‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 113 sur 191 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

ii exerçait celte prérogative avec d'autant plus d'éciat qu'il marchait à la tête de l'aristocratie urbaine.

A Rome comme dans le reste de l'empire, l'élec* tion de Tévéque était faite en apparence et en principe, par le clergé et le peuple réunis ; mais là, plus qu'en aucun lieii du monde , le patriciat dominait les autres classes. Le nombre des prôtres y était dans une disproportion préméditée avec la population ; au commencement du cinquième siècle, il y avait en tout à Rome soixante-seize prôtres pour vingt-quatre églises (i), et quant au peuple, il était là plus qu'ailleurs entre les mains de l'aristocratie.

Lorsque Constantin transporta à Byzance une Rome factice et un sénat improvisé, la majeure partie du patriciat romain , celle qui tenait au sol par l'indépendance, la richesse et Tànciennetô des traditions, demeura dans l'ancienne capitale. L'indépendance résulte suffisamment du fait même; les courtisans les plus pressés, qui vivaient de la cour et des approches du pouvoir, émigrèrent à Gonstantinople. Les richesses des patriciens demeurés à Rome étaient immenses. La fortune des pairs d'Angleterre les plus opulents, n'en donne qu'une idée approximative (2), et si nous en jugeons par^

(1) Gaizol ; hist. de la Givilis.

(i) Selon Olympiodore, écrivain du troisième aiède, cité par Fliolius, un grand nombre des riches sénateurs tiraient de leur

les témoignages d'AmmieD, de ClaodteD , de Cassîodore, ^.la^grande aristocratie tenritoriale , était propriétaire de palais dans Rome , de champs, de jardins ^et de' métairies , quelquefois de villes entièresy non seulement ""en Italie, mais en Grèce et en Ash. \e reste de ce haut patriciat décimé, sans être anéanti , n*avait point quitté sur les pas de Constantin, ses pénates,^ses autels domestiques et les images* denses ancêtres.

Le sénat de ^zance était composé d'hommes nouveaux, d'opulents parvenus. Pm de familles anciennes y avaient envoyé des représentants : ils n'avaient même de la GurieVomaine que le nom, et peut-être le règlement. Non seulement ce sénat dépendit de l'empereur par le fait, maison principe. Loin qu'il tti la source imaginaire des lois et des honneurs, on pourrait conclure de quelques pa* rôles du rhéteur Themistius, qu'il n'avait pas même le droit d'initiative.

L'amiocratie de Rome devait être peu jalouse d'une telle assemblée. Hors de la vue des em* pereurs > plus encore qu'en leur présence , \k , comme partout, elle s'empara des élections municipales , et porta ses membres ou ses protégés

patrioioioe un revenu de quatre mUIe livres pesant d'or^ environ quatre millions de francs, sans compter leur provision de blé et de fins, qu'on peut évaluer à un tiers de h somme préoédesle. Gibbon^ cbap. XXXI.

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au aiège de la grande ville. Tout ce que doua avons dit plus haut s'applique encore mkian à ROtne qu'aux municipes des provinces, mais tant que les empereurs d'Occident flottèrent eux-mêmes entré les divers cultes et les diverses hérésies , l'épis* copatde la métropole, placé sous leurs regards et sous leur main comme pouvoir politique , vacilla au vent de leur fortune. L'évéque n'était pas admis dans le gouvernement, et n'en était pourtant pas exda ; Tincertitude qui régnait sur loat, s'étendait aussi sur lui. Que pouvait être, ea effet, le chef chrétien d'une ville remplie de païens et fumante du feu des sacrifices? Le pasteur occuhe, ou du moins exceptionnel , d'une population fractiosimée. Gomme membre d'une aristocratie puissante, il acq»t de bonne heure une prépondérance plus décisive , surtout plus générale. Il n'occupa aucun rang précis dans la hiérarchie ofiicieHe ; mais, par le vague même de ses fonctions , il put asercer une influence souvent supérieure â Celle des autorités constituées.

D'abord, à peu d'exceptions près , depuis Cotestan tin jusqu'à Tbéodose, l'évéque de Rome fût toujours Romain (1).

(4) Depuis Saial Marcsilin jusqu'à Saint Zosime, il n'y a d'autre exoépiion que :

Sainl Eusèbe, grec année 310

Saint M ililiade ou Mclchiade y africain . . — 311

Le PonAfical d' Anastase, source principale des origines de la papauté, n'étale point à la vérité, comme les agi(^raphes gaulois, la pourpre et les faisceaux consulaires; mais, par cette omission môme, il semble s'en reposer sur une opinion établie. Le soin avec lequel, en parlant des papes, il fait mentionner des noms de leurs pères, le retour de ces noms, la grandeur connue de quelques uns d'entre eux, garantissent leur importance. H dit Sirice fils deTiburce, ou Boni face fils de Joçonde, comme il dit Grégoire fils de Gordien; Tiburce et loconde^ maintenant oubliés, étaient alors aussi connus que Gordien. D'ailleurs, à une époque où les noms de famille de la république commençaient à tomber en désuétude, il suffisait du prénom. Si Anaslase ajoute quelquefois l'épithète dHinlusUr^ ce n'est point comme signe d'une iliustralion relative, mais, comme protocole positif^ analogue à nos titres d'excellence ou d'altesse. Quelquefois, à la vérité > on voit élire le diacre ou le secrétaire du dernier pape : Damase était secrétaire de son prédécesseur Libère. Ces exceptions sont naturelles ; si Faristocratie choisit quelquefois parmi ses clients, au lieu de s'arrêter à ses membres , tel a été partoM son

SaÎDt Zozime, «çrec — 4i7

Ltt pape Damase a longtemps passe poar espagnol, sur la foi du Pontifical d'Anastase^ complaisamment répété par tous les écrirans eodésiastiques de l'Espagne ; mais Tillemont a prouvé sans réplique qu'il était romain.

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