‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 148 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

à tout, caractère des meilleurs esprits, aux époques épuisées et stériles où rinformalion et la mémoire tiennent lieu de création. Littérateur, rhéteur, administrateur, toujours sénateur, soldat et général au besoin , Gassiodore était surtQUt un de ces hommes de gouvernement et d'ordre qui dans les révolutions voient des faits accomplis et les acceptent toutes successivement ; mais , une fois acceptées, ne songent qu'à les resserrer dans un lit étroit. Toute innovation les effraie ; toute tradition les séduit. Rattacher le présent au passé est la règle de leur politique ; sauver du naufrage le plus de débris possibles, les fondre dans les éléments nouveaux, combler les lacunes, souder les. ruptures et, s'il le faut, nouer des éléments hétérogènes par un lien plus apparent que réel, arranger des ruines plutôt que de recourir à des matériaux, en un mot, forcer une révolution, non seulement à cesser d'être , mais à n'avoir jamais été, tel est. leur labeur souvent infructueux, mais courageux et dévoué. Epris des souvenirs de Rome , Gassiodore professait ce culte jusqu'à l'idolâtrie. Il aimait de Rome moins Thistoire que la chronique, moins les triomphes que le cérémonial , moins la gloire que la pompe. Par ses prétentions érudites " il se rattachait au siècle d'Auguste, par ses goûts littéraires^ qui dominèrent sa vie, il tenait à la cour de Gonstantin on de Théodose. Personne n'ignore

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i quel point les édits rédigés par Gassiodore an nom de Théodoric, sont maniérés, contournés, torturés danstes idées et dans le style ; c*est ainsi qu'au milieu d'une masse formidable de lieux communs et de banalités , le premier ministre fait raconter par le roi, tantôt la maniéré dont un chien a bit la découvertede la pourpre en ouvrant une huître (1), tantôt Fétyraologie du mot Bellum qui vient, dit-il» de Betus, inventeur de la guerre (2). Une histoire littéraire peut recueillir en foule ces exemples de mauvais goût , mais tel n'est point notre objet. L'influence de Gassiodore fut très utile à beaucoup d'égards et même, sous les rapports les plus essentiels. Rempli d'humanité , animé par les plus douces et les plus pures inspirations de la religion , il osa ôtre l'intermédiaire et l'organe de la morale évangélique entre le maître et les sujets. Sa piété ne dégénéra jamais en fanatisme; l'étude et la passion de la littérature profane le garantirent de ce péril. Par l'heureux tempérament d'un christianisme de cœur et d'un paganisme d'esprit, Gassiodore se trouva merveilleusement propre à ménager des éléments antipathiques que le temps n'avait pas encore pu assimiler. La tolérance était la règle nécessaire d'un ministre catholique sous un roi arien ; aussi le principe en fut*il positivement pro-

(1) Gas8. Var. L. 1«^, ép. IL (i) Id. L. !•, ép. XL.

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