CLOVIS
Gomme chez les Goths , la royauté chez les Francs était héréditaire. Nous Tavons démontré (1). Les Francs avaient aussi leurs Balthes et leurs Amales. Le nom qu'ils donnaient à cette famille nous est inconnu; c'est au septième siècle qu'on rencontre
(1) Voir les Prolëgomèiies.
pour la première fois le nom des Mérovingiens , en langue germanique Merwings. Les plus anciens écrivains qui en fassent mention sont ionas , moine de Bobbio , mori en 676, et Vauteur du Préambule ajouté à la loi des Allemands et des Bavarois, sons Dagobert, mon en 640.
Je passe Pharamond , Mérovée , Glodion ; ces noms sont douteux, mais il n'est pas douteux qa^ûne longue suite de rois a précédé Clovis. On leur voit faire des trouées dans l'histoire romaine , ils se montrent de temps en temps comme les visions guerrières qui apparaissaient à leurs frères les Scandinaves, dans les nuages. Je laisse les noms (i); ils ont été assez débattus. Je les aime mieux créés par
(i> Cette quesUoD est épaisée. L'illustre auteur (pii l'a popobrisée parmi nous, vient d'ailleurs de clore ce débat en constatant, avec une noble franchise, que l'initiative de cette réforme n'est point nouvelle, et qu'on doit la reporter presque tout entière an dix-huitième siècle, et en particulier à Voltaire. (Réponse à Neophobus. Revue de Paru, février 1849). Les traces en sont, en effet , très visibles dans la Correspondance et dans le Dici. hùt. Cette réforme a pu éclaircir quelques points obscurs, mais il est difficile de s'y attacher, surtout depuis la publication du PolyptiehnÊm Itminmàê, où l'on voit (p. S09) des Gaulois (Electns, Desiderius) mariés à des Germaines (Waltrada, Adalhildis), avoir des enfants gallo-romains (Elecleus) ou germains (Amalgudis) , et tout cela au hasard. Je proposerai aussi comme types les noms suivants : Si-Didier de Cahors , issu d'une puissante lamille gallo-romaine, fils de Syagrius et d'Erchanfrede, ou bien Sti-Rigobert, fils d'un Gaulois (le nom est pourtant germain) et d'une Franque. Voilà deux fils de Gaulois et de femmes franques ou germaniques , dont Tun porte un nom franc et l'autre un nom germain. Qu'en faut-il conclure P
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la gloire que forgés par rérudition. Je ne sais ce qu* esi Hlod'Wigh. Pour CloviSj c'est T Histoire de France elle-même.
Glovis fut proclamé ou plutôt acclamé roi à quinze ans. Ce fait seul suffirait pour trancher la question.
Fut-il appelé par les populations? Vint-il comme un auxiliaire ou comme un conquérant ? S'emparat-il violemment des biens, de la liberté du peuple gallo-romain? La flamme, le ravage, la mort^ marchèrent-ils devant lui? Questions qui reçoivent des réponses journalières et qu'on finira par croire insolubles, puisque tant d'esprits d'élite n'y trouvent qu'un champ de bataille inépuisable.
Gomment prononcer, puisqu'on ne connaît pas même le mode de répartition de la terre conquise entre les conquérants ?
Sans entrer dans cette controverse banale, et à ne juger que par les résultats, Glovis n'imposa point violemment la loi du plus fort. Nul doute que beaucoup de violences partielles n'aient accompa* gné son invasion. Mais il n'érigea point ta spoliation en système comme les Vandales, de son temps, ei après lui, les Lombards.
11 n'établit pas non plus, à l'exemple de Théodoric , une balance factice entre les vainqueurs et les vaincus (1).
(1) « CoEument les Gaulois auraienl-ils pei*du la liberlé, eux qui '
Après Théodoric, nul mélange entre les Gokhset les Romains.
Après Clovis» fusion incomplète sans doute, mais
c conservèrent le droit de se goaTemer soirauit kmn lais , o« « même de partager les privilèges de lears vainqneors, em adop- <c tant les lois barbares? L'ordonnance de Thierri, fils da graMi a Clovis, pour la rédaction des lois des Francs, des Bavarois es « des Allemands, laisse à chaque peuple de son empire la liberté « de vivre selon ses coutumes. Cest ce qu'on trouve répété près- « qn^ à chaque page des Ordonnances des Rois de h première ec « de la seconde race, surtout en faveur de la loi des vaincus, aa « de la loi romaine. — La Constitution de Clotaire, vers l'ian 560, c ordonne que chaque peuple, et en particulier les Romains, soient « jugés suivant leurs lois. Le Utre trente et unième de la loi des «Ripuaires porte que les Francs, les Bourguignons, les AUe- « mands, les hommes de quelque nation que ce soit, qui seronC « cités en jugement, se défendront selon leur k» partkaière. Ce « règlement ne fut pas toujours observé avec la même esacdlode. c Mais la tyrannie de quelques rois , ou les prévarications des «juges, ne purent qu'en suspendre l'exécution. Dèsqu'il fut per- « mis, on réclama pour en demander l'observation. Les trois « royaumes d'Austrasie, de Boui^ogne et de Neustrie , se réu- « nissent à reconnaftre Childérîc II pour roi Tan 67t : mais ^est « dans la vue d'obtenir de lui qu'il ordonne aux juges de suivre o les lois et les coutumes du pays de chaque particulier, comme a cela se pratiquait anciennement ; ce que le nouveau roi se fit un « plaisir et un mérite d'accorder sur le champ. La formule huitième « du premier livre de Marculfe ordonne la même chose à tous les « ducs, comtes eipatrices. La trente-septième est conforme. Les « lois salique et ripuaire distinguent formellement des esclaves « les Romains , a qui elles accordent des compositions beaucoup c plus fortes. La loi salique marque même différents ordres de li- .« bres parmi les Romains, le convive du roi, le Romain possesseur « et le tributaire. Elle fixe la composition du premier à trois cents «sous d'or, du second à deux cents, du troisième à quarante- « quatre, tandis qu'elle n'en accorde que trente-quatre au serf. » Abbé De Gourcy. Quel fut l'état des personnes en France, sous la
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suffisante pour que l'érudition moderne si avide de ce genre de recherches, ait souvent de la peine à se prononcer sur la nationalité d'une foule de noms propres. On voit même des Gaulois prendre des noms Francs :
De tous ces détails tant de fois débattus j'oserai dégager les fails suivants :
Les conquérants Germains permettaient à chacun l'usage de sa loi particulière. Ce principe se retrouve partout dans la législation barbare. Les efforts de Théodoric pour en effacer les traces , sont une inspiration de l'esprit romain.
Clovis laissa à chacun sa loi; il ne voulut point changer forcément des Romains ou des Gaulois en Francs-Ripuaires « mais il leur permit de renoncer au bénéfice de leurs lois ou d'accepter celles des Francs.
Voilà ce que Montesquieu (1) nous semble avoir parfaitement démontré, et les dénégations modernes ne nous ont point fait changer d'avis à cet égard; cependant, nous ne croyons point, comme le grand publiciste, que Clovis ait • autorisé fabandon de la loi franque pour la loi romaine , si ce n'est dans le cas de cléricalure. En effet, la loi ecclé-
première et la seconde race de nos rois ? Ouvrage couronné par l'Académie royale des Inscriptions et Belles-Lettres^ en t76S, in- 1 9, p. 95-2S, Paris 1769.
(1) Montesquieu, Esp. des Lois. XXVIII, 9, 3, 4.
siastiqne n'étail pas aalre chose que U loi romaine. Devena eodésiasliqae , le Franc TÎtait sons la loi romaine , c*esl«à dire sons la loi de l'église.
Conformément anx texties déjà connus sur le titre de conme du roi, CIotîs attacha les plus grandes prérogatives à l'honneur d'approcher sa personne (i). Ce fut en même temps une séduction de son pouvoir et un moyen de sa politique.
Clovis ne fut ni l'oppresseur ni le flatteur des Gaulois. l\ n'eut pas même besoin d'imiter Théodoric dans un jeu perpétuel de ménagements et de bravades* La position de Clovis était meilleure. Plus heureux que le roi d'Italie, il n'eut pas aflaire à Rome, il n'eut point de mœurs indigènes à adop* ter ou à combattre. Les Gaules subsistaient toujours, mais il n'y avait plus de Gaulois. S'ils avaient conservé la mémoire de leurs antiques annales, s'ils n'avaient jamais oublié les voix mystérieuses des chônes druidiques et les oracles de l'Ile de Saine , ils auraient pu lutter de souvenirs avec les Romains eux-mômes; mais , devenus Romains i leur tour, jls ne voyaient dans ce qui avait précédé leur agrégation à l'empire qu'une rouille barbare et presque honteuse* Jamais les monuments qui nous restent de la Gaule ne rappellent cette époque d'indépendance ; jamais un noble gallo-romaiu
(1) Voir les Prolégomènes.