‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 160 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

dirigée spécialement conlre le Manichéisme, les Juifs et les hérétiques furent exclus des emplois et des charges; les Goths furent seuls exceptés, par déférence pour le roi d'Italie.

Il n'en sentîrpas moins la blessure. Etonné, furieux , Dietrich^ de Bern, rendu à sa nature sauvage, poussa encore une fois le cri des Niebelungs; il arracha le pape de- sa chaire, et l'envoya signifier au Grec de réiracter son édit ou de s'attendre à voir ruisseler le sang des orthodoxes, depuis le Tibre jusqu'au Danube. Des sénateurs reçurent Tordre d'accompagner le i)ape, comme un symbole de la dégradation solidaire du pontifical et de l'aristocratie. Théodoric est obéi. Le pape arrive à Gonstantinople , l'empereur se prosterne, la loi n'est point rétractée, le pape retourne à Ravenne et meurt dans un cachot. Quelque temps auparavant , Justin bien informé du crédit des papes sur le sénat, avait écrit à Hormisdas, pour Ini faire part de son élection , en le priant de mettre un terme.aux différents qui s'étaient élevés entre les sièges de Gonstantinople et de Rome (4). Théodoric, toujours égaré par son imagination et par un faux air de grandeur, s'était prêté à ces rapports directs du sénat romain avec l'empereur. Flatté de la déférence du successeur des Césars pour le prin-

(1) Lîb. Pontif. in Hormisda. ^Flenry, Hist. Eccl. XXXI, 41.

cipal évoque de son royaume, il avait coogenli à renvoi d'une légation pontificale à la cour d'Orient. Les légats du pape étaient partis chargés de lettres, non seulement pour les principaux ministres de Justin, mais pour des femmes considérables dans Byxance et ennemies déclarées de l'arianisme. L'intérêt du pape et de l'empereur exigeait un prompt arrangement, chacun céda quelque chose. Justin eflbça des diptyques le nom d'Acace, ancien patriarche ennemi du Saint-Siège, Hormisdas sacrifia les églises d'Antioche et d'Alexandrie, en décrétant leur réunion. Sans nul doute, dans ces négociations imprudemment favorisées par Théodoric^ la ruine de l'arianisme et du pouvoir des Goths en Italie avait été stipulée entre les contractants réels (i).

On divise ordinairement la vie de Théodoric en deux parties, la seconde parait différente de la première ; c'est un texte pour l'éloquence : comment un si grand homme a-t-ii pu changer à ce point t quelle est cette transmutation de l'or pur en plomb vil? Rien de plus simple cependant , et, dans ces deux divisions prétendues, il n^y a pas eu solution de continuité. Les germes de division, jusqu'alors cachés sous la cendre , se développèrent et fructi-

(1) Le paganisme élait encore si fort à Rome i celle époque, que le pape Gelase eat beaucoup de peine à empêcher le rétabllwement des lupercales qu'on demandait à grands cris oomme le seul remède contre la peste.

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