LIVRE IV
Cependant, malgré sa prudence^ la mêlée s'engage, mêlée horrible où la flamme est complice du glaive. Dans les cours, dans les escaliers, dans les salles on se cherche, on se prend corps à corps. La reine a mis le feu à la Burg, le vent seconde l'incendie ; les Niebelungs tombent tous sur les pierres de la grande salle. Un vassal s'échappe et court appeler Dietrich. * Écoutez, mon seigneur Dietrich ! Ecoutez ! » Le héros de Vérone répond : i Notre cher a homme, ne vous échauffez pas tant (1). » Mais enfin la mesure est comblée.
Riîdiger, l'ami de Dietrich est tombé I i Diêu a ne peut vouloir cela , » dit le héros de Vérone à voix basse, « c'est un jeu du diable (2)1 » Son cœur est navré, la vengeance s'y amasse, mais tout se passe au fond. Ce n'est pas Achille qui s'élance de sa tente, frappe Hector et le traîne autour des murailles. Dietrich est toujours prudent. Il veut s'enquérir de ce qui s'est passé, reste pensif auprès d'une fenêtre, et faisant venir le vieillard Hildebrand lui enjoint de lui rendre compte de ces terribles aventures.
Hildebrand arrive et raconte. Dietrich écoute et
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352 fllSTOIRB DE LA ROYAUTÉ.
chue. Entouré des soins paternels de Temperebr , il y puisa une grande bienveillance pour les représentants des Césars en Orient, et le bruit de la chute des Césars d'Occident dut lui donner y de bonne heure, un immense désir de les remplacer. D'autre part, il voyait les désordres de cette cour, le changement perpétuel dans les ministres de l'empire, les révoltes mal réprimées ou punies par la trahison , les querelles ihéologiques , les intrigues des eunuques , et tout cela put lui inspirer quelque mépris.
Au milieu de la magnificence bysantine^ lorsque des êtres énervés venaient présenter à leur prétendu maître des hommages serviles et dérisoires, Théodoric dut regretter plus d'une fois la tente hérédi* taire des Amelungs. Là les honneurs suprêmes n^étaient pas rendus au sang des rois par des créatures sans sexe; là , les libres acclamations des braves confirmaient le droit de la naissance ou le cassaient, seulement dans les cas douloureux et rares, où le roi compromettait la tribu; con* stitution tacite qui frappait quelquefois l'individu, jamais ia race ; rarement le roi, jamais la royauté. Le cœur de Théodoric pouvait battre d'un noble orgueil en comparant cet onire loyal aux déloyales révolutions de la cour de Byzance. Il voyait s'asseoir sur les trônes éphémères d'Orient et d'Occident tantôt un Syrien,
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lantôl un soldai; aujourd'hui un sénateur ignorant, demain un rhéteur tout bouffi de sa vaine faconde; mais les arts^ les lettres, les souvenirs, jetaient un voile d'or sur cette décadence et la cachaient aux yeux inexpérimentés du jeune barbare. Rome était pour lui tour à tour ce qu'il y a de plus haut et de plus bas, de plus avili et dé plus glorieux. De ce mélange d'admiration , de dédain , d'amour et de haine, sortit un caractère d'autant plus complexe qu'il avait cessé d'être naturel.
Théodoric avait l'instinct , le goût et le coup d'œil des grandes choses. Léon s'en aperçut, et, par une générosité habile, il acquit cet enfant à l'empire ou du moins au fantAme de sa grandeur. Il le renvoya à son père ; mais l'ardeur du sang et les calculs de la politique firent taire la reconnaissance. Le Goth repassa le Danube, vainquit les Sarîmates, prit leur ville (1) et la garda.
Ce premier succès l'emporta jusqu'à l'ivresse ; il voulut guerroyer à la fois contre l'Orient et l'Occident. Un reste de trésor trouvé au fond des coffres de l'empire, éloigna les Goths de l'Italie. Théodoric,- avec l'élite de sa nation, passa la Save, enleva Naisse et Ulpisine, força des défilés inexpugnables, pénétra dans la Thessalie, pilla Héraclée, Larisse,et vint camper sous Thessalpnique.
(4) Sîngidunoin ^ aujourd'hui Belgrade. — Procop.^ Jornand., Historia Miscella. — Gibbon, etc.
354 HISTOIRE. DE LÀ ROYAUTfi.
L'empereur Léon l-arréu par des négocutioiis ei des présents. Il se hftta de céder aux GoUis quel* que territoire en liiyrie près de ia Thrace , leur premier séjour.
Cette paix dura huit aos, toujours inlerrom- ^ue[par des escarmouches comme un long sommeil par des rêves violents. Allié de l'empire, il le défendait sur un poioi et le dépouillait sur lui autre; toute sa jeunesse ne fut qu'ua Iod|; apprentissage de respects et de mépris, de services et d'insultes. Zenon Trascalissée, successeur de Léon de Thrace, suivit son exemple; il essaya les bienfaits à défaut de vengeance. Il adopta Théodoric comme son (ils d'armes ; forme inconnue chez les Grecs, d'up. usage ^ancien parmi les nations germaniquesy, et sans aucun rapport avec l'adoption romaine. Pour caresse? son. orgueil ^ il le nomma consul , lui 4écerna les bonneuKS du triomphe el lui érigea une statue équestre devant le palais impérial. Théodoric se laissait faire, ravageNUt la Thrace, la Macédoine et la Tliessalie» s'avançait e» Daciev en Méaie» et^ dans ses héroïques incariades^ poussait souvent sa pointe jusqu'aux portes de GoQsiantinople.
€e qu'il £i)laU.ài Théodoric, oe n'élttl pas d'être consul ^ Consumtinpple ^ mais roi en Itplîe. lue Turcilinge Odoacre s'était bâti un trône avec les débris de Tempire romain. Vaincre et remplacer