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confisqué, et ses en&nts réduils à gravir après lui Taride montagne qui avait brisé ses membres, sauf à léguer le même supplice à leur postérité, car la victime était alors héréditaire, comme le bourreau au moyen-âge.
Toutes les grandes causes relevaient du pouvoir impérial, représenté par les comtes» et, eii dernier ressort, par le préfet du prétoire. Ge grand dignîtaire siégeait à Trêves; lorsque, un jour, le tribunal resta désert. Le préfet s'était enfui ; pour le trouver, il fallut courir d'un trait jusqu'à la cité d'Arles. C'est là que le préfet des Gaules avait déménagé subitement. Jusqu'à la frontière du Rhône, tout appartintau premier occupant, les aristocraties locales s'emparèrent de l'autorité ; loin des affaires, loin des compétitions sanglantes et passagères du trône, au centre de ses immenses domaines, de ses nom* breux esclaves et de sa vaste clientelle, le pouvoir du patriciat ou patronat s'était agrandi ei retrempé. Tandis que les charges municipales étaîenl devenues un poids intolérable pour les homoMS libres du second ordre, tandis que les curiales évitaient de servir leur patrie, devoir toujours difficile, honneur toujours périlleux sous un gouvernen^eut atteint de faiblesse et frappé de déconsidéra ti<Mi, les clarissimi, les honorati, les patrons, exerçaient à l'o&bre d'une anarchie légale une autorité sans contrôle. Etant supérieurs à ce qui les entouraK par
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les atantages de la fortuDe, ils poavaient aggraver ou adc^ucir les charges imposées aux curiales. Les élections aux places d'administration intérieure étaient tout entières entre leurs mains par brigue, par corruplion, mais aussi par une influence fondée sur le système de la clientelle. Altéré depuis lesompereurs, il n'a jamais péri entièrement, surtout dans les provinees, puisqu^on en voit les derniers vestiges se perdre et se fondre dans la féodalité. Tout district était pour l'aristocratie locale une sorte de bourg*pourri , non par la loi, non par la pondération d'un système politique, mais par le déplacement périodique et l'afTaiblissement graduel du pouvoir central, décadence dont le résultat a été el sera toujours la multiplicité des tyrannies locales et particulières. Toutefois, cette puissance des grands propriétaires était entre leurs mains , une arme dont ils avaient cessé de savoir feire usage. Déroutés dans leur^ habitudes, troublés dans la lutte sourde mais douloureuse qu'ils appelaient anarchie, ils ne savaient plus ni commander ni renoncer au commandement. Quelque chose plaidait au fend de leurs cœurs contre leur volonté qui, jusqu'alors, leur avait semblé inviolable et sacrée. Fondée sur l'inégalité presque physique entre le maître et l'esclave ^ la puissance aristocratique déclina avec la vieille religion, et bientôt , en face du christianisme , elle manqua de
360 niSTOIBE DB LA EOVAUTÉ.
gravité, de force ei de sanction. La volonté ne fut plus le privilège du fort : Tesclave sollicité a» crime put refuser désormais. Gomme toutes les aristocraties depuis longtemps puissantes, le patriciat était moins dépourvu de finesse que de vi-gueur, il sentit son péril et le besoin d'y remédier j il. comprit que son autorité , quoique bien réduite, allait encore lui échapper , s'il n'en abdiquait une partie notable. Dans cette extré* mité, Taristocratie prit une résolution courageuse et habile. Les populations se tournaient vers la foi nouvelle ; rien ne pouvait arrêter cet essor : colons , esclaves , légionnaires , villes et campagnes , métropole et municipes, tous se précipitaient dans le christianisme. L'ancien droit s'anéantit avec l'ancien culte; les campagnes dev nues chrétiennes enfantèrent un peuple nouveau qui demanda de nouveaux titres à ses maîtres. L'infaillible instinct de l'aristocratie romaine en fut bientôt averti. Pour elle, l'heure de l'abdication était sonnée, elle résolut de subir cette loi du destin , mais elle baissa une tête intelligente. En quittant le pouvoir elle le transmit, non à une caste étrangère, mais à une portion d'elle-même. A ce troupeau chrétien , il fallait des pasteurs. La grande propriété le comprit ; elle leur résigna la puissance, mais elle les choisit dans son propre sein. Pour réunir Paiitorité civile et religieuse, ils devaient évidemment appartenir à
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rarislocratie d'une manière intime et directe. Elle se scinda alors en deux parts : une moitié ise retira déûnitivement dans ses terres^ une autre se char* gea de l'administration , et toutes deux , mirent en commun leur influence , pour s'assurer de ce qui désormais était la grande aflhire politique : Télection des èvéques. Maintenir cette élection dans la classe des patrons et des darissimes au moyen des influences locales, devint avec raison le but de tous les efforts du patriciat.
Le grand r61e de Tépiscopat enfoui dans les prolixes annales des agiographes , méconnu par les écrivains du dix-huitième siècle , a été restitué de nos jours à son ancien et véritable éclat. Grâce à un enseignement profond , nous savons tous aujourd'hui , que dans la période qui précède immédiatement l'invasion des barbares, clôture de l'histoire ancienne, commencement du moyônâge, les évoques étaient non seulement pasteurs, mais administrateurs, citoyens, hommes politiques. Toute l'histoire intellectuelle de ces trois ou quatre siècles est en effet celle de l'cpiscopat» mais ou n'a peut-être pas assez insisté sur la connexité de cet ordre avec le patriciat romain j on n'a pas assez dit que l'un fut longtemps une branche de l'autre. L'idée de l'évoque depuis que l'église est définitivement constituée, se présente à nous comme le point culminant d'une hiérarchie spéciale* U n'en est
pas ainsi a« quatrième et an cinquième «iécle. Là, résèque n'est pas seulement le prêtre inYOSti d'une ^joridicUon étendue el revêtu d'une hauie dignité; souvent même, avant de devenir évéque, ce n'est pas même un prêtre; mais c'est toujours un imagis^ irat) un administrateur, un des chefe de la province. Qu'on parcoure en effet les catalegues des évêques du cinquième au sixième siècle , surtout dans l'Occident où l'influence immédiate du prince était devenue moins sensible; à quelques exceptions près, dont les motifs seront eipliqués plus bas, toutes ces généalogies épiscopales surabondeiit en prétentions bien ou mal fondées i une origine patricienne, et partout, les faisceaux, les prétextes et les trabées dominent Ûèrement la crosse et l'étole.
Saint Basile-le-Grand, archevêque de Césarée et saint tirégoîre de Nysse son frère, étaient, selon les paroles dé saint Grégoire de Nazianze, issus d'une race dé héros. Le père de saint Jean Ghrysostôme avait la charge de mattre de cavalerie ou de premier commandant des troupes de l'empire en Syrie» et les deux Grégoires appartenaient à la première famille municipale de Nazianze (1). Mais quoiqu'il soit facile de multiplier ces exemples, ce n'est pas en Orient qu'il faut les chercher. Comme l'éiai monastique conduisait très fréquemment à l'épi*
(0 Greg. Niz. D. Basil. PaBegyr.
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scopai , la «aiesance o'y était ni d'obligaikui ni de régie.
Il 60 esl tout aotreiaent en Occulent; le con* traire y conaiitue une ex^eptioo et uoe exoeplion des plus rares^, «urtout dans les Gaules.
Saint Attbroîse élait fils d'un préfet du prétoire. LeaHJiairede Poitiers et d'Arles, les Avitns, C.Solius Apollioaris Sîdonîus que nous appelons Si* doine Apollinaire, saint Germain d'Auxerre, saint ReiBi de Reims, saint Loup de Troyes , tant d'autres escore étaient tous des Gallo*RomaJns de la pliiSBQbleexlractioa{1). L^s plus grands noms de rancieoae Rome enloureoi le bereeau de saint Paulin de .Noie. Ces exemples sont innombra* blés. Issu de parenjis consulaires, né de race séna* toriale, Fabien imr son père. Cornélien par sa mère; tel est à peu près l'exorde inévitable et mille fois reproduit dans toutes les biographies épiscopales. Prétention ou réalité, la tendance n'en est pas moins évidente. Il est clair qu'à cette époque de pauvreté présumée, l'épiscopat se mettait ouvertement à la tête d'une société encore puissante, toujours riche, préoccupée de ses souvenirs, comme toute aristocratie décroissante qui élargit démesurément sa place dans le passé, faute d'en trouver une dans le présent, et qui se souvient beaucoup parce qu'elle n'agit plus.
(i) AcuSiiicloriun,iia8siiD.
264 HI8T01RB DE LA EOYAUT^.
Le pairioiat en était donc i cette période marqnable dans la décadence des aristocraties, oA la noblesse, nulle lorsqu'elle est isolée ^ retrouve quelque force et puise une sorte de rajeunissement dans son association, dans son adhésion au mouTement des esprits i Cette force n'est qu'un emprunt, ce renouvellement de pouvoir n^est au fond qu'une abdication; mais une aristocratie habile, quoique déchue, ne dédaigne pas ce palliatif; c'est une dernière ressource insuffisante sans doute , mais uniqueX'est là qu'en était venu le patriciat romain. Exclu des armes, inhahile auxaflhires civiles par sa mollesse et son amour du loisir, il jeta la plus saine partie de lui-même dans les fonctions glorieuses de l'épiscopat. Rien ne fut épargné pour y réussir ; non seulement les sujets déjà engagés dans les ordres montèrent rapidement i ce comble alors si élevé ; mais les laïques eux-mêmes, souvent contre leur gré ou à leur insu , se virent enrôlés dans l'Eglise militante. Les élections du peuple , tout entières dans les mains de l'aristocratiei furent plus d'une fois dirigées dans ce sens. Partout , dans les cités, dans les bourgades, dans les campagnes, un membre de quelque famille sénatoriale, un descendant de speclabiles, de clarissimes, était subitement porté à la chaire épiscopale. Ces élections tumultueuses et inattendues étaient dirigées évidemment par l'aristocratie. Telle fut l'élection si connue de
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saint Âmbroise et de plusieurs autres évèques moins célèbres. Son père avait été , comme nous l'avons vo^ préfet du prétoire, le premier dans les Gaules ; lui-même était gouverneur de TEmilie et de la Ligurie» ce qui comprenait le nord de l'Italie avec Milan pour capitale. Dans cette ville habitait une aristocratie opulente et une population nombreuse. Ambroise fut proclamé par le peuple , c'est à dire par l'influence de la classe élevée; à moins de supposer, ce qui est absurde , une démocratie dominante dans Milan , alors résidence de l'empereur d'Occident^ quoique Yalentinien fût momentanément à Trêves. Ce n'était pas non plus l'ouvrage de la cour. Yalentinien 1" ne prit part à cbtle élection que par des vœux ou tout au plus par des intrigues aecrètes. Il se contenta de dire qu'il voyait avec plaisir l'homme de son choix honoré du suffrage public, et, pour constater le caractère politique de l'épiscopat, il nomma consul le nou* veau prélat. «Agissez moins en juge qu'en évoque», lui dit alors Probus, préfet du prétoire, expression d'une jalousie chagrine qui s'indignait de voir le pouvoir aristocratique et civil corroboré par les honneurs de l'Ëglise. Sans doute ce pouvoir excessif des cvêques blessait beaucoup d'amour-propres et d'intérèts; il choquait surtout les hauts fonctionnaires, mais les grands propriétaires, les hommes riches en terres et en esclaves, indépendants et maîtres dans
366 HISTOIRE D£ LA ROTAUTK.
les provinces , ne négligeaient rien pour s'élayer de cet appui nouveau. Y avaît*it parmi eux uu homme illustre par la naissance , puissant par les richesses, influent par une domination héréditaire» quand même cet homme aurait reçu du ciel un cœur humble et doux en expiation de l'orgueil de ses ancêtres , quand même , brisé par le oliagrin, accablé de toutes les soulIî*ances d'une ame tendre, las de la vie mondaine, il aurait cherché un refuge
dans le désert, un remède dans la solitude ; à la voix puissante de U caste patricienne, il était forcé de quitter sa grotte et sa forêt , il rentrait dans ce monde odieux qui ravivait la sotiroe de ses larmes et remettait sous ses regards tant d'empreintes maleffiicées. Encore s'il pouvaltdeoôeurer solitaire^ ermite, prêtre, homme de Toubli et du silence! Non, il faut qu'il devienne évêque^ magistrat spirituel, patricien ecciésiasiique, l'une des puissances, la seule puissanced'un monde renouvelé. Lesgrands, les matrones, les palriarcbes : Augustin, Ambroise, toute l'Ëglise, se lèvent pour le jeier dans l'arène épiseopale ; il ne peut ni reculer, ui s'arrêter; il faut qu'il s'arme, qu'il marche et combatte. Enfin, après une course laborieuse, il trouve le repos dans la tombe auprès de sa compagne devenue sa sœur; à Mn approche , elle se soulève sur sor «^laire et l'appeHe^n lui tendant la main (I).
(1) V.S.PaoliDi.Ep.NoL
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il y avait tant de force dans cette organisation , à la vérité transitoire, qne Tépiscopat deviiU non seoleinent un emploi et un caractère, mais un héritage. Les deux Orégoires se succédèrent sur le siège de Naeianze ; le fils répugnait à cette transmission, le père l'imposa et décida le choix popu-^ laîre (i), à peu près comme on terrait de nos jours un député influent se démettre de son mandat pour assurer Télection de son fils. Saint Avitus de Vienne avait des évéques pour père, pour aieul et pour bisaieul.
Les intronisations épiscopales portaient un caractère tellement aristocratique, qu'on voyait les candidats étaler ouvertement Tillustration de leur origine ou Télévatiôn de leur rang, l'opulence de leur élal de maison et , j'aimerais mieux ne pas le dire y le talent de leur cuisinier. Les clameurs des fiarasîtes appuyaient ces candidatures étrangères {2). Lorsque Maxime, philosophe cynique, disputa la chaire patriarcfaaie de Constantinople à saint Grégoire , il s'appuya principalement sur les chimères d'une fausse généalogie (3).
(1) Grég. Nai. XIX, et Fleury, XV, 14.
(S) « Esceperant poniificale ooncilium vari» voluniates o[^da-
norum qum quidam triumviraUs accenderal compelitorum
qnoram anliquain nataliam prerogalivam reliqua destiliilos momoi dole nn^aliai hic per fngores panisîlicos, culinanmi snlragio comparaiosy Apicianls plausibusingerebalur. » Sid. Ap. Domnulo IV, 96.
(3) Grag. Naz. Oral. XllI et XXIII.
L'union entre l'aristoenlie el Tépiscopat était si intime, ou plutôt l'identité a complète, que Sid<Mne, dans une de ses lettres , la nomme confra^ termté (i). Il ne faut point se faire illusion id sur ces mots de peuple, d'élections populaires dont on a Toulu tirer tant de conséquences exagérées. Ces formes démocratiques n'étaient plus qu'une ombre. Le christianisme, après avoir attaqué l'organisation romaine, ne l'avait point détruite; il se Tétait au contraire appropriée et l'Eglise présentait à beaucoup d'égdrdSf l'image de la république aristocratique de Rome. Le mot peuple avait perdu sa si«* gnifieation depuis Tibère; le drcHt d'élection alors exclusivement attribué au sénat , ne s'çn appelait pas moins comices et élection populaire. L'Eglise présentait le même spectacle. Une fouie d'exemples le prouvent. Dès que le peuple voulait prendre son droit à la lettre, on se hâtait de lui eo faire sentir l'insuffisance et le vide. Quand la populace de Reims voulut élire au siège de cette ville saint Rémi, alors âgé de vingt-deux ans, il résista à celle multitude; mais il se rendit à la volonté de
(i) Avitus, parent et ami de Sidoine, avait donné une lerre à Téglise métropolitaine des Arvernes. Sidoine, gui en était évéque , après avoir exprimé 8a reconnaissance à AviUis ajoute : N0i minai nottrœ profeniùnU firatemitatem lœi pratgêmUaie dignaUu dUare, quâmredUu. « Vous n'avez pas moins satislsiil par le voisinage que par le revenu de cette terre à la fraiemiié de no$ prof€$nom ».Iil, 1. -. c^