recules devant le voyage de Rome
0 honte ! A cette reine du monde, un homme dont les ancêtres ont porté la trabée, préfère la société des bouviers et des gardeurs de porcs !•••• tes prés, tes glèbes, tes vignes, voilà le bonheur «fui t'absorbe ! Réveille-toi donc^ fils des. sénateurs ! courage , reviens à toi ! cultive ton esprit après avoir cultivé tes champs l Ce que tu appelles Toc- CMpation de la jeunesse est plutôt le repos de la vétérance. C'est quand la main ne peut plus tenir
le glaive qu'elle prend labècl)e et le boyau
Tes greniers regorgent de plénitude, les vins
(l)A|»p. ad. Eolrop. 1^6.