LIVRE JV
empereurs, mais par les années du règne de Clo* vis (i). Il fait la guerre à Crondebaud roi des Bourguignons, ami déclaré des Romains. C'est comme souverain pniJBsant, obéi, indépendant, qu'il enlève le royaume des Yisigoths à la pointe de son épée et qu'il le réunit à ses conquêtes, non par concession de l'empire, mais par la grâce de Dieu. Cette indépendance ne fut alors contestée par personne. L'évêquede Vienne, Avitus disait hautement : (2) a Que la Grèce s'applaudisse de posséder f un prince de notre loi, mais qu'elle ne s'imagine
< pas avoir seule mérité un tel don ; la splendeur « n'en est point refusée au reste de l'Univers ; f qu'elle apprenne que dans les régions Occiden-
< taies , un roi qui n'est pas de race nouvelle, fait « briller l'astre nouveau de la religion chrétienne. »
La race carlovingienne qui a imprudemment ressuscité l'empire, pouvait mettre du prix à obscurcir des notions si simples ; mais quoique sa politique faussaire ait enveloppé les faits d'un épais nuage, elle ne les a pas détruits. Peut-être «oudra-t-on objecter la phraséologie toute romaine
(I) Mém. [Kcslû. Inscr. Duc de Nivernois.
(3) « Gaudeat ergo quidem Grxcia habere se principem legis nostrae : Sed non jam quae tanti muneris dono sola merealur HIust trari , quod non desit et reliqooorbi daricas sua ; siqaidem etocciduis partibus, in rege non novo^ novi jubaris lumen effulgurat. » Sirai. Op. Var.
des édite de Glovis ; quelques esprite systémaitiqoes ont pensé qu'il avait adopté le titre de Vir Inbuier ei négligé celui de ClarissimuSj parce que la première qualification était attribuée à Tautorité militaire, la seconde au pouvoir civil (1); mais indépendamment de ce qu'il peut y avoir de plus ou moins exact dans ces n uances, on ne saurait les attribuer à Glovis. Pour se faire comprendre des Gaulois, ses édits étaient rédigés en latin ; pour être intelligibles dans oel idiome il fallait se servir d'expressions connoes. Il parlait à chacun son langage. 11 ne cherchait pas i précipiter le moment où de la fusion des races devait naître l'unité nationale. Il ne prétendait point usurper l'office du temps ; rare et glorieuse sa« gesse I Nul ne vint mieux que lui à son époque; il vint après toutes les invasions, parce que c'était à lui de les repousser et de les clore. Ainsi fit-il a Tolbiac; vainqueur, il se déclara chrétien et catholique, car il le fallait. L'unité du pouvoir était sa mission. 11 y tendit par des moyens atroces, mais alors commiins à tous les maîtres du monde. A cette époque, Justinien, la Loi incarnée, et Théodoric le Magnanime, assassinaient l'un Vitalien (3), l'autre Odoacre, en traîtres, au milieu d'un festin; le meurtre et le guet-apens étaient de droit public dans cet âge de fer; les crimes de Glovis n'ont
(1) Moreau.
(9) Le Beau , Bas-Empire , XL, 19.