LIVRE IV
sujets à des lois uniformes. Si cette réforme lui avait été suggérée par ses conseillers Galio-Romains on ses évèques, il l'aurait repoussée comme chimérique. C'est qu'une telle pensée devançait les âges» et que le fils de Glodion se renfermait dans son temps. Il n'en remplit que mieux sa destinée. L'un voyait de plus haut, l'autre de plus près. Théodoric, comme Napoléon, fut malhabile avec le clergé. Après l'avoir trop caressé, il le maltraita (1). L'hérésie arienne et la royauté impériale, mi-partie de romain et de, barbare, étaient deux éléments stériles. Le catholicisme et la royauté franchement héréditaire , devaient seuls porter des fruits dans l'avenir. Des traditions de race et de tribu éloignaient Théodoric de Torthodoxie; Glovis était païen, par conséquent convertissabie , avantage immense ! Mais comme rois issus de sang royal, leurs prérogatives étaient égales ; peut-être même les Amales l'emportaientiis par la célébrité et la gloire sur les Mérovingiens jusqu'alors peu connus.
Théodoric put se parer aux yeux des Romains de dix-sept générations de rois, tous dans la même famille de mâle en mftie sans lacune (2). Plus d'une fois il en rappelle la mémoire. Par l'étendue de ses états, par l'étalage perpétuel de son pouvoir, par
(1) Clovis s'en fit un appui mais sans esclavage. Le concile d'Orléans atteste son habileté.
(9) Voir cette Généalogie dans Jornandès , XIV.
UD reflet encore transparent de la grandeur romaine, Théodoric l'emportait sur Glovis aux yeux de leurs contemporains.
Dana Théodoric, supérieur à son époque, cet orgueil royal aurait dû amener la réforme du bizarre système de partage égal entre tous les enfants d'un roi. A la vérité, il n'eut point à se prononcer sur ce sujet important, n'ayant laissé qu'une fille et point de fils*
Le génie de Glovis n'était point de ceux qui corrigent et réforment l'avenir. Il n'eut point un seul instant la pensée de concentrer sa conquête entre les mains d'un héritier unique. Ses fils eux-mêmes ne purent songer à la possibilité d'un nouveau mode de succession; ce besoin d'unité avait poussé Glovis à la violence^ même au crime. La fièvre de la concentration du pouvoir ne posséda pas moins ses successeurs. Le partage était alors le seul mode légitime. Il s'unissait dans l'esprit des Barbares à l'idée d'hérédité, et toute infraction à cette coutume leur aurait semblé une violation de l'hérédité. Elle fut sacrifiée par les Goths, maintenue par les Francs.
CONSÉQUENCES |>E LA POLniQUE DE THÉODORIC— ABOLITION DE L'HÉaÂDITÉ EOTALE DANS TOUTES LES DYNASTIES GO- THIQUES. — REPBI8E DE L'ITALIE PAR LES GRECS. — CON- SÉQUENCES DE LA POLITIQUE DE CLOVIS,— AFFERMISSEMENT DE SA DYNASTIE. — STABILITÉ DE SA CONQUÊTE. — RELA- TIONS DES ROIS FRANCS AYEC LES ÉTÉQUES, AVEC LES LEUDES.— COALITION.— FÉODALITÉ NAISSANTE.
Les rois Goths d'Italie adoptèrent les mœurs et les lois de l'empire : leur domination dura soixante ans (1). Le royaume des Vandales en Afrique fut basé sur l'extirpation radicale et violente de ces mêmes lois : de Genseric à la conquête des Yan-
(!) De 493 à 553. Art de vérifier les Dates , T. IV, iQ-8^ Depuis Tbéodoric jusqu'à la mort de Tejas.
dales par Bélisaire, il n'y a que cent six ans (4). A la même époque, un autre barbare fonda dans les Gaules une dynastie qui dura deux cent soixantequatre ans (2), et une royauté dont la fin a quelquefois semblé prochaine , mais qui , Dieu merci, n'est pas à son terme. Pourquoi cette différence ? Les faits seuls doivent l'expliquer.
Après la mort de Tbéodoric, sous le règne d'Amalazonte sa fille et d'Athalaric sou petit-fils, l'affectation des mœurs et des lois Romaines reparut avec une intensité nouvelle. Gassiodore fut le maître abéôlu et unique des aifaires. On ne sait ce qu'il était devenu pendant la tempête qui enleva Boêce; sans doute,.il compatit à son mëlheur, maïs de loin , avec prudence et mesure. Important sous Odoacre et sous Tbéodortc , il ne s'était pas compromis , et se retrouva plus puissant que jamais. Bien que Gassiodore ait montré une ame généreuse
(1) 428 à 534, idem. De Genseric jusqu'au moment où Gdimer se rendit au générai Pbaras envoyé par Bélisaire. L'hérédité en ligne directe existait parmi les Vandales , puisqa'an de leurs rois prit la peiné de la détruire. ^ Geàsèric, dans la Tue de dona ner a son peuple les princes les plus sages et les plus expéri- « mentes de sa maison, avait réglé qu'on mettrait après lui sur le à trône celui de ses descendants qui se trouverait le pins âgé y « sans avoir égard\^ la ligne de primogénilure i et cela à perpé- <c tuité. Par ceue fausse politique il remplit sa maison d'assassi* (c tlats. Hunéric, pour faire tomber la couronne à son fils Hildicat, « fit massacrer ses frères et leurs enfants mâles. » — Art de vé^ rifierlêi dates, T. lY, in-6, p. 361.
(9) De 486 à 750.