‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 17 sur 191 · LXXII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

LXXII PROLÉGOMÈNES

allaient envahir, Tabondance des trésors qu'ils étaient à la veille de posséder; mais si ces moyens subsidiaires cod- Gouraient à affermir l'ascendant du chef, nous ne voyons pas comment ils prouveraient sa dépendance, et lorsqu'aux deux extrémités de nos annales, nous voyons deux conquérants animer leur armée, l'un parrintérétdu cîel,enneraide l'hérésie arienne ; l'autre, par l'image de quatorze nèeh» contemplant C armée française du hfiut des Pyramides ; nous devons voir là non i'antilhèse de deux pouvoirs différents, mais le contraste de deux civilisations opposées.

Nous sommes bien loin de nier les assemblées nationales. Elles ont existé sans doute, mais non avec l'étendue et la furce que lui ont supposées les annalistes carlovingiens (i) et après eux la foule des publicistes. Aucun texte , surtout avant Glotaire II et les maires du palais, ne nous montre un acte public quelconque^ accompli contre la volonté du roi.

Les hommes d'armes de Glotaire I*' le forcèrent à marcher contre les Saxons , et pour l'y contraindre, ils tombèrent sur lui et déchirèrent ses tentes. Mais qu'y a-t*il là de plus qu'une sédition ? (2)

Reste le vase de Soissons. Nous espérons qu'on ne nous condamnera pas à un nouveau récit de celle aventure. Dans cette éternelle historiette, on a voulu voir Fassujettissement d'un chef de clan ; mais, nous avons beau la relire, nous n'y trouvons que la mâle et politique patience d'nn roi qui, ne voulant pas frapper mais punir, se contient dans l'orgie et se réserve pour le jour où il pourra prononcer l'arrêt et appliquer la sentence, à la face de toute une armée.

(1) Greg. Tur. IV.

(3) Voyez T. 8, liv, VI.

PROLEGOMENES. LXXIII

Si la loi de Compoaiiion goavernait les peuples barbares, CD ne voit nalle part que le roi y fût soumis; on ne voit pas daTaniage qu'il ail jamais été cité devaot le mal ou assemblée oatiouale, malgré tous les rapprochements qu'on a essayés à cet égard entre les récits des chroniqueurs et les textes de la loi salique (1).

Le roi baii>are était seul înjusticiable, seul inviolable et seul noble. Comme tel, lui et sa race avaient seuls un nom de famille.

Tout corps de noblesse est nécessairement héréditaire; rien de semblable dans la royauté asiatique, parmi les Germains ; Tacite nous Ta prouvé , les Mérovingiens nous le prouveront mieux encore.

En Asie comme dans le monde barbare , les dignités écaieni personnelles, elles pouvaient conférer à la descen-* danee de l'homme qui en était revêtu, illustration et notoriété, elles pouvaient lui donner des occasions, mais jamais un droit.

A côté de la race souveraine désignée par un nom de

(1) Nous n*entrerons k cet égard dans aucune discussioD, qumque BOttS soyons en mesure de répondre à tonte observation qui nous serait foite de bonne foi et en connaissance de cause. Nous nous bornerons, pour le moment) 2à faire observer que le titre LXXXYI de la Loi Salique , allégué contre les rois , ne parle que de particuliers : Si anifustio aairuiiUmtm wtmaUart volûêrit; et que son application k un Mérovingien est bors de toute vraisemblance ; nous remarquerons aussi, avec Adrien de Valois (T. II, liv. IX ^ p. 61«), que Gonmn, loin de citer ses frères devant un mallum» les pria de s'en rapporter k ane rétgnion d'évèques.... episeoporum qm mitOu potgrmU êêêe ntspeeti. Nous Unirons, en constatant que dans le traité d'Andelot, les grands (et non le peuple) sont mentionnés, non comme juges d'aucun acte royal et d'aucune personne royale, mais simplement comme téoMMns de la dot (morganagiba) assignée à une reine.

I/MlV PROLÉGOMÈHMB.

faniiHie, s'éleVtiil nn peat>le 4e soldau q«i n'étale diadngné p6lt aiiicttQ nom particUliei'. Partni «tixv rien É'est uranMinsiblë y Véritable caraiâtèi^ de la noblesse j mais tout émane du foi, de HOtt a^ioriu^, même de m favenr

G^% dans la loi de la Composition du aaog qu'il ftat chercher surtout l'état des 'personnes, la diversité des ranfé> en lin mot la hiérarchie» QuV trouve-t-on? Partout le roi à la léte de Tagrégation sociale ; partout h valeur de Thomme doublée par Tbonneur d'aooompagner^ de servir ^ d'approcher le roi. Aasassioer un ennemi dans la cour du roi ou du comte délégué de la royauté , c'était s*exposer k une peine triple (1), tner ie jeune homme élevé dans la maison du roi» le convive du roi , fÉMI Romain ^ c'était un crime presque égal à la mort d'un évéqne ; et le meurtre du barbare libre> compagnon, antrustion du roi, était le plus grand des attentats. Nulle amende n'était plus forte, puisqu'elle s'élevait jusqu'à la somme de dix-huit cents soiidiS;- vingt pièces de la même monnaie suffisaient pour payer la vie d'un esclave. Il y a plus; vainement on chercherait dans les compositions une trace quelconque de dignité héréditaire; on n'y trouve cités (tue les parents dti ûnt des Bavarois, sorte de royauté parmi ees peuples, concentrée dans la race des Agilulfinges. On voit donc partout, dans cette organisatîooi le

toi i h tête de la tribu, \û foysvrté dâi» s» ptas faant^ ar-

gniâcationi .

Gottformémentaux textes connus sous le titre de convive du ro/, Clovis aKaôhà tés plus grandes prérogatives à l'honneur d*approcher sa personne. Par le fait même

(i) Lex. Allem. t. XXfX.

PàéLÉGONÈNBS. LX^V

de leur litre, les convives du roi ëiaieDl admis aa béDëfice de la loi franque, puisque la composition pour le meurtre de l'un d'entre eux, fùt-il Gaulois, était égale à celle d'un Franc. Ainsi donc, si un Galio -Romain parvenait à être assimilé à un Franc Rl(>(flire ou Salien, c'est par là table du roi, trancbons le mot, par la cour.

Od s'est beaucoup diverti des historiens du siècle de LouisXIV qui voulaient retrouver le roi leur maître jusque 80US les vieux chênes de la forêt de Cuise ; on a retouché d'un pinceau spiritueff le tftbleatl des fêtes f^alantes données par nos rois Chîldéric et Clotaire à leurs belles maîtresses et à leurs loyaux sujets. Mais la vérité de lliistoire n'a pas autant d'obligation qu'on pourrait le croire à tontes ces petites critiques. Des erreurs ont été substituées à des erreurs. Lorsqu'on nie l'influence toute puissante de ces ehefs héréditaires sur leurs compagnons , sur leurs comtes et leurs fidèles, contre l'autorîté formelle de Tacite, on se trompe, non comme nos prédécesseurs, mais plus gravement peut être. S'ils ont méconnu le costiime de rbomme extérieur, nous manquons à l'homme même. £« aliant au fond, sans s'arrêter à la surface,, en voyant ce roi, ce commandant , ce chef de quinze ans , qui gouverne tous cas guerriers de fer, en voyant ces hommes robustes , ces géants faisant du droit de l'approcher et de s'asseoir à sa table, le comble de l'honneur et de la gloire, on trouve un tel homme différent du Mérovingien qu'on nous fabrique aujourd'hui : bête brute et féroce , sans cesse alléchée par Todeur du sang, incapable d'ime. pensée, toujours menée par ses gendarmes , une sorte d'ours décbatné , ou muselé au gré de ses kornaks. Je crois peu à Clovis- Louis XIY, mais je crois moins encore à Clovis-Osage.

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