‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 150 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

crépitudedes institutions qu'il voulait faire revivre. Ses motifs étaient élevés et généreux, mais il faut le dire à regret , il est de tristes époques où la justice est plus désirable que la générosité, l'ordre réel plus nécessaire qu'une symétrie apparente et spécieuse , enfin (et cet aveu est le plus pénible, le plus dur), il est des générations fatalement travaillées par toutes sortes de besoins et trop occupées de la vie matérielle pour songer à ce délassement qu'on appelle la gloire.

Venons à l'application :

Lorsque les Goths se furent rendus maîtres de ritalié^ ils s'y trouvèrent comme une armée, au milieu d'un peuple, ou plutôt comme une peuplade au milieu d'une nation. Quoique Théodoric (i) ait emmené sa tribu tout entière , on croit généralement que les Gotbs étaient en petit nombre quoique leur chiffre exact soit inconnu; Leurs femmes, leurs enfants, leurs chevaux , les avaient suivis , ils avaient emporté jusqu'aux ustensiles. Comparés aux habitants de l'Italie, ils n'étaient assuréqient qu'une très faible minorité. Selon l'opinion communément adoptée , Théodoric avait donné à son armée le tiers de l'ItaUe , mesure qui n'eut rien d'injuste et ne dépouilla personne, car ces terres, appartenant au fisc sous les empereurs, avaient été

(1) Hisloria Misoella. Scrip. R. T. I^ p. 100. — Procop. id. ^ £nnod. Paiiegyr.

366 HISTOIRE DE hk ROYAUTÉ.

distribuées par Odoacre à ses Hernies (1). Le resie de ces hordes fut dofic seul dépossédé. Cet état mixle d'indemnité pendant la guerre, de culture territoriale et de charges publiques pendaat la paix, constitua la, transition de Tétat militaire sons les empereurs à la féodalité du moyen âge. Il ne fui pas regardée par les Goths comme «ne comyenea Uon suffisante des immuifités dont les Barbâtes avaient joui jusqu'alors; ils accueillireDi celle innovation par des regrets et des murmures. Tbéodoric n'en soutint pas moins soa ouvrage.

11 ne voulait ni livrer l'Italie entière à une poignée d'hommes, ni incorporer les fioihs dans la nation romaine^ Il voulait un rapprochement de tous ses sujets^ il applaudissait aux rares^ effiirts tentés de part et d'autre pour arriver à ce bm, mais il ne souhaitait pas de fusion complète. Vain* queur généreux, il désirait mettre les RouMiosi l'abri de la brutalité des Goths; chef défiant d^vse armée, il prétendait la conserver toujours distkicls 'de la nation subjuguée , sentant bien que si- In décoration de son règne était dans une image de l'empire,, sa force réelle résidait dans les honuBes qjui l'avaient aidé à la conquérir. La combinaiMn de ces deuxintéréts présentait une foule dadiffi-* cultéSy.mais Théodoric était un grand homme;. il ne

(1) a Partem agrorum, quaoi Odoacri milites poisedersnt, iota' ie Goihi panîli sunl. » Proc. — Sarloriu8> p. 943.

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