‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 127 sur 191 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

et les tourna en éloges. La confusion des évéques aristocratiques reçut un écbec plus grave soit du hasard, soit de la malice des clercs* N'ayant pu percer la foule , un des assistants prit le psautier et lut à livre ouvert un passage du psaume huitième : « Vous avez tiré la louange de la bouche « des enfants , à cause de vos ennemis , vous dé- • truirez Tenncmi et le défenseur. » Or le principal adversaire de Martin était un prélat , nommé Defensor. A ce nom, il s'éleva un grand cri dans l'assemblée y et « la démence des évoques, dit saint Sulpice, fut déjouée par le peuple » (1). Saint Martin ne changea rien à ses habitudes; toujours humble et pauvre, il n'en fut pas moins rempli de grâce et d'autorité (2), mais le concours attiré'par ses vertus importunait sa modestie. La vie monastique, son premier amour, l'attirait toujours puissamment; il bâtit un nouveau monastère à deux milles de la ville de Tours : c'est la célèbre abbaye de Marmoutiers. Là , selon la coutume encore conservée en Touraine, d'étroites habitations furent pratiquées dans le creux des rochers, et la sévère Thébaïde d'Egypte se vit transportée sur les bords riants et tout français de la Loire. Appelé par l'empereur Maxime, l'évèque de Tours

(1) tt A populo haecillorom irrisa dementiaest. n

Sulp. Sev.

(9) « Pleiius auclorilaiîs el grati». » Salp. Sev.

se conduisit dans celte cour éphémère avec l'bamilitéd'un serviteur du Christ et uoe sorte de fierté plébéienue. A ia table de Maxime, assis sur un petit siège 9 il ne passa point» selon Tusage^ sa coupe à l'empereur, mais la tendit à un de ses prêtres comme au plus digne.

il y avait un peu de rudesse dans cette simplicité. Saint Martin eut bientôt une occasion meilleure de montrer son courage^ son humanité et la rectitude de sa raison. Déjà il en avait donné une preuve d'autant plus forte qu'elle heurtait les moeurs et les habitudes de son temps. Saint Martin attaquait toutes les superstitions à la fois. D'une main , il tenait la hache pour abattre les bois sacrés; de l'autre, il ouvrait une tombe vénérée à tort par quelques chrétiens, déchirait le voile qui couvrait de prétendues reliques, et, dans l'objet d'un culte aveugle, il découvrit à tous les yeux le cadavre d'un voleur de grand chemin. Un évéque aristocratique, eût-il été Chrysostôme ou Ambroise, n'aurait pu hasarder ce coup hardi. Martin était du peuple et gouvernait les masses au gré d'une rude éloquence et d'un robuste bon sens. Les fleurs de la plus suave éloquence semées par une bouche d'or, n'auraient |K)int égalé la parole militaire du vieillard de Sabare devenu un saint évêque. Aussi, lorsque Maxime voulut le forcer à communiquer avec deux prélats espagnols^ deux précurseurs de l'inquisî-

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