‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 138 sur 191 · LIVRE iv · texte numérisé non relu

LIVRE iv

cable du cœur de riioinme, mais plus curieux que la vue matérielle des monuments créés par son intelligence. Lorsqu^à l'ombre des pins séculaires d^Upsala, les yeux tombent sur les caractères de pourpre, moins ef&cés par le temps qu'écrasés sous une lourde couverture d'argent massif, ou «e sent saisi par deux curiosités à la fois : quel est cet idiome, première forme de nos divers langages? quelle fut surtout la pensée perfide ou bienfaisante qui fixa des sons vagues encore, pour enseigner à un peuple de guerriers la civilisation et la paix?

Les Goths étaient partagés en deux tribus principales gouvernées, Tune (tes Visigoths) habituellement par la race des Balthes; l'autre (les Ostrogoths) par la famille des A maies, mêlée depuis Constantin aux affaires de l'empire. La race vestrogothique perdit de bonne heure le sens de l'hérédité royale. Les Ostrogoths n'avaient pu obtenir la permission de franchir le Danube; ils élaienjt restés en deçà du fleuve romain ; aussi Phérédité royale s'est-elle conservée intacte parmi eux jusqu'au moment où Théodoric amena la famille des Amales en (jrèce et en Italie. C'est une loi invariable dans l'histoire des peuples asiatiques ; nous la verrons se reproduire parmi les Lombards.

Admis sur Taulre rive du Danube, les Visigotlis

ne se bornèrent pas à l'adoption d'une foi DOQYelle. Pour se faire recevoir sur le territoire de l'empire, ils donnèrent leurs enfants en otage, et par un trait de caractère qui réunit ce qu'il y a de plus noble et de plus abject, ils livrèrent leurs filles pour garder leurs armes. L'iniquité des empereurs donna bientôt de l'emploi à ces armes si bien conservées; les Goths coururent à la liberté et la ressaisirent, mais après avoir passé par toutes les horreurs de la servitude. Le Goth, dans cette période avait appris à endurer la rapacité et les caprices de ses maîtres, et on sait ce qu'étaient les caprices des Romains. 11 n'y eut point de maux, point d'opprobre épargné à cette race malheureuse , elle supporta tout, depuis la faim jusqu'à la prostitution (1). On lui avait promis du blé, de la chair de bœuf ou d'agneau ; la concussion des fournisseurs leur jeta du chien et des cadavres. Le général romain avait invité le roi Fritiguern à un festin pour le tuer avec ses capitaines qui s'échappèrent en se faisant passage à la pointe de leurs épées. La rébel* lion des Goths fut le résultat évident d'une nécessité matérielle et non l'effet d'un noble besoin ; Jornandès en a fait l'aveu (2); ils avaient engagé leur liberté, vendu leurs filles pour quelques me-

(1) Adi. Marc. Lib. XXXI , cap. XXVI.

(«) Jor. XXVI, Script. Rer. II. I, 904.

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