LIVRE IV
vaincus tanlôt vainqueurs, ils n'étaient plus les dominateurs des événements y mais les jouets d'une tyrannie passionnée et capricieuse.
Les rois avaient donc cessé de ménager Tépiscopat comme corps. Ce revirement s'opéra même avec une rapidité singulière ^ on en voit une foule d'exemples sons les règnes de Thierry et de Glotaire I" fils et petit-fils de Glovis. Dans les guerres civiles, les troupes pillaient à tour de râle les églises et les sanctuaires. On dépouillait les évéques de leurs biens, on les arrachait de leurs sièges, on les jetait en prison (4). Après la mort de sainte Glotilde leur protectrice, ils furent attaqués non seulement par une violence passagère, mais par les tentatives de la législation. Un édit de Glotaire T', retiré par ce roi, rétabli par son successeur, ordonna aux églises de payer au fisc le tiers de leurs revenus. Tous les évoques y consentirent. Grégoire de Tours ajoute naïvement qu'ils ne le firent pas de leur plein gré (2).
Glotaire V les traitait encore avec quelque ménagement. Plus affermis dans leur irrévérence^ ses fils furent moins timides ; ils ne s^arrètèrent pas à des vexations fiscales, ils attaquèrent i'épiscopat dans le mode même de son institution.
(l)Greg. Tur.IlI. 35.
(2) Inviti.
Ils ne bornèrent plas la noniinatiob royale i qud* ques cas d'exceplion comme l'avait fait Glovis (4) dans le concile d'Orléans; ils prétendirent nommer tous les évèques et essayèrent d'abolir les élections populaires (2) ou pour mieux dire aristocratiques, qu'ils déclaraient abusives et caduques. Ils y réussirent avec une facilité qui prouve à la fois et la déchéance de l'aristocratie locale qui dirigeait ces comices, et l'indifférence du peuple dont la prétendue intervention se bornait depuis longtemps , à une sorte de compérage chapitrai. L'épiscopat cherchait à maintenir cette forme antique ; les rois Francs lui en dénièrent le droit ; ils soutinrent la nécessité de la sanction royale, quelquefois même ils nommèrent les évoques de leur propre mouvement , et se refusèrent à reconnattre les élus du peuple.
Ainsi se. trouvait alors en germe, la grande question qui plus tard déchira l'Europe. A cette époque, elle ne formait encore qu'une guerre intérieure et obscure, dont les traits se trouvent à chaque page dans l'histoire ecclésiastique de Grégoire de Tours. Tantôt les rois nommaient directement les évèques, tantôt ils soumettaient à leur volonté préalable la cérémonie de l'élection par le
(1) Greg.Tur. III, 15.
(3) Greg. Tur. IV, 2