LIVRE I
Les suecetseurs d'Auguste ODt songé plus d'une fois à prendre le titre royal, et, tout en restant em-^ pereors, ils ont fini par établir la royauté.
Enfin, ce titre d'empereur dans le sens absolu que nous lui prêtons aujourd'hui, était totalement inconnu sous les douze Césars, et ne commença à poindre que sous Yespasien ; encore ne fut-il ni constamment adopté, ni généralement compris.
Le titre d'empereur, dans son acception moderne, est une création de Charlemagne, qui, lui aussii croyait imiter et continuer Rome. Cette erreur d'optique a fasciné tout le moyen âge et l'époque qu'on est convenu de nommer Renaissance. Les commentateurs, les publicistes, les historiens, les numismates allemands l'ont accréditée pour donner à TemjHre germanique l'appui et la consécration des s^les. Entraînés par un esprit de nationalité qui seul pouvait troubler leur candeur naturelle, mais qui l'a troublée profondément , ils ont exagéré à dessein la valeur de quelques expressions. Dans ce je ne sais quoi sans nom appelé Imperium, ils ont voulu voir la pleine puissance, la puissance absolue i la fois militaire et civile; enfin, ce qu'on nomme empire dans les temps modernes (1). L'éclat d'un
(1) Spanhemius , de Praestantia eiu»u numismatum. Ainstelodami, 1717, T. 11-^ p. iSO.—Eckbel, Docirina nummorum vêleram. Yindobona, 174S, pars secunda, vol. VIII^ p. 343 et principalement p. 347. —a Ex verboadeo Dionis piane liquct, dit £ckhel , in posiremo hic sensu dictus imperator, summam iu
exemple récent a pu eontribaer à nous jeter nousmêmes dans cette voie.
L'autorité des magistrats collectifs que nous nommons empereurs romains , était anonyme ou du moins elle n'avait aucune désignation stable, précise, et qui lui fAt exclusivement propre.
Il en devait être ainsi, car elle n'était dans Torigine que la réunion viagère sur une seule tête, de toutes les magistratures réparties jusqu'alors temporairement entre plusieurs individus.
Cette réunion ne forma point un corps, elle ne fut jamais constituée d'une manière indivisible, elle fut, à son origine du moins, fortuite, indéterminée et progressive.
Le chef de l'étal ne prenait pas une qualité unique, eomme les empereurs ou les roisi chefs de nos gouvernements modernes. H se nommait à la fois :
César,
Auguste ,
Empereur (imperalar) ,
Prince.
Ces quatre titres désignaient également sa dignité.
republica potestatem naetum fuisse. » ^ D'abord Eckhei force le sens de Dion, eusuîte il oublie que eel écrivain grec applique sans cesse k la première époque des Césars les idées do temps de Commode el de SepUme Sévère. Eckhei était numismate de la cour de Vienne.
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César et Auguste : Tun nom de famille , Tautre surnom , devenus titres exclusifs du chef de Tétat ; réunis d'abord en sa personne , partagés ensuite , comme nous le verrons plus tard , entre les souverains et leurs successeurs désignés.
Imperaior : les acceptions de ce mot étaient diverses. Sans entrer dans les subdivisions arbitraires des commentateurs , nous nous bornerons à dire que le titre d'Imperator était tantôt prênomen et tantôt cognomen (1).
Les Romains avaient trois espèces de noms : preuomen (qui répond à notre nom de baptême) , na* men (le nom de famille) , cognomen (surnom qui servait à distinguer la branche particulière, à indiquer le nombre des dignités dont la personne était ou avait été revêtue). Le cognomen d'Imperator désignait) soit le commandement des troupes à la nomination du sénat, soit l'acclamation du général par son armée sur le champ de bataille. Il se plaçait après le nom avec le chiffre destiné à marquer le nombre des commandements décernés ou des acclamations obtenues. Cette forme, usitée pendant toute la durée de la république, a été presque invariablement conservée par les Césars jusqu'à Vespasien. Ainsi: CiËSAR.-AUGUSTUS. COS. XI.
(1) Suet. inCses. LXXVIcum auimadv. Gasaubooi. — Spaii* heimus. Eckhel Ihmitm. Méiuoire de l'Académie des In&c.
PONTIFEX. IMP.VIll; ou bien : NERO. CLODIUS. CiESAR. IMP. VIII, COS. III. Avant rétablissement de l'empire, un Fabius , un Scipion ne s'était pas désigné autrement , et les médailles des républicains Brutus et Gassius sont, entièrement conformes à ce modèle (i).
Leprenomen A'Imperator était plus étendu et plus significatif. Il ne pouvait être que le privilège d^un seul homme ; il n'était le signe caractéristique d'aucune autorité civile, encore moins du pouvoir souverain dans toutes ses attributions, mais celui de la puissance militaire , absolue et illimitée. Dans ce sens, le tilre d'Imperaior précédait le prénom et se confondait avec lui. A en juger parles médailles^ César dédaigna de le prendre, car on ne peut le soupçonner, à cet égard , ni de crainte ni même de prudence. Marc Antoine ramassa ce que le divin
Jules avait laissé tomber. Octave, pendant le trium-
(1) M. J. BRUTUS. IMPERATOR. — C. CASSIUS. IMP. LI- BERTUS. Voir Eckhel , pars. 1 , vol. VI, p. 19.
En effet, aucune médaille de Jules César ne porte le p. d'emp. à la tête de ses noms. Il faut bien croire avec Dion que cette dignité fut déférée au dictateur; mais lorsque l'historien ajoute que ce fut à titre héréditaire, il cesse d'être croyable. Ce n'est pas une Idée du temps de Jules César, mais une inspiration de l'époque de Sepiime Sévère ; alors l'hérédité était dans tous les esprits, effroi des uns, espérance des autres. Cette assertion de Dion Cassius doit être assimilée au prétendu décret qui permettait à Jules César la jouissance de toutes les dames romaines. Pour imaginer pareille chose, il fallait avoir déjà passé par Caligula, Néron clDomilien.
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virât, avait adopté ce protocole. Il s'était fait Dominer dans les inscriptions et les monnaies : IMP. CiES. DIV. F.(l). Mais, passé Tannée 718, il renonça an prenomeHy se borna au cognomen^ et, sauf quelques tentatives assez rares de Néron et de Galba , le prenomen d'Imperator ne reparut plus que sous Vespasien.
Tibère fît mieux, il ne voulut jamais s'intituler Imperator dans l'enceinte de Rome (2), il ne se servit même du nom héréditaire d' Auguste qu'en écrivant aux rois et aux dynastes, comme les rois de France se traitent d'empereurs dans leurs relations avec la Porte-Ottomane. Le mot que Dion attribue à Tibère suffît d'ailleurs pour fixer toutes les incertitudes : « Je suis, le prince du sénat, l'em- < pereur des troupes et le seigneur de mes esr « claves. »
Le titre impérial ne fut donc que l'expression de la puissance militaire ; il n'avait point de force ni même d'emploi dans Rome, où, conformément aux traditions de la république, l'habit guerrier n'osait point paraître. Les Césars évitaient également de se montrer au peuple romain revêtus des insignes de
(1) Eckbel pars. II, vol. VI. lime semble qa'au lieu de traduire l'inscription d'Auguste par Imperator Cœsaris Divi Filius , il se^ raît ptos naturel de la lire ainsi : ImperaUms Cœsaris DM Filku, ce qui justifierait l'opinion de ceux qui prétendent qu'Auguste ne prit jamais le prenomen d[ Imperator,
(S) Vitellius fit à peu près la même chose.
l'empire*. Ils reconnaissaient aussi qu*à ce litre, ils n'avaient aucun droit sur les citoyens.
Cette dignité ne fut même point exercée sans partage; Auguste la conféra à Drusus et à Tibère^ qui devenu maître à son tour en investit ui. eertain BI9&8US, vainqueur d'un chef de voleurs etentiëremeut étranger à la famille impériale (1).
Il était même très rare^ du moins sous les douze premiers maîtres de Rome, qu'on les désignât dans le langage hiabituel par le nom d'empereur. Généralement on les appelait : César, Auguste et Prince. Ce titre de Prince n'est qu'une abréviation de Princeps Senatu8 , Prince du sénat. Le vrai titre des empereurs romain^ était donc Princépgj etcelui de leur autorité Prineipatus , d'une manière moins générale cependant et moins officielle qu'on ne pourrait l'inférer de Tacite, qui ne s'est servi aussi souvent du mot Prtnctpaltis que parce que toute autre expression lui a manqué.
A la qualité de prince et d'empereur , Auguste joignait encore celle de père de la pairie et de préfet des mœurs. Il avait refusé le tilre suranné de censeur > quoiqu'il en exerçât la magistrature, par laquelle il pouvait exclure qui bon lui semblait du sénat, sous prétexte ou pour motif d'indignité, il était encore Souverain Pmti/e ou chef de la religion. Nous reviendrons plus lard sur ce grand privilège.
(1) Tac. H. An. Il