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iioD) qui venaienl à Trêves solliciter l'empereur d'envoyer des tribuns en Espagne pour ôter la vie et les biens aux priscillianisles et à d'autres hérétiques» saint Martin brava la volonté de Maxime et se rendità Trêves pour empêcher que le droit de vie et de mort fut donné aux tribuns impériaux. Le tyran se mit eu fureur, mais sans faire trembler le saint qui ne consentit à communiquer avec les deux espagnols qu'après avoir exigé et obtenu la révo^ cation de ces ordres sanguinaires.
Martin s'endormit enfin dans le Seigneur, plein d'oeuvres et de jours. Jamais héros, jamais poète ne surpassa la renommée de cet homme singulier. Nommer saint Martin, c'est nommer la vie monastique elle-même du Rhin à la Meuse, de la Meuse au Rhône. Les monastères se placèrent en foule sous son invocation, et même, peu de temps après sa mort, les moindres circonstances de sa vie devinrent un objet de vive et insatiable curiosité. Je le répète ; la vie des pères de l'église les plus illustres n'approche point d'une si éminente popularité. Sulpice Sévère, son élève, raconte qu'un vaste cercle d'auditeurs se formait toujours pour entendre son histoire, et parmi eux l'on voyait des prêtres, des moines, même des sénateurs et des consuls.
- Tel était encore saint Césaire d^Arles, né pauvre comme saint Martin, et comme lui élevé à Tépisco-
pat malgré une opposition nombreuse et surtout malgré lui-même. Le premier de ces exemples peut nous suffire. Il doit être considéré comme le type d*une situation souvent renouvelée*
Ainsi le solitaire Pannonien qui s'était vu élire en dépit de Tépiscopat provincial , n'avait jamais été complètement accepté par le corps des évéques. Devenu l'apôtre de la France, le but des pèlerinages , l'oracle des rois , il reçut amplement après sa mort la sanction obstinément refusée pendant sa vie; toutefois, ces exemples n'étaient que des accidents, comme on voit dans les états les plus aristocratiques, quelques individus sortis de la foule , sans que leur grandeur individuelle constate l'émancipation des classes dont naguère ils faisaient partie. Une barrière sinon infranchis* sable, du moins très escarpée, sépara longtemps l'évoque et le moine , le moine et le prêtre, c'est à dire le moine et. le prêtre plébéiens, destinés à se consumer pendant de longues nuits et de longs jours sur les derniers degrés du temple. Des précautions furent même prises par les évèques contre la présence des prêtres dans les conciles; leur nombre fut restreint autant que possible ; les évéque§ ne montraient aucun empressement à les or* donner. Nous avons vu combien ils étaient peu nombreux à Rome au cinquième siècle (1)« Quel-
(1) Guizot, Cours d'Histoire, T. I, p. 106.
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quefois la vertu , la doctrine, Téclalde la renommée, ne suffisaient point pour élever le plébéien aux honneurs suprêmes du sacerdoce. Cette situation est souvent traduite dans les légendes et les chroniques par rhumilité personnelle , par une sainte honte des dangers de Tépiscopat; mais lorsqu'on retrouve à chaque pas, des traces d'une irritation extrême, d'un ressentiment profond, il n'est pas toujours aisé d'interpréter doucement un tel langage.
L'opposition du presbytériat plébéien avait aussi ses écrivains polémiques. Le livre de Salvien, intitulé : du Gouvernement de DieUj ne nous semble pas avoir été caractérisé avec justesse, par les historiens qui tous y ont puisé à pleines mains. L'ordre de la Providence, ses décrets, ses châtiments, n'en constituent pas le sujet, et n'ont rienqui soit particulier au génie de Salvien ou au dessein de son ouvrage. La tendance des esprits élevés vers la généralisation des idées, et surtout leur foi dans la volonté de Dieu n'est point à cette époque le signe d'un écrivain ou d'un livre, c'^est le cachet de tout ce qui a été écrit dans cette première phase du christianisme, et même longtemps après. Toutes les chroniques, presque sans exception, commencent à la création du monde; si un enchaînement providentiel n'y est pas suivi avec art , du moins l'y troave-t«on pieusement et noblement tenté. Suipice Sévère,
3ii HISTOIRE DE LA ROYAUTÉ.
Paul Orose, d'autres encore , sont dans la voie de Salfien. La Providence et ses décrets n'occupent que le commencement de son livre et en forment les prolégomènes. L'œuvre de Salvien n'est pas fbn* cièrement un traité de rdigion ou de morale; c'est un pamphlet politique. Gaulois, prêtre et plébéien, il attaque cette société de patriciens et d'évèques, ce reste encore vivant de l'ancienne Rome. Il en fait un tableau hideux« Lui aussi traîne dans la fange ses plus nobles souvenirs, ses gloires les moins contestées; il reprend contre l'aristocratie de sou temps l'opposition du christianisme naissant à l'oligarchie sénatoriale. Comme TertuHien, comme Justin^ il insulte à cet esprit romain qui du sénat païen avait passé au sénat épiscopal ; ce n'est pas un Gallo-Romain adorant l'ombre du Capttole, projetée sur les arènes de Nîmes et sur les temples de Trêves ; c'est une sorte de druide chrétien qui se rappelle ou qui devine qu'un sang germanique coule aussi dans ses veines gauloises. Plein de fiel contre l'univers romain, dont la croix elle-même ne lui cache point l'éclat odieux, il reprend la torche mal éteinte de Brennus, et au nom de Dieu, au nom de la Providence, au nom du Christ, haletant, échevelé, ivre de haine, il monte au &ite des églises, et là, d'une voix tonnante, il appelle les Barbares.
Rien ne l'arrête, rien, pas même l'arianisme.