‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 139 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sures de froment, pour quelques livres de viande ; mais celte pâture leur fut déniée, et dès lors ils prirent les armes. Les usages de Rome ne leur répugnaient pas; ils les respectaient; ils les avaient même adoptés en partie ; ils prétendaient surtout avoir atteint tous les raffinements de la civilisation romaine. L'esprit ne fut ni blessé ni révolté, mais la chair cria. Ce jour, dit encore Jornandcs (1), fit perdre la faim aux Goths, et aux Romains la sécu* rilé. La vengeance fut égale i l'injure. Après la prise de Rome par Alaric, son beau-frère Ataulphe, en le remplaçant, crut devoir donner une sanction à son titre de roi. 11 reçut l'investiture impériale. La royauté gothique se ressentit toujours de cette origine. La pensée d'Ataulphe fut plus hardie encore que le bras d'Alario ; il voulut que le monde portât désormais le nom de Gothie (2) ; mais le génie de Rome, sous les traits de Placidie, vint arrêter son audace ; le roi des Goths ne fut plus qu'un maître de la milice romaine agenouillé devant une fille des Césars. Cet abaissement amoureux le perdit dans le cœur de ses guerriers ; ils crurent y voir la faiblesse d^un homme; ils se trompaient, c'était la maladie d'un peuple : tout le peuple des Goths était épris de l'Empire, comme Ataulphe de la sœur de Théodose. Sigeric frappe

(1) Id. loco cit.

(9) Apod.P. Gros.

Atoniphe^ U traiiie i sa suite la belle Placîdie} maïs l'image de Roaieeaplive est plus forte que la volonié du Barbare; à sod tour il s'étoaAe, ii béailey il aé^ocie ; à son tour, il tombe asaaatioé. Yattia son sttceesaeur, poussé eomme par une inifincible nécessité , ne 9t pare de ses dépouilles que pour imiter stm exemple. Enfin, maUres de la plus grande partie du mottde romain, les Gotbs ne songèrent plus qu^à remplacer les Césars. Ils avaient beau les avoir faits et défaits; pareils an sculpteur qu'effrayait le Jupiter sorti de ses propres mains, ils étaient pénétrés d'une vénération servile et d'une horreur religiense. La langue, la iitlérature même des Romains, les charmaient ; un roi visigoth, souverain absolu de la Gaule méridionale, bégayate à sa table les vers d'Horace et de \irgtle ; la femme d'un de ses successeurs recevait des mains d'une noble Gauloise une coupe, ornée d'allustons poétiques (1). D'aiH très rois Gotbs on Boorguignons se décoraient des grandes charges de la cour impériale. Gondiac le Burgonde, pète de Gondebaud, était makre de la milice; Sigismond son petit*fils, comte des largesses; Théodoric, k futur roi d'Italie, recevait le consulat, ce souverain bien, cet honneur suprême en ce monde (fï)^ comme on disait €sicareau sixième si^e.

(1) Sidon. ApoUin.

(9) et Summum bonuiii primumqiie in mundodects. » Jor. LVIf .

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