PROLÉGOMÈNES. LV
Un rot y une reinef étaient alors ce qu'on appelle aujonrd'hai unprineej une princesse , litres qui, nous le verrons dans le cours de cet ouvrage, sont entièrement latins; Boi et reine désignaient d'une manière générale les personnes de sang royal; non seulement ils ne préjugeaient ni la domination ni les prérogatives; ils n'en constataient ni l'exercice ni l'éiendue. Au surplus, ces idées subsistent encore et sont loin d'être à leur déclin : le pelit grand-duc lie *** et le puissant roi de *** ne sont-ils pas également princes? le moi allemand ebenbfirtts (de même extraction), u'est-il pas l'expression oflBcielle de cetle égalité ?
Faute de s'arrêter ù des notions si simples, on est tombé dans des erreurs étranges ; on i^'esl fait surtout des questions inutiles. On s'est demandé, par exemple, si un roi de Cologne ou deThuringe n'était pas un bien mince seigneur? S'il prenait bien réellement le titre de roi on s'il ae devait ce traitement trop honorable qu'à la méprise des traducteurs, commentateurs ou glossaieurs ? On a découvert qu'à tout prendre, un roi de la mer ne valait pas beaucoup mieux qu'un rai des ribauds ou des arbale'triérs. Lorsque la mérovingienne Clodsinde, simple religieuse ; lorsque le mérovingien Mundéric, simple homme d'armes, ont dit fièrement : Je suis reine, je suis roi ! on s'est étonné de cette audace, on s'est efforcé de Tattribuer à toutes sortes de motifs tirés de toutes sortes de systèmes ; enfin; toutes les fois que ces nonis de reine ou de roi se sont présentés dans les chroniques (et on les y trouve à chaque page), on ne s'est pas lassé de répéter que de pareils litres à une pareille époque, ne signifiaient rien de ce qu'ils sem-
(1) Grég. Tur.
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blaient représenter. On a ea raison ; ils ne comporiaienl en eflet auciin des sens bizarres que la science leur a infliges lour à tour. La monarehie d'nn roi de la mer n'avait, il est Traiy d'autre étendue que Timmensîté des flots, d'autre stabilité que leur inconstance ; mais, chef de pirates sur la planche d'un esquif, ou duc souverain dans la grasse Neustrie, il n'en gardait ni plus ni moins sa royauté native. Les paroles de la religieuse Qodsinde et du guerrier Mundéric ne sont point l'élan de la vanité ou de l'ambilion : c'est le
cri du simg (i)«
Chez les Sc^mdinaves les titres de roi , de relaie, déaignaîent également la descendance et non le pouvoir ; aeulemBil à la troisième génération les petits-fils de rois ou princes prenaient le titre de jaris.
Qu'on kraite ce sentiment comme on voQdm, qu'on l'appelle opinion, préjugé ou croyance, c'est dans lesreltgians qu'il, dant en chercher la source. La royauté chea les peuples asiatiques m barbares est synonyme d'extraction divine. Les Amales, les Agilolflages, les Mérovingiens » sont des.Aaas, des fils des liieu (2). Ce éndê «/tmi a gNiverné HMiie l'antiquité monarchique et n'a été épuré que par le chriaiianisme»
(t) AnastasQ» le bibUotliéGSire» ae dit pas un mot de ce titra de roi accordé par Zacharie k Pépin, il a même Tair d'ignorer complètement rétat des choses en France, car il appelle Charles Ifartefi, fol des Pramte ; le titre de roi , en aflét, préoceapait peu les peuples ^ocoatumés au régime électif, car, encore une fois, comme indication d'une fonction, ce titre n'existait pas. «t Carolomanus flliusGaroli FranCorum régis. » Ànast. Bibtiotb. Murator Script. T. m, p. 161. LtBKûipU étaient oiari en i^rmoa, dit une cliiQBli|He« Or^ comme il n'y avait qu*un roi , il faut entendre les princes du sang royal ; c'est k dire Ghildéric et son fils. Yoilk, Jusqu'k ce moment, la^ véritable acception du mot rot,
(2) Rotb. leg. p.lO.