‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 184 sur 191 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

gissait (lebriaerun pouvoir ancien; avec les leudes, (le prévenir une puissance nouvelle. Vaincue, anéantie^ la noblesse gauioisechangea de politique ' elle renonça à des prérogatives déchues, à des souvenirs impuissants, se rapprocha des vainqueurs, et cessant d'être Gallo-Romaine, devint Gallo-Franque. Du génie aristocratique jusqu'alors étranger à des nomades tels que les Francs, mais conservé dans les Gaules par les évéques, et de Télément militaire apporté dans les Gaules par les invasions Germaniques, naquit un esprit nouveau, souffle générateur de la féodalité. Déchu de ses droits propres, tant par la multiplicité des conciles que par un mélange forcé de serfs et de barbares, l'é** piscopat gaulois sans dessein peut-être^ avait profité de cette invasion pour se reconstruire en se transformant. Dans ses conditions anciennes, ne touchant qu'à la race gauloise, il serait resté isolé; retrempé au sang vigoureux des conquérants, il demeura national. Il se recruta de nouveaux chrétiens. De là pour Tépiscopatun moyen plus immédiat d'influence sur le peuple, mais aussi une cause de dissentiment avec les rois. Cet épiscopat de formation récente, mêlé de Gaulois et Francs, né sous les yeux de Ctovis, presque tout entier nommé par lui, n'avait plus pour les fils du conquérant le près* tige de ces grands évoques qui s'avancèrent au devant du Sicambre, portant d'une main la croix,

de l'autre un débris du globe impérial. Les successeurs immédiats de Glovis se virent placés sous le coup d'une même menace ; dans un commun danger, les deux fractions d*éKte du royaume Gallo- Franc se réunirent. Chacune apporta à la communauté des facultés impuissantes dans l'isolement, souveraines dans la cx)alition.

Du côté des Gaulois, habitude d'une longue possession , d'un patronage héréditaire , mais absence totale de force matérielle. Du côté des Francs, plénitude et surabondance de cette force ; iégisia* tion rigoureuse en matière de propriétés» mais inexpérience absolue d'une possession immeuble et d'une vie stable. En se réunissant, les uns trouvèrent une tète , les autres un bras ; ceux-ci une défense, ceux-là un conseil. Ainsi dès cette époque reculée^ on voit germer et poindre la Féodalité. Des exemples extérieurs, surtout celui des Lombards, contribuèrent à son développement.

LES LOMBARDS.— €BE¥ALER1B.--0LI6ARCHIE. —LES TRENTE- CINQ DDC8. — ACTION RÉCIPROQUE DB8 PRANCS SUR LES LOMBARDS ET DES LOMBARDS SUR LES PRANCS.— INTERVEN- TION DE LA PAPAUTÉ.

Les Lombards avaient aussi leur famille de rois. Paul Diacre et , avant lui, le préambule des lois de Rotbaris nous en ont conservé la généalogie complète. La parfaite concordance de ces deui^ monuments et le soin avec lequel ils sont dressés, viennent suffisamment à Tappui de notre opinion sur l'importance des dynasties authentiques, parmi les

barbares. Après des rois appelés Cuningi qui semblent moins un nom de famille que la désignation germanique du titre royal lui-même (Gunning, Kœnig, etc.) (1), on voit une longue suite de rois de la race des Adalinges; puis arrivent les Gausi , dont Alboin descend. D'après une observation que nous avons déjà faite et qu'on pourrait ériger en règle générale , ces changements de dynastie appartiennent toujours à l'époque où les barbares ont eu le plus de rapports directs avec l'empire romain. En effet, c'est à Adoiu, père d' Alboin, que remonte la chute des Adalinges.

Des événements analogues se passèrent alors. €hez les Gépides. Il paraîtrait même d'après îe récit de Procope, qu'il y eut dans ces transformations quelque chose do* systématique. Le nouveau rot Gépide avait accueilli l'ancien roi Lombard , et le nouveau roi Lombard avait donné Thospitalité au chef de l'ancienne dynastie Gépide; puis, d*un commun accord, ils se sacrifièrent les deux prétendants.

Avant la conquête de l'Italie , Aiboin est déjà le héros des Lombards. Dans un combat contre les Gépides, il rencontre le fils du roi de cette peuplade, le jette à bas de son cheval et le perce de sa lance ;

(1) Voir les Prolégomènes. M. Lco, historien allemand de TIUlie, est aussi complet sur les Lombards qu'insuffisant sur les Goths orientaux.

les Lombards prieni leur roi d'admettre au nombre de âes convives le fils compagnon de ses travaux, c Ne connaissez- vous pas nos usages? leur répond I le vieillard, ne savez-vous pas que le (ils d'un roi (c ne peut s'asseoir à la table de son père qu'après i avoir été armé par un autre roi ? » Alboin entend ces paroles, prend quarante guerriers et va trouver Thtirisand , roi des Gépides, père du jeune homme qu'il avait tué de sa main, et lui signifie le motif qui l'amène (1). Thurisand le reçoit bénignement, l'invite à sa table et le met à sa droite, à cette même place où le vieillard avait jadis l'habitude de faire asseoir son fils. Au milieu du festin, voyant l'assassin de ce fils si cher assis à sa place, il pousse de profonds soupirs et ne peut contenir sa douleur. < Cette place est douce à mes M yeux, dit-il, mais qu'il m'est dur de voir celui « qui l'occupe! » Alors, le second fils de Thurisand, excité par les paroles de son père, charge les Lombards d'injures. Alboin et ses compagnons leur répondent. Tous se lèvent en tumulte et saisissent leurs épées. Mais le vieux roi s'élance de son siège, se jette au milieu des combattants et arrête la colère des siens en leur disant : <( Dieu ne peut bénir une victoire gagnée par la mort d'un hôte. » Le tumulte apaisé, tous retournent au festin. Cependant Thu-

(1) (( Causamque quà venerat inlimabit. »

risand prenant les armes de son fils, les donne è Alboin^ et le renvoie en paix au royaume de son père. Alboin de retour, devient enfin convive du roi, el joyeux au milieu des délices royales , raconte de point en point, tout ce qui lui est arrivé chez les Gépides. Les assistants, pleins d*admîration, célèbrent l'audace d^ Alboin et n'exaltent pas de moindres louanges la foi insigne de Thurisand (1).

.N'est-ce pas déjà la chevalerie tout entière? et de plus quel culte pour la royauté ! combien le respect du rang suprême, la sainteté, la vénération de ses droits, lecaractère sacré de l'investiture royale^ sont exprimés avec force et candeur ! Le reste de la légende d' Alboin nous ramène à des mœurs analogues et, pourtant, d'une forme plus sauvage. On sait comment il força Rosemonde à boire dans le crâne de son père^ et comment la fière Gépide poignarda le tyran dans son lit.

La mission du peuple à la longue barbe fut d'ap* porter en Europe un élément nouveau et fécond : le génie chevaleresque et féodal. A quelle source avait-il puisé cette initiation puissante ? C'est un point que l'histoire indécise n'a encore touché que par conjecture; il serait trop malaisé de remonter jusqu'à ses origines. Les effets en étaient sensibles.

(1) Pauli Dîaconi de Gest. Lang. Liv. I, Ch. XXIII. ^ Apud Muratori, Script. T. f , p. 4)4.

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même avant Tapparition de ce peuple ou plutôt de cette armée, car. il se donnait lui-même le nom d'armée (1).

Peut-être après tout^ ce que nous appelons C/i^ Valérie n'est-il que l'esprit barbare pur, sans mélange d'imitation romaine. Arrivés tard dans l'empire, (car les Longobardi de Tacite sont un autre peupie) les Lombards n'eurent pas le temps de se fon-. dre au creuset de Rome, déjà détruite ou gouvernée par les Goths. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'un, merveilleux mépris de l'empire et de ses lois signala leurs débuts en Europe. Mais à peine investis de leurs conquêtes , ils se sentirent à leur tour troublés, enivrés des vapeurs antidynastiques qui s'exhalaient des glèbes Ausoniennes. Après la mort d'Alboin leur chef, ils déférèrent la couronne à Klefi, de la race de Beleos ; puis , fatigués de ses cruautés, les généraux de l'armée prirent un parti singulier et unique dans l'histoire.

Ils écartèrent les enfants de Klefi, et résolurent de se passer des rois. Les ducs se déclarèrent indépendants. Chacun retint le gouvernement de sa ville et des terres environnantes. Ainsi furent gouvernés Pavie, Milan, Bergame, Trente, Brescia, le Frioul, et avant tout Bénévent, le nid féodal le plus

(1) Dans les lois lombardes , les hommes libres sont nommés eârercifiw, année. V. Rolb. Liutpr. leges apnd. Murât. Rcr. liai. Scr.T. Il, p. i et 2.

vieux et le plus tenace. Ces chefs régnèrent dix ans ftu nombre de irenle-cinq (1).

Selon quelques historiens ce fut un souvenir de l'antique Orient (2) ou tout au moins des Germains qui^ dit-on , ne connaissaient que des chefs avant d'avoir créétles rois. Celte dernière conjecture est démentie par des Lombards eux-mêmes, gouvernés depuis longtemps par plusieurs dynasties successives. Ce fut un caprice sans antécédents, le crime d'un despote, plus que le souvenir des forêts de la Pannonie.

Ce qui prouve au reste que ce régime n'avait rien de national , c'est qu'il n'eut rien de durable ; il tomba précisément par un retour aux traditions anciennes. Autliari fut appelé au trône. Ce nouveau roi divisa en dix parts avec chacun des chefs tous les droits et tous les revenus des villes, s'adjugea la moitié et leur laissa l'autre, se réservant la domination suprême, et leur abandonnant le gouvernement immédiat de leurs duchés à titre héré-

(1) Giannone.— Léo, Hist. d'Italie. T. I,p. lOBde la tradnctioD française.

(9) Avant la mort deNcchao, TEgypte passa de la monarchie à fa dodécarcliie, c'est à dire qu'elle n'eut point de rois et fut partagée entre douze gouverneurs. Ce régime dura quinze ans (de 653 ^ 667 avant l.-G.) Psammitique, l'un des dodécarques, renversa ses onze collègues, et à l'aide d'étrangers appelés pour la première fols en Egypte, rétablit en sa personne la puissance et runîlé royales.

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