LIVRE IV
clergé local (4). Quelquefois même ils s'en passaient tout à fait (2). Léonlius , métropolitain de la seconde Aquitaine, ayant dégradé un évèque nommé par un décret de Ciotaire, envoya auprès de Caribert un prêlre chargé de faire entendre raison à ce roi. Garibert , frémissant de colère^ le fit arracher du palais, le jeta sur un chariot rempli d'épines et le fit traîner en exil, t Penser- tu donc, lui dit-il, c qu'il ne reste plus personne parmi les fils de Cloa taire^ qui sache maintenir les actes paternels, et « qui permette que les évèques rejettent sans s'en <i référera notre jugement, l'homme que la volonté « royale a choisi. » Aussitôt le protégé du roi fut réintégré et les évoques récalcitrants, le métropolitain en tète, rançonnés chacun selon ses moyens (3). La colère des rois contre les évèques ne se bornait pas aux exactions des officiers publics; des sévices suivaient quelquefois les menaces , on en venait à l'action, et pour tout dire, aux soufflets (4). Un jour on mit le feu à une église où se tenait l'évèqueavec son clergé, pour faire périr un coupable qui avait conquis un asyle à main armée (5).
(1) Greg. Tut. IV, 15.
(3) Greg.Tur. VI, 37, S8, 39.
(3) Greg. Tur. IV, «.
(4) «Alapisocciditepiscopum. )»Greg. Tur. Vil, 97. — Littéralement : Il assomma Tévéque de soufflets.
(5) Aventure de Gontran Bozon, admirablement racontée par M. Thierry. — Récits mérovingiens. T. II.
Souvent la politique et la ruse étaient subslituées à la violence ; quelquefois les rois essayaient de gagner les évèques à force d'argent. Lorsque Frédégonde se fut déclarée contre Prétextât, une foule d'évèques abandonnèrent leur frère de Rouen. La cupidité des rois Francs n'était pas moins intéressée que leur puissance à l'oppression de l'épisco* pat. Souvent le candidat leur envoyait des objets précieux achetés des Juifs. L'un d'entre eux promit à Chilperic cent sous d'or (1). Les conciles provinciaux loin d'être une garantie pour les évêques, les abandonnaient à toute la violence du courroux royal. Il était aisé aux rois de se former une majorité dans ces assemblés. La politique de Clovis avait porté ses fruits. Tel riche évéque entouré d'une population nombreuse d'ouailles héréditaires, aurait bravé la colère du Mérovingien, dans sa propre église, mais devant un concile, loin de sa clientelle, entouré de rivaux, souvent d'ennemis, il était isolé , abandonné, et succombait victime d'une juridiction d'autant plus irrécusable, qu'en apparence, elle constituait un privilège (2).
Les relations des rois avec les grands n'étaient pas moins hostiles; d'un côté l'infidélité, de l'autre l'arbitraire, et desdeux parts la perfidie. Nulle sé-
(1) Greg. Tur. VI, as.
W Greg. Tur. IV.