LIVRE IV
peuple romaîD ; il lui envoya les omeiAeDis impériaux. Tbéodoric ne pouvait ni ne voulait les reh^ set. Pour ses Anielangs, il ne désirait jamais être que le roi Dietrich ; aux yeux des Romains , il voulait tenir quelque ehose de la grandeur impériale. SHualion complexe, ardue, qui perça toujours, et finit par déchirer de ses pointes et dé ses angles la trame si savamment tissue du gouvernement des Golbs en Italie.
Ge gouvernement a frappé tous les yeux par sa singularité. C'est un système tout entier, un syllogisme de l'école, armé de toutes pièces; c'est une utopie fondée sur un équilibre imaginaire entre la force physique et le pouvoir moral, entre la pensée et Tadion, entre le fait et l'idée (1).
Ce gouvernement étant en quelque sorte une démonstration perpétuelle, loin de l'envelopper de mystère et de dérober son mouvement \ la curiosité des masses, Théodoric en fit jouer publi-^
(1) Montesquieu avait annoncé le projet d'y consacrer un ouvrage spécial ; il y a renoncé; probablement après une étude plus ap^refcndie de œ qu'il y avait de sophistique et de fim daos l'établissement de Théodoric. MM. SarioriuseiNaudet ont publié sur et sujet des ouvrages remplis d'érudition et de talent, mais trop DivoDibles, peut-être, au système qu'ils ont savamment édairci.— Essai sur l'état civil et politique des peuples d'Italie sons le gouvernement des Goths, etc., par M. George Sartorius, in-S, Paris,. ISll. — Histoire de l'établissement, des progrès et de la décadence de la monarchie des Goths en Italie, etc., par J. Naudet, in-S^ Paris, 1811. Ces deux Mémoires oot obtenu les prix dans la classe d'histoire à liostitut.
qoemeni les rouages Ses plus secrets. Il surpassa les empereurs Romains eux-mêmes par la fréqueoee, b multiplicité des lettres , des rescrits > des ordonnances; et dans toutes les pièces officielles (1), un considérant toujours ample, souvenl emphatique et quelquefois puéril , ne laissait ignorer à personne quels ressorts avaient poussé tan* itôt la magnanimité du roi» tantôt sa ?anilé. L'une et l'autre étaient extrêmes»
Un monarque barbare et absolu qui cherche, qui provoque la publicilé, semble singulier , mais tout contraste est naturel au cœur humain^ et cet exemple a élé renouvelé plusieurs fois, dans des siècles très différents. Le monologue avec la foule a'a jamais répugné à l'autorité suprême, toutes les fois qu'elle a pu se livrer à cet exercice sans défiance et sans danger. Théodoric trouva d'ailleurs un interprète selon son coeur et selon sa tête , dans le Romain. Gassiodore (2).
C'était un personnage sénatorial distingué par de hautes , de sincères vertus et par des talents d'une valeur relative. Il était sans vocation réelle pour aucune des branches de l'intelligence hu- ^maine, mais comprenait beaucoup et était propre
(1) Curieux recueil parvenu jusqu'à nous sous le nom de Cassiodore son principal rédacteur.
(S) « Aurelius Cassiodorus Senator. » Ce dernier nom n'est pas un litrd, jnais un eo^oin^; peut-élre cela voulait dire qu'il était de la famille sénatoriale par excellence.