LIVRE IV
épisode nous sont inconnus ; nous ne savons rien que par les panégyristes et les écrivains oflSciels ; quelques mots , dont toute la philosophie de Boëce n'a pu tempérer l'amertume , peuvent seuls nous mettre sur la voie, mais ces indices sont faibles. lia suite des événements est un guide plus sûr. En suivant le fil , il est aisé de découvrir que le succès du séjour de Théodoric à Rome n^avait pas répondu à sop attente.
L'écorce déchirée mit à nu le tronc; sous la civilisation d'emprunt , reparut la barbarie native; enfin Théodoric rencontra l'obstacle qui pendant huit siècles devait arrêter désormais tous les maîtres de l'Italie; le premier, il se trouva en foce de l'aristocratie romaine et du peuple.
Depuis saint Léon , la papauté n'avait point fié-* chi , elle avait marché' avec courage et constance dans la route tracée par ce grand homme. Les papes, avec plus ou moins d'énergie , plus ou moins* de bonheur, continuèrent dès lors à se dire, à se proclamer, à se croire les vicaires de Jésus-Christ, les chefs visibles de TËglise chrétienne. Pleins de cette conviction , ils déposèrent un patriarche de Constantinople (1), sans effet il est vrai , mais non sans éclat; et pourtant ils plièrent sous Odoacre. Us étaient peu accoutumés encore
(() Le palriarche Aeace condamné en 484 par le pape Félix 111. 1. 25
386 HISTOIRE DE LA ROTAUTâ.
à la domination des Barbares; ce choc les avait étourdis et terrassés. Le Hérule , par une loi expresse, s'était réservé l'élection du souverain pontife (1).
Le désir passionné de Théodoric était surtout de marquer une différence entre lui et les autres rois barbares. Pour plaire à l'aristocratie et au clergé de Rome , il rétablit la liberté des élections pontificales. Odoacre avait mieux connu les Romains. Les partis abusèrent de la condescendance de Théodoric; on vit, comme à la dernière époque de l'empire, deux papes se disputer le Saint-Siège. Théodoric intervint dans ce conflit^ il confirma l'un des compétiteurs , en donnant sagement pour motif de ses préférences la pluralité des suffrages; mais bientôti une intrigue de cour l'anima contre l'homme qu'il avait choisi. Les^nnemis du pontife le chargèrent d'accusations graves ; Théodoric les adopta. Affectant les apparences de la justice, il nomma un Visiteur royal qui prit parti pour l'intrus. Celui-ci revint secrètement. Il y eut de grands désordres dans la ville et une résistance inattendue à la volonté souveraine. Rome ne voulut point reconnaître le Visiteur. Théodoric convoqua un concile. Les évéques lui contestèrent ce droit. Le roi entra en discussion avec eux et
(l)Lib. Pontif. — Conc. Rom. 1, 4. Conc. p. I334.F.— Flenry, Hist. Ecd.
argumenta en forme. Les évèques dissimulèrent , mais ne se séparèrent pas un seul instant du pape. Celui-ci , aimant mieux prévenir Taccusationque de la subir, déclara qu'il avait souhaité le jugement. Cependant il exigea avant toutes choses le rappel du Visiteur royal (1). Le concile feignit de se soumettre, allégua des défauts de forme, gagna du temps; les désordres redoublèrent. Théo* doriCy lassé, rompit le synode, en se laissant arracher l'aveu qu't/ ne Un appartenait pas de se mêler des affaires ecclésiastiques. Ce mot fit tomber toute résistance comme par enchantement; c'était en effet une assez belle victoire. Le pape remonta, sur la chaire apostolique, et déclara nul Tédit d'Odoacre sur l'intervention des rois dans les élections pontificales. 11 se nommait Symmaque et descendait peut-être du fameux préfet de Rome. 11 appartenait au parti aristocratique; pour en juger, il suflfit de son nom et de celui de ses partisans : le diacre Gordianus mort pour sa cause, les consuls Pompée et Avienus Festus étaient ses amis et ses protecteurs (4).
Une influence secrète avait ranimé les forces du sénat. Constantinople, longtemps ennemie duSaint- Siège, suspendit tout à coup ses hostilités. Une
(1) Cette scène se renouvela exactement entre Charlemagne et le pape Léon III. Voir Liv. VIII; T. II, p. 335.
(I) Gonf. Fleury, Sigonius^ Cochlaeus,MM.SertoriusetNaudet.
388 HISTOIRE bC LA ROTAITË.
Iiaioe commune rapprocha les deoz Romea, el forma, parmi les pères conscrits, on parti grec oa anlibarbare qui ne tarda pas à absorber monaest»nément tous les autres germes de dirisîon. Ce parti acquit une grande force après la mort de rbérètique empereur Anastase; l'étèché de Rome, et à sa suite Taristocratie sénatoriale, ne lardèrent pas à épouser les intérêts de la cour de Conslantinople* Des deux côiés on oublia des antipathies anciennes. A la chute de l'empire d'Occident, l'empire d'Orient eut part aux dédains qu'inspiraient à l'univers les Césars de Rome ; mais, depuis les invasions, la tyrannie héruleou gothique était seule présente aux esprits; l'empire, devenu un souvenir, sembla, à l'imagination fascinée, le port , l'asjle et l'espoir de la république romaine. L'empereur Justin était monté sur le* trône après Anastase; il proÛta de cette disposition. Cependant le peuple grec fut moins facile que Tempereur ; on insulta les légats du pape dans Thessalonique; l'empereur Justin promit de les punir , et le pape Hormisdas s'efforça d'ignorer ces violences. Des concessions mutuelles étaient nécessaires pour endormir Théodoric, mais bientôt l'emportement de Justin ou l'imprudence du pape Jean, successeur d'Horiiiisdas, Gl tout éclater. Par une loi de Justin (1),