LIVRE IV
vernement et prévenait leur mélange avec la masse de la population, alors presque tout entière païenne ou orthodoxe. Le second moyen, méconnu ou mal interprété par les historiens, fui rabolition de la royauté, ou pour mieux dire ranéantissement de sa sanction religieuse. En traduisant la Bible, il supprima entièrement le Livre des Rois; il donna à cette omission singulière un motif spécieux qui trompe la postérité depuis quinze cents . ans. On répète qu*Uliilas omit le Livre des Rois pour modérer Tardeur d'un peuple trop porté à la violence et au carnage; mais, quoiqu'il suffise d'entrer profondément dans le sens intime de cette parole du grec Philostorge pour y trouver une cause d'énervement plus encore qu'un moyen de civilisation, l'intention d'Uifilas cesse d'être douteuse lorsqu'on considère que dans la fameuse traduction des Evangiles, conservée jusqu'à nos jours comme le plus vieux monument des langues modernes, Ulfilas ne s'est jamais servi du mot Kofàng (roi) pour traduire le Banleos grec et le Rex latin, et qu'il a constamment employé le mot Thiudan (1), qui exprime le commandement avec moins de précision. Ce rapprochement, qui ne
(1) TMmdan vient de ihiud (peuple) et de thiudanon (commander le penple). Voyez Grirom S>eutf4c fRta^tifTClttxti^iimvc^ p. 399. «E»-ln le Ihiodan des juifs ? » dit Pllatc à Jésus-Cbrist, dans l'éTangile d'Uifilas. M. Graetcr (Olhina et Teulona. Bres-
peut élre l'œuvre du hasard ei dont chaque membre isolé n'aurait que peu de valear, nous semble jeter un très grand jour sur la politique d'Ulfilas; ici, le doute peut remplacer la certitude. Peut-èlre y aurait-il un tort réel à condamner, sur des indices problématiques, une mémoire respectée ; mais ces conjectures impliquent-elles une condamnation vérilable ? En livrant des barbares' aux Romains, Ulfiias a cru suivre la route de la civilisation. Gappadocien d'origine , par conséquent étranger à h nationalité des Goths , Ulfiias a voulu puiser une régénération salutaire aux sources de la loi romaine, penchant naturel et invincible des peuples gothiques. A-t-il été guidé par un vil calcul ou entraîné par une noble illusion ? Mystère inexpli-
lau^ 1819, p. 151), en coDclot que le titre de koning n'était point connu avant le quatrième ou le cinquième siècle; il pousse même Tesprit de système jusqu'à le iaire introdoire en Europe par les Huns, comme une dérivation du mol klian , puisé d'ailleurs à la même source; et ce qui est plus extraordinaire, il attribue à notre Clovis , l'Idée d'avoir substitué le king ou kong au ihiudan; mais toute sa dialectique se peut empêcher que sur le témoignage de Tlnglinga-Saga, le titre de kong n'ait été usité au moins dès le second siècle, et ne soît ceruinement antérieur. C'est donc volontairement qttUiâlis s'est servi du mot thiudandans le même esprit qui lui avait fût arracher de la Bible le livre des rois tout entier. M. Waitz, dans un ouvrage récent sur Uliilas, a prouvé , par un manuscrit du quatrième siècle, que cet évéque était un déiste (V. BiblioUièque de l'Ecole des Chartes» T. Il, p. 306). Le caractère plus politique que religieux d'Ulfilas ne saurait être l'objet d'un doute.