‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 134 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

nir. Le Goih fut le copiste, rimiialeur, le courtisan des vaincus; le Franc se contenta de régner pnr la victoire. Le Gotli s'agenouilla devant l'idole de Rome, le Franc campa au bas de son piédestal sans lever les yeux sur elle, ne voulant ni la maudire ni Padorer. Devenu maître de la Gaule méridionale, de ritalie et de l'Espagne, le Gotli n'eut d'autre soilicitude que de conserver l'Empire avec ses coûtâmes y sa législation et son protocole ; * le Franc apporta ses propres codes an miliev des Gaules, et les mit en regard de la loi romaine. La fusion s'opéra plos tard, et même ne se fit pas trop att^idre; elle s'accomplit non par les édits ou le glaive, nais par l'exemple et le temps. Des deux côtés, le résultat fut logique : le Goth, affublé de la toge romaine» perdit sons ce costume étranger le souvenir de ses mœurs et le sens de l'hérédité royale; le Franc, par un procédé contraire, implanta dans les Gaules la royauté héréilitaire^ seul renaède aux maux de Tanarchle élective. Qu'on me- Save Teffieacité de leurs maximes à la dorée de leur dominalion. Cette durée ne fut point l'effet du hadard , ma» la conséquence immédiate et nécessaire de leur poKtique. Nous tâcherons d'en déduire les preuves.

Les Goths s'étaient constamment avoués inférieurs aux Romains; souvenl ils les avaient vaincus; deux fois même, ils avaient pr^rté leurs

mains suf Rome , mais toujours à titre de sacrilège. Jusque dans Tivresse du triomphe, un respect secret mais invincible, mêla quelque remords à leur joie. "Vainement depuis, ils s'efiTorcèrent de secouer ces anciennes chaînes, la marque leur en resta gravée. Le sang qui rougit leurs bras rendit ces stygmaies plus visibles encore. Rome terrassée par les Qoths ne fut jamais qu'une reioe violée par des esclaves. Elle sut commander à ses vainqueurs : aflTrancbis par le fer, ils ne le furent jamais par la pensée. D'autant plus barbares qu'ils aflëct^ient de ne plus l'être , ils subirent le joug moral de Rome; et soit inQuence de la secte arienne^ soit mélange d'une barbarie native et d'une culture d'esprit mal comprise et mal ordonnée» ils ne s'adjugèrent jamais qu'une victoire matérielle. Toujours ils se sentirent petits et cbétifs au milieu même des ruines qu'ils avaient dites. Tantôt sijgets de l'empire, tantôt ses ennemis» ils avaient puisé dans ce commerce inquiet et pré-caire, moins encore le dédain de sa décrépitude présente que l'admiration de sa splendeur passée.

Atbanaric poussa un cri de surprise à la vue de Goiistantinople(l), et l'écho de ce cri retentit dans le cœur du grand Alaric lui-même lorsqu'il mit le siège devant Rome; frappé de crainte , il n'osa

(0 Zo8.Hist.IV,34,

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