‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 149 sur 191 · LIVRE iV. 3&S · texte numérisé non relu

LIVRE iV. 3&S

damé ; malheureosement , Théodoric porta jusque dans Tapplication d*un principe modéré cette exagération qui dépare tous ses actes; il no se contenta pas de refuser son assentiment aux changements de religion accomplis en tue de sa faveur, il punit de mort nn courtisan qui de catiioltque s'était fait Arien. Ce fait, rapporté par Nicéphore Callixte, a été révoqué en doute. Les historiens nient souvent les excès qu*ils ne peuvent concilier avec les traits imaginaires qu^its prêtent à leurs héros. Si cette anecdote n'est point vraie, elle est .vraisemblable; c'est le capriee d'un barbare qui se croit civilisé, et qui faute d'une mesure intérieure, dépasse la civilisation elle-même. Certes , le doux Gassiodore n'applaudit point it un pareil acte; H contribua cependant à distendre démesuré^ ment et à feusser les grandes lignes du caractère de Théodoric ; il lui fit accroire que seul il était édairé au milieu des Goths, il le surehargea du costume et des idées antiques. Faisant allusion à son premier séjour près des Césars de Byzance, il lui dit par la voix des panégyristes, qu'il avait été nourri en Grèce dans le sein de l'urbanité et de Tatticisme (1). A force de s'entendre louer comme civilisateur, comme continuateur des lettres et des lois grecques et romaines, Théodoric finit par ne '

(i) « EdocaYit te in gnemio civilitatis Graecia. » — Ennod. Panegyr. apad Cochl., p. 904.

plus savoir ce qu'il était ; il se crut de bonne foi une sorte d'Athénien égaré parmi les barbares, un petit^fils de Selon ou plutôt d'Amphion, relevant les murailles au son. de la lyre. Il ne marchait plus qu'entouré de savants et de rhéteurs : un grec devint préfet de Rome, singulier spectacle pour les Ostrogoths et môme pour les Romains. Yoilà l'impulsion donnée par Cassiodore. Si les esprits de cette trempe parviennent quelquefois à adoucir le choc des révolutions , quelquefois aussi la pente en devient d'autant plus rapide qu'il l'ont plus soigneusement déguisée. En cherchant à opérer une fusion impossible entre des éléments trop disparates , ils rendent la dissolution sociale moins prompte, mais plus inévitable; l'édifice bâtard se tasse et s'affaisse sur les pilotis déjà pourris qu'on lui a donnés pour fondements ; après avoir longtemps flotté sur la vase, il s'enfonce; on s'aperçoit alors, un peu tard, que cette prétendue fusion n'a été qu'un ajournement. Ainsi dans les vues les plus nobles et les plus élevées, sous l'impression des plus glorieux souvenirs, des plus imposants prestiges , Théodoric inspiré par Cassiodore , ne parvint qu'à rendre l'établissement de sa race moins solide et plus précaire. En se faisant Romain , en conservant, selon sa propre expression.^ des mœurs dignes de la toge (1) , il participa à la dé-

(l)Cass.Var.III, 17.

Page 1