LIVRE IV. 4i
rien qui lui appartienne en propre. Il assassina tous les petits rois de sa race , non comme on l'a dit si souvent, pour leur enlever des trésors ou quelque ville, mais pour les scalper, pour arracher leur chevelure. Déjà , celles de Chararic et de son flis étaient tombées. Chararic pleurait : m C'est sur i un bois encore vert, lui dit son fils, que ce bran- < chage a été coupé, il ne se desséchera pas entièi rement et les feuilless'élanceront pour recroître. » La royauté barbare ressemblait à Samson ; sa force résidait aussi dans sa crinière. C'est h ce but que tendait le fils de ChilJéric C'est là qu'il dirigeait toute la férocité, tout l'orgueil^ toute la superstition du sang royal. « Meurs, « dit-il, en frappant le Mérovingien Bagnacaire , « toi , qui as humilié « notre lignage en te laissant lier (1). » Certes, à des paroles si hautes^ il faut reconnaître un sentiment héréditaire; une telle fierté ne s'apprend pas en un jour, et si grâce à un éloquent historien , nous sommes accoutumés maintenant à chercher partout l'empreinte des races , nous ne refuserons pas de reconnaître ici l'accent non moins énergique , non moins légitime de la race. Sans doute , on ne saurait trop le répéter , Clovis marcha dans une route sanglante, mais il marcha
(1) « Cur inquit bumiliasti Genus nostnim?» Il est donc clair qu'il s'agit ici d'hommes de la même famille , du même sang et non étrangers , confédérés.
à Tunité monarchique, au salut du monde moderne, et c'est seulement dans cet esprit qu'on pourrait dire avec Grégoire de Tours : Clovis marcha d'un cœmr droii devmt Dieu (1).
Vainement pour infirmer l'autorité de Clovis, on allègue qu'il ne fut point maître de tout ce qui compose aujourd'hui la France; s'il n'assujettit point la Gaule méridionale , si le royaume de Bourgogne n'appartint qu'à ses successeurs, il n'en est pas moins certain que du Rhin au Rhdne il imprima sa trace ; partout il ût germer sous sa lance, les semences fécondes de la royauté. A n'en juger que par la durée de sa vie et de son règne, l'action de Clovis fut bornée, mais à la considérer de plus haut , en faisant entrer l'avenir dans cet examen agrandi, il faut bien répéter avec Grégoire de Tours (2) : « Clovis fut grand et parfait champion (3) » et avec nos pères : i Clovis fut le fondateur de la monarchie française. #
Théodoric et Clovis se partagèrent le gouvernement de l'Europe. Jamais, quoique unis par des alliances , deux hommes plus divers ne furent appelés par la Providence à remplir un même des-
(1) « Ambolabat recio corde coram Deo. » Greg. Tur. looo dt. (9) Grég. de T. Livi I , chap. XII.
(3} Hic fuii magnos et pugnator egregius. U iaul lire : Deo comme nos pini.