LIVRE IV
« que quiconque avait tremblé devant une férule « sentirait son cœur faillir en face de l'ennemi ; « c'est pourquoi, reine , chassez d'auprès d'Àthai laric tout ce troupeau de barbes grises, et c mettez avec lui des jeunes gens de son âge et € de son peuple qui seront désormais ses compa- « gnons (1). »
Las d'obéir aune femme toute romaine, les Goths la forcèrent de partager son pouvoir. Le choix d' A malazonte fut malheureux ; il tomba sur un homme qui, par l'exagération de ses défauts semblait une satyre vivante de cette civilisation avortée. Issu du sang royal, Théodahat remplissait la condition indispensable pour parvenir à la royauté chez les Goths, mais son avarice, sa lâcheté, son pëdantisme philosophique , le rendaient indigne de cet honneur. Il devint bientôt l'ennemi de la reine. Dans cette lutte, tous deux intriguèrent à Constantinople : Amalazonte avec Justinien, Théodahat, ou plutôt Gudeline , sa femme , avec Théodora (2) , fille de joie devenue Augusta. La réputation des Goths périt dans ces débats d'intérieur. Appelés par les deux partis, les Grecs espérèrent reconqué-
(i)Procop. — Sainte Marthe, Vie deCassiodore.
(9) Cas». Var. X, 19, 94. — Ici fioii le rôle politique de Cassiodore^ il mourut abbé de Viviers, après avoir coosacré le reste de ses jours à la piété et à la composition d'une grande Histoire des Gotbs, dont l'ouvrage de Jornandès n'est qu'un abrégé.
rir riialie, s'y préparérenl et n'attendirent qu'une occasion. Elle vint bientôt : Àmaiazonte fut étranglée par l'ordre de Théodabat. Justinien annonça la résolution de venger sa mort et déclara la guerre à l'assassin.
Les esprits étaient préparés à une révolution ; toute l'Italie soubaitait les Grecs. Le prestige de l'éloignement, une suite de régnes faibles et oppresseurs, avaient renouvelé l'influenoe des empereurs d'Orient j elle se raviva et grandit rapidement, par le grand acte qui décerne l'immortalilé à Justinien.
Le code de Théodosq ne suffisait plus aux besoins de Vcmpire ; dans l'opinion des Romains, il avait été dénaturé , souillé , par l'amalgame des lois germaniques. Ces codes d'Eurîc, d'Alaric, de Gondebaud, ces édits de Tbéodoric-le*Louchc, de Théodorie-l'Amale, composés de lambeaux sauvages, mal cousus à la pourpre de Théodose, leur semblaient une insulte et une profanation. Dès que la cour de Byzance eut pris connaissance des lois gothiques, où le génie de l'empire disparaissait sous un amas d'additions barbares, elle opposa à ce mélange une révision authentique et complète des lois romaines. Après une guerre sourde de sapes et de mines , après des intrigues d'ambassadeurs et de courtisans, Byzance résolut de combattre Ravenne par un contraste indirect mais frappant.