‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 175 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

et un esprit prévoyant, en soutenant à ses frais l'armée et ie peuple dans un moment de détresse , le gouvernement qu'il dirigea seul , ne témoigne pas de son habileté. Toutes les fautes de Théodoric furent recommencées^ et une main vigoureuse ne retint plus les rênes de l'empire.

Cassiodore fit en quelque sorte du royaume d'Italie , un fief impérial. L'effigie de Justinien parut gravée sur la monnaie gothique , et le nom du roi ne se montra plus que sur le revers(l); jamais le grand Tbéodoric n'aurait consenti à cette concession honteuse qui depuis, servit d'exemple et de règle aux Goths Italiens.

Âthalaric descendu à la fois des Balthes par la ligne paternelle et des Amales par sa mère , périt jeune, épuisé de débauches. Après la mort de son fils, Amalazonte gouverna les Goths sans partage. La nature l'avait douée de nobles sentiments et de quelques vertus, mais la fusion incomplète, tentée par Tbéodoric, entre des mœurs incompatibles, avait faussé l'esprit d' Amalazonte. Docte, vertueuse peut*ètre , la fille du conquérant de l'Italie , crut pouvoir allier les goûts d'une civilisation raffinée aux procédés d'unepolitique sauvage. Entourée de savants et de rhéteurs, elle se livrait aux charmes des lettres grecques ou latines, et de la même bou--

(1) Giannone^ Slor. di Napoli^ T. I.

che qui récitait les vers de Virgile et d'Horace, die donnait l'ordre secret d'assassiner trois de ses sujets qu'elle n'osait livrer à la loi (1). Les Goths auraient pardonné volontiers à leur reine, la cruauté, la perfidie et même la dépravation des mœurs ; ils ne purent supporierses prétentions littéraires; déjà du vivant d'Athalaric, leur langage avait été menaçant* Dès lors, elle les avait blessés dans leur admiration pour le fondateur de leur puissance* Amalazonte avait porté atteinte à la mémoire de son père en relevant les statues de Boêce. Elle n'avait pas moins heurté le respect des Goths pour la royauté , en infligeant à son jeune fils une punition ignominieuse. Un jour, pour le châtier d'une faute , elle le frappa sur la joue, l'enfant roi sortit baigné de larmes; à cette vue la fureur des Goths s'échappa avec violence ; ils accusèrent la reine de vouloir faire mourir son fils, afin de prendre ensuite un second mari , et de régner avec lui sur les Goths et sur les Romains. Les chefs se rendirent auprès d'Amalazonte, et lui dirent qu'elle élevait mal leur roi. « Qu'y a-t-il de plus opposé à la bravoure que « de pâlir sur les livres ? Athalaric doit-il trembler « à la vue d'un pédagogue , veut-on en faire un « lâche? Théodoric n'avait-il pas défendu l'étude « aux enfants desGoths? H savaitbien, le brave roi,

(1) Greg. Tur. — Procop.

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