‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 153 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

une tendresse paternelle (1); cette argumentation les toochait peu. D'ailleurs, à travers les phrases du rhéteur-ministre, ils comprenaient facilement que cette égalité des charges était illusoire , les deux peuples étant toujours traités fort inégalement. Outre les taxes ordinaires^ le roi distribuait aux soldats, c'est à dire à toute la nation des Goths, une gratification annuelle (2) ; elle ne pouvait être prise que sur les Romains. C'était donc un tribut particulier, prélevé en sus des impositions générales ; et tous les artifices de style, toute la latinité énigmatique' dont Gassiodore enveloppait, dénaturait, torturait le sens des édits royaux,' ne suffisaient pas pour donner le change sur une triste réalité. La victoire d'un barbare qui se serait donné franchement pour tel , aurait pu être plus dure, plus oppressive, mais elle aurait paru moins humiliante. Là^ les fers n'auraient été jetés que sur le corps ; ici, le libre arbitre était également enchaîné. On sommait les Romains de recevoir comme des bienfaits inouïs, je ne sais quel mélange bâtard de fiscalité publicaine, d'enflure théâtraie et d'astuce byzantine.

11 faut l'avouer cependant^ l'idée de l'égale répartition de l'impôt, inapplicable i une pareille épo-

(l)Ca88.Var.Il,94.

372 HISTOIRE DE tA ROYAUTÉ.

qm, en mt d'autant plas aurprenanie. Théodorie devançât les aiéclea. Toutefoist ces illuminations du génie ne changeaient rien à l'état réel de la ao<* ciélô. Armée contre une population iinpuiaaante , les Gotha étaient ses maîtres ; Us appesantissaient sur la tète de l'Italie un joug paré de fleurs fanées. JamaiSt en effet , une telle profusion , un luie pluseiceasif de paroles flatteuses ne donna le change à J'esclavage d'un peuple. Le conquérant semblait avoir été appelé » choisi, et se faisait gloire de son élection fictive. De nobles sentiments dirigèrent sans Bul doute, ce faus point de vue» En rendant cet hommage à Rome tombée, Théodoric fut peul-âtre plus sincère» et assurément moins politique, qo*on oa le croit communément* Tout en constalant ce qu'il y eut d'insuffisant , d'incomplet > d'illusoire dans ses desseins i rendons justice au noble déeir qui occupa son ame. Reconnaissons quelque chose de grand, de rare, d'attendrissant dans cette victoire de la barbarie sur elle*m6ma , dans ce respect de l'humanité^ dans ce culte d^un paaaé véoé*râblé. Conquérir Rome à la pointe de Tépée et point attribuer ce succès i la force des armes; complir t achever le dessein d' Alaric ; être le conquérant de l'Italie, sans vouloir en convenir; se

dire l'élu de la nation subjuguée, plutôt que le maître de la nation triomphante ; enfin, préférer la qualité de la victoire à son résultat : c'est là une

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