LIVRE IV
charges de TEtat, il avait goûté la douceur de par* tager sa haute fortune avec ses enfants. Ses deux fils , consuls désignés , avaient paru dans le forum sur un char de triomphe, accompagnés du sénat et du peuple. Lui-même, comme autrefois Auguste , siégeait entre les deux consuls. Une telle situation devait exciter l'envie. Les grâces du caractère de Boëce l'auraient désarmée; malheureusement, de si paisibles dehors cachaient une ame brûlante. U avait pour sa patrie Tardeur d'un amant et Tobstination d'un chef de parti. Cette passion noble, mais btale , finit par coûter à Boëce la vie, à Théodoric la gloire.
Aux cris d'allégresse poussés par la grande Rome, la joie du Barbare fut immense. Il joua la r61e de César avec une gravité et une solennité impertur* bables. Jeux publics, distribution de congiaire (4)^ rien ne fut oublié. Les discours surtout ne tarirent . pas un instant : Harangue au sénat, harangue au cirque» harangue i la Palme d'or !.« La pompe dé^ ployée par Théodoric fut si éclatante qu'un saint solitaire, jeté par hasard an milieu de tout ce tumulte, s'écria dans son enthousiasme : « Si tel est le royaume de la terre 9 quelle est donc la beauté du royaume des cieux 1 (3) »
(1) Don ds8 smpereurs sa peuple ; la distrUmlioM faite aux sol* 4au s'appelait dimMf, (9) «Oocasione igitur navigii felicioris inventa^ Romam veoii
Théodoric dans ce voyage ne borna point sa sollicitude au vain éclat de la représentation ; admirateur quelquefois éclairé de la grandeur romaine, les monuments de la capitale du monde furent pour lui non seulement un spectacle , mais un exemple. Il vit ces aqueducs immenses^ ces voies indestructibles, ces égouts, ces écluses , et depuis^ il essaya noblement de reproduire tant de merveilles ; mais s'il crut avec raison pouvoir imiter les prodiges de l'industrie, il se montra encore un peu barbare, en appliquant la même méthode aux chefs-d'œuvre de Tart. Plein de soilici-
(B. FalgenUus) , anctorum saécalariam consono semper ore kadatam , capuique mundi veraciier appellatam, festinas ingredîtar civitaiem. Fait autem tanc in Urbe maximom gandiniDy Théodorid Régis praesenUa, Romani senaUis el populi lœUfieanle oonventus. Unde contigit, ut B. Fulgeniius, coi mundus oUm ftierat cruciflxus, postquam sacra martyrum loca venerabiliter circtimirit 9 omnesque senros Dei , quorum in brevi capere nolîUam potuit, humili obsequio salutavit : in looo, gui Palma aurea dicilor, memorato Theodorico Rege , concionem facienie , Romanse cari» nobilitatem, décos , ordinemque distincUs decoratom gndibus adspectarety et favores iiberi populi castis audiens auribus, qfoalis esset hnjus sseculi gloriosa pompa , oognoscerei. Neque tamen in hoc spectaculo libenter aliqoid intueiur> neque nugis iUis sseoula* ribus superflua lUectus delectatione consensît : sed inde potiosad illam supemse Hierusaiem desiderandam felicitatem vehemenier exarsity salubri disputatione praesenter sic admonens fratres : quam speciosa potest esse Hierusaiem cœlestis, si sic fulget Roma terrestris! Et si in hoc sœculo datur tanti honoris dignitas dilîgentibus vanitalem, qoalis bonor et gioria et pax praesiabkar sanctîs» oontemplantibus veritatem » S. Fulg. Vit. apud Bo. II. Acu S. T. I Januar.p.97.Venet.