LIVRE IV. 3«M
Uifiias cooduisail la députation, il avait le caractère d'évèque, car les Gotbs étaient en partie chrétiens. Dam leurs relations indépendantes et souvent victorieuses avec Rome , ils avaient conquis i'cNrthodoxie. La faim leur donna Tarianisme. Ils devinreni ariens» parce que Valons était arien; ils reçurent Thérésie non pour croire, mais pour vivre. Un instinct désintéressé, une volonté libre n'avait pu dicter ce choix. Sans compter qu'une irîbu guerrière ne pouvait se prêter de gaité de cour à toutes ces évolutions de la conscience , Tesptit méfiM de Tarisjoisme combat une telle by*polbàae. Fotmule philosophique bien plus que symbole religieux, cette hérésie ne devait avoir aucun attrait pour des Barbares. Uest, au reste, assez difficile de deviner quel était alors l'état de la civilisation de la nation gothique. Sans nul doute^ les Golhs étaient illettrés, puisque l'invention des caractères d'écriture parmi eux date, selon quelques auteurs, de cette époque ; dans tous les cas, l'em» plûi des carafitères runiques fût-il antérieur^ ils ne constitueraient qu^un alphabet très imparfait ; mais si les Goths n'avaient pas la réalité du savoir, ils en eurent de bonne heure la prétention et la poussèrent bien loin. Jornandés (i) raconte sérievsenieat qu'au temps où Sylla gouvernait
(1) Jornandés seu Jordan us apud Muralori Rer. liai. Script. T. l*'. p. 9S.
les Romains^ un roi des Goths, nommé Boroista , surnommé Ceneus j avait enseigné à son peuple la philosophie , la rhétorique, la logique et Tasironomie. « Quelle force, ajoute-t -il naïvement, avait la volonté de ces braves ! pour peu que la guerre leur laissât quatre^jours de loisir , ils s'imprégnaient des doctrines philosophiques; l'un explorait la position du ciel ; l'autre la nature des fruits et des végétaux; celui-ci les phases de la lune et les travaux du soleil. I Les soldats d'Alaric ne se doutaient pas alors de tous les mérites que leur attribuerait plus tard le bon évéque de Crémone; mais si de pareilles idées étaient un peu trop avancées pour eux, elles n'avaient rien qui étonnât Ululas, seulement la rhétorique et la philosophie l'auraient moiiis occupé que la politique, el, dans ses quatre jours de loisir^ ce n'est pas aux astres qu'il aurait songé. L'évèque Ulfilas fut le véritable chef des Goths dans leur négociation avec Yalens. Autant qu'on peut apprécier une conduite d'homme à une telle distance et à travers de si épaisses ténèbres, Ulfilas vendit les Goths à l'empire, ou, pour en parler avec plus de modération, il seconda un plan qui tendait à priver ce peuple de sa nationalité, afin d'en faire un instrument plus docile ou un auxiliaire moins dangereux. Il prit deux moyens également puissants : d'abord, l'adoption de l'arianismCi profession de foi officielle qui associait les Goths au principe religieux du gou-