‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 183 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

curité: ni roi, ni leude n'était sûr du lendemain; chaque partie de chasse était pour les rois autant de pièges, et plus d'une fois le son du cor annonça leurs funérailles. Pour les grands, être appelés au palais, c'était courir à une mort presque certaine. Geux-<;i sont massacrés à table par Tordre de la reine dont ils portent gaiment la santé ; celui-là penché à une fenêtre regarde un com* bat de bètes féroces et leur est jeté lui-même en pâture.

L'Eglise offrait encore un asyle et une sauvegardej mais n'être ni clerc, ni évêque, ni moine^ c'était vivre sans aucune garantie. Jusqu'alors ennemis, les évêques et les leudes se rapprochèrent, et trouvèrent un lien puissant dans un commun malheur. Si la rivalité de la Royauté et de l'Episcopat résultait des faits eux-mêmes, celle des rois et de leurs hommes d'armes n'était pas moins inévitable. Ils ne pouvaient plus demeurer dans leurs anciennes relations. Le lien de la conquête ne les unissait plus, et le désir de la conservation les séparait violemment.

Le violence n'était pas seulement du côté des rois : un leude égorgeait dans une forêt un roi, ses jeunes enfants et sa femme enceinte.

Quant à l'épiscopat, il ne faudrait pas croire que faible et désarmé, il baissât la tête sous le joug. Loin de là; si l'épiscopat ne fut pas toujours vain-

queur, il le fut souvent, et surtout il ne désespéra jamais de la victoire. L'oi^œil des évèques était très grand; dès lors, ils s'arrogeaient hautem^it ie droit de dominer les rois^ dont ils regardaient la dignité comme passagère en comparaison de la leur. A les en croire, la couronne était transitoire, la mitre seule inamovible. L'évâque de Rouen, Prétextât, osa dire à Frédégondequi le menaçait : « Moi, dans l'exil ou hors de Texil^ toujours je c< fus, je suis et je serai évèque, mais toi, tu ne « jouiras pas constamment du pouvoir royal ; « Dieu aidant, nous passons de l'exil à Ja toute « puissance» mais toi tu seras plongée du pouvoir u suprême dans l'abyme. » Poussé à bont, Vépis* copai déclara la guerre à son tour. Le temps des ménagements était passé, le principe de discorde contenu par la main deClovis réagit contre ses successeurs. L'épiscopat tendit à son but par deox moyens : Tallianee grecque et la coalition aristocra* tique cléricale. Les évèques commencèrent par nouer des intrigues secrètes avec la cour de Con* stantinople et avec les papes dévoués alors aux Césars de Byxanee en haine des Lombards, nouveaux conquérants de l'Italie. Théodore de Mar* seille, iGgidius de Reims, Syagrius d'Autun, Flavius de Chalon-sur-Saône, d'autres encore, aidèrent la politique byzantine en suscitant sous le nom de Gondevald, un faux Mérovingien.

Dans celte oonspiration sacerdotale on reconnais^ sait à leurs casques, à leurs épées> Salonius d'Embrun et Sagittaire de Gap. C'étaient deux guerriers redoutables, les précurseurs des évè^ues soldats du moyen^ge. Rien ne fut épargné par Gondevald pour se faire reconnaître comme client, comme vassal de la covr de Constant inople ; a Texemple des rois d'Italie, successeurs de Théodo* ric^ il frappa monnaie à l'effigie impériale (i)^ enfin, et ce dernier trait est le plus décisif, il se soumit i la cérémonie du sacre, adoptée depuis peu en Orienii Tavènement de LéondeThrace, et imitée dans toutes les contrées où régnait la théocratie (2). L'évéque de Bordeaux Bertram reçut l'ordre de verser sur sa tète Thuile sainte; mais un obangement était possible, et l'évèque se fit excuser. 11 (Mréiexla un mal d*yeux. Le prudent Bertram avait raison ; la réaction ne se fit pas attendre, Gonde* vald périt, le belliqueux Sagittaire tomba à ses o6tés, et la ligue épiscopale fut dissipée (8). Toute l'ancienne aristocratie Gallo-Romaine, ecclésîa»* tique et séculière, avait trempé dans ce complot.

(1) Histoire de Gondevald, etc., etc., etc., pour servir d'expli'» cation à des médailles frappées à Arles et à Marseille au coin de l'empereur Maurice; par M. Ronamy. Académie des Insoriptions et BeUes-Lettres, T. XX.

(9) Espagne gothique et Angleterre saxonne.

(3) C'est dans M. Fauriel (Gaule Méridionale , T. II.) qu'il faut lire ee euriein épisode.

Dédaignée, ignorée de ses maîtres, elle avait cru retrouver l'existence sous la suzeraineté de Fempire qui alors était invoquée par toute l'Europe contrôles barbares. Moins d*un siècle auparavant, ils avaient été partout appelés contre TEmpire. Cette hostilité réciproque n'avait point pour unique cause les bouillonnements d'un sang tragique; c'était l'expression d'une lutte nécessaire et d'un intérêt vital. L'épiscopat, accoutumé à perpétuer par une voie presque héréditaire, son droit de possession ou tout au moins de patronage, cherchait le maintien de sa prérogative dans la continuité du droit d^élection ; les leudes à son exemple , voulaient donner à leur conquête une garantie de sécurité ou de durée, ils voulaient que tout devint alleu ; mais les rois avaient un intérêt bien différent, leur vœu le plus cher était que tout devint bénéfice. Pour atteindre à ce but, ils s'emparaient des élections, brisaient les relations sociales, augmentaient le nombre des sièges métropolitains et surtout multipliaient les conciles qui, ainsi que nous l'avons dit, détruisaient la valeur individuelle de chaque évêque en Téloignant du centre de son influence naturelle et laissaient à la royauté la chance de gagner ou d'intimider une majorité flottante. Quoique les leudes n'eussent point à alléguer de droits anciennement acquis, la politique royale était la même à leur égard. Avec les évêques il s'a-

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