LIVRE IV. A
Comme après tout, les Gaulois étaient civilisés , ils pouvaient prendre sor leurs vainqueurs une haute influence morale. Les terribles rois de Gotbie avaient été vaincus par leurs paroles pleines de grâce , de gravité et de charme. Voilà le mi* racle qui avait fait reculer Attila I Ils s'éloignaient des villes qu'ils venaient assiéger et s'il faut en croire Sidonius {i)f ttoire guide constant , mais un peu suspect y, Ferreolus fit avec un repas, ce que Aétius n'avait pu achever dans une bataille. Gtovis se rendit à moins de frais , mais sans se laisser attendrir par les festins et Téloquenee des Gaulois* 11 ne voulut ni les tourmenter ni se laisser tromper par leurs artifices; il ne cumula jamais ces deux rôles, et ne spolia point les vaincus en feignuit de se laisser désarmer par e«x. Dédaigpiani l'exemple des Gotbs , des Bourguignons et des Héruies , il ne partagea point le territoire entre son armée et lea indigènes y et se ccMitenta de leur distribuer les terres du fisc. Sans se cemrbw devant la vieille Egérie du Tibre, SMS se soucier de& débris iromains qui l'entouraient de tontes parts , il planta au centre même de la Gaule l'arbre Germanique y l'arbre royal ,
if el de Muffrir pin» par coutiune que par devoir la raee habimée à se vêtir de pourpre.
(1) Sidonias Ap. VII^ 19.
* VabritdDt lui et ses hommes sous cet épais feuillage , sans contraiodre les indigènes à s'y ranger à leur tour', sans leur refuser toutefois le droit d'y chercher aussi un refuge. Là , au cœur du pays, il établit ses plaids royaux , comme s'il les eût présidés encore dans ses forêts au delà du Rhin; les Gaulois ébahis y couraient comme à un spec* iacle, ne comprenant rien à ces allures et à ce langage. C'étaient deux législations , deux ordres d'i«> dées vÎTaïkt ensemble côte à côte sans se mêler et sans se toticher , si ce n'est par le choix volontaire de la législation que leur apportait le vainqueur. C'est sans doute ainsi qu'Aurélien Gallo-Romain do nom , d'origine et de mœurs , devint le principal ministre de Clovis. On le voit dès l'arrivée des Francs, mêlé aux plus importantes affaires de leur roi ; c'est lui qui négocie son mariage ; c'est lui qui d'accord avec^ saint Rémi , détermine sa conversion , car un historien nous le dit en termes exprès : Une femme ne pouvait fléchir Clovis (1). Les larmes , les prières de Clotilde , sont le côté extérieur et palpable de cette révolution ; mats ce ne fut point à l'étrange discours , rapporté par Grégoire de Tours , que se rendit le fier Sicambre. Il dut être peu préoccupé des fornications de Jupiter et des larcins de Mercure étalés par
(l)Flodoard.