‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 165 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la reine barbare, dans une amplification de rhéteur latin. Le nom de Glotilde servit probablement de prétexte à la transaction qui soumit au catholicisme Clovis et Télite de ses troupes. Ce fut une sorte de manifeste officiel , destiné à Tarmée franque et au peuple Gaulois. L'intervention d'une épouse était en effet plus touchante, plus persuasive, et chez un peuple épris des femmes, compromettait moins l'autorité du chef que les conseils d'un évéque et d'un négociateur gaulois ; c'était la poésie de l'événement. Gomme toute poésie, elle a prévalu.

Les Francs dans cette circonstance , adoptèrent pour la première fois, le luxe de la civilisation. Depuis la demeure du roi jusqu'à la cathédrale, les maisons furent tapissées d'étoffes précieuses. Le clergé ouvrit la marche avec les Saints Evangiles, les croix et les bannières; des chants d'allégresse s'élevèrent dans un transport unanime; l'évéque parut ensuite tenant le roi par la main; puis vinrent la reine , le peuple et l'armée : trois mille hommes accompagnèrent les chefs dans l'église, embaumée de parfums précieux; une cire odoriférante exhalait une senteur suave ; les Francs se croyaient dans le séjour céleste; le roi lui-même enivré de ce charme, demandait s'il était en paradis, t Pas encore , t répondit l'évéque , et soudain il |e plongea dans les fonts baptismaux en jetant le cri fameux de l'Eglise triomphante.

D'autres circonstaDceSy devenues non moins célèbres se rattachent ft cette grande scène ; mais elles restèrent inconnues aux contemporains de Sicambre. Les placer ici , ce serait anticiper la période carlovingienne (1).

C'est une des apparitions les plus piquantes que le contraste de celte physionomie fine quoique barbare de Clovis, avec ce Rémi également fin, mais d'une tout autre manière : insinuant , lettré , triparti de Romain^ de Byzantin et de Gaulois ; à la fois évéque, sénateur , bon politique et rhéteur subtil.

Clovis et répiscopat Gaulois avaient transigé ; la force matérielle rendait prépondérante la position du conquérant ; mais de part et d'autre, une force morale, presque égale, rétablissait la balance et maintenait l'équilibre. Le corps des évéques avait désiré et appelé les Francs ; il avait couronné leur chef; des deux côtés les services furent acceptés et payés noblement sans défiance, du moins sans défiance apparente, il y eut non pas un pacte for*

(1) Le Gointe ne dit qu'ao mot da prëtendo sâcre de Ctovis; sans rien nier à cet égard, il n'affirme rien et se contente de rapporter les textes ; Fleury ne se prononce pas , il se borne à remarquer d'après le père Le Gointe , que naile mention de ce sa^^ n'a été faite avant Hincmar et avant le testament de saint Remy , pièce Carlovingienne dont la fausseté a été amplemant démontrée. Voir Bréquigny , T. I , aux Prolégomènes , et le X* Kvre du présent ouvrage , T. II , p. 4S0.

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