LIVRE IV
renoncé à leurs traditions. Ils n'en poursuivirent pas avec moins d'ardeur, dès l'origine, Tunité du pouvoir et du sol. Pour arriver à ce but , les moyens légitimes leur manquaient; ils ne trouvèrent que le meurtre ou la tonsure, mort civile par la perle de l'emblème royal. Le choix ne sem-^ blait pas devoir être douteux; la tonsure forcée était si odieuse que le meurtre fut généralement préféré. Sainte Clotilde sommée d'opter pour ses petits-fila, les aima mieux morts que tondus. Le cœur des femmes est l'asyle inexpugnable des anciennes mœurs, en elles l'habitude l'emporte même sur la foi. Clotilde a^ail enseigné le chrislianisme aux Francs y et cependant sa piété fut vaincue par l'orgueil héréditaire des races germaniques. Un cloître assurait la béatitude éternelle à ses petits-fils ; là , ils devenaient des saints , mais ils cessaient d'être des rois. Quoique sainte ellemême, la veuve de Clovis n'hésita point.
Tel fut le passage sanglant d'une autorité fractionnée à un pouvoir unique ; mieux que les déclamateurs , elle explique , sans les excuser , ces forfaits^ ces parricides , qui ensanglantent le seuil de notre histoire. Sous Clovlsi l'unité avait été en* trevue un instant , le pouvoir avait été réuni dans une seule main par le courage , l'adresse ou le crime; après Gtovis, le crime seul était resté, l'unité avait disparu, et les évêques en se déclarant pour
Thierry ou poar Glodomir , pour Ghildeberi ou pour Clotaire, n'appuyaient plus que des factions, et s'annulaient comme corps en se divisaiit. 11 n'y atait plus d'aristocratie épiscopale , mais des personnages puissante , les uns ecclésiastiques, les autres séculiers., les uns coiffés de la mitre, les autres du casque, enrôlés sous telle ou telle bannière. Tandis qu'entraînés par un vieil esprit de convoitise et de rapine vers un but grossière* ment matériel , les rois francs se disputaient une proie mesquine, un joyau, un vase (1), un trésor, toute une population vaincue assistait au champ clos ; population timide , assujettie , tremblaate mais spirituelle, civilisée, habile à profiter des faiblesses de ses vainqueurs \ population d'évôques, de sénateurs^ de curiales, devenue indispensable à ses maîtres et dont l'action puissante les enlaçait de toutes parts. Les factions se formaient. Chacun des rois rivaux s'appuyait sur des clercs illustres ; toutefois , ce fractionnement rendait l'appui du clergé moins décisif; on n'était plus au temps où Clovis marchait seul , entouré d'un cortège d'évôques. Maintenant les clercs étaient partagés d'intérêts et de factions. Associés à la victoire, ils couraient également les chances de la défaite ; tant6t
(1) Au commencement du sixième siècle, Dagobert eou^e en > Espagne pour conquérir un yase dor pesant 500 livres. (Fredegaire.)