LIVRE III
et élevait à la chaire épiscopale un ermite, un solilaire, un moine. Ces exemples forment une exception, mais une exception fréquente; on pourrait les multiplier; la vie de saint Martin nous suffira pour faire comprendre cette situation.
Saint Martin, né à Sabare en Pannonie, fut élevé à Pavie, nommée alors Ticinum. Tous les biographes dignes d'estime ont écarté la légende des Sept-Dormants de Marmoutier. Ecrite deux siècles après sa mort, attribuée à Grégoire de Tours, elle fait descendre Martin des rois des Huns et entoure son berceau de tout le faste d'une généalogie pompeuse. Sulpice Sévère (1) nous apprend que de simple soldat , le père de Martin devint tribun militaire; fait trop caractéristique dans sa destinée pour être oublié ou seulement perdu de vue. C'est précisément la naissance de Martin de Tours qui le distingue du parti aristocratique dominant dans Tépiscopat, et le met à la tète d'une hiérarchie toute nouvelle. Nourri sous la tente légionnaire comme son père, il servit Constantin-le-Grand ou son fils Gonstantius ; les textes difi&rent sur ce point. De très grandes difficultés chronologiques se sont élevées à ce sujet dans Baronius « Le Gointe , Tillemont, etc. ; nous n'en rapporterons aucune ; il nous importe peu en
(1) « Salpitio8 Sevenis. » Amste). EIzevir., 1666, in-S. I. 96
effets de savoir quel empereur enrôla Martin dans les ailes de ses scholes (1); s'il avait quinze, dixhuit ou vingt ans; mais il faut recueillir les Iraits de bienveillance et de charité qui donnaient au soldat chrétien une physionomie militaire neuve et touchante. Attaché à ses compagnons d'armes, pa* tient et humble , pur comme une vierge , brave comme un de cea chevaliers du moyen âge dont il fut le précurseur, il portait des vertus jusqu'alors inconnues à un degré surhumain (2). On sait Timmortelle légende qui assure au souvenir de sa bonté la durée de la religion elle-même. Le pan de manteau déchiré pour J.-G. sera à jamais la bannière du christianismci non du christianisme politique et savant, habile dans la connaissance et dans la conduite des affaires humaines^ dominateur des esprits , maître et quelquefois despote des con* sciences j mais de ce christianisme du cœur, doux, simple et tendre comme notre saint, le plus aimable des liéros de l'Evangile. *
Sa vie forme en effet un contraste marqué avee l'épiscopat patricien qui le repoussa d*abord et finit par l'adopter. Pour se livrer à la solitude et à la prière, Martin voulut quitter le monde et lésâmes* U demanda un congé à Tempereur Julien. Préoe-
(1) « Inter seholares alas » c'est à dire dans les reenies de la cavalerie. » — Tîl. T. X, p. 773.
(9^ « Ultra buaianum modum. » Sulp. Sev.