‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 22 sur 191 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

Auguste refusa obstioémeut le titre de dictateur,* D'abord Tribun et Consul , ii rejeta ces dignités , tout 60 conservant un tribunat et un consulat perpétuels, le premier sous le nom de Puissance Tribuniiieimef le second sans nom* Il remplaça une autorité palpable , connue, définie, par un pouvoir d'autant plus dangereux qu'il était insaisissable et pour ainsi dire métaphysique. Loin d'être le ca- INrice d'un jour, ce fut le résultat de combinaisons lentes et profondes. Auguste abdiqua le tribunat sous prétexte de son incompatibilité avec le rang de sénateur ; mais à l'abri de la Puissance tribum-tieme , il devint le maître de Rome. Il le devint surtout en héritant du privilège exorbitant qui déclarait sacrilège quiconque attaquait, même en paroles , un tribun dans l'exercice de sa charge. Défenseurs des citoyens, les tribuns exerçaient dans la ville un immense pouvoir. Ils avaient le droit de convoquer et de dissoudre les assemblées du sénat. Malgré les mots Trib. Poiest. soigneusement rappelés sur les médailles et dans les actes , Auguste fit nommer des tribuns ordinaires, et chose plus étrange ^ il partagea avec Tibère la Puissance tribunilienne elle-même; car c'est d'elle qu'avant son avènement à l'empire, Tibère data ce que nous appellerions son règne.

Depuis la bataille d'Actium, Auguste avait rejeté le titre odieux de Triumvir et pris le nom. révéré de

Consul. Rome comptait les années par les consulats. Cette variété de noms amusait son inconstance et sa curiosité; il n'y avait pas d'ailleurs d'autre moyen pratique de classer et de reconnaître les époques. Recevoir continuellement le consulat, c'était, d'après l'expression de Pline, créer une année sans/ln. Auguste craignait de déplaire au peuple , s'il dérangeait ses habitudes. Il redoutait surtout de lui rendre son esclavage trop visible, en présentant sans cesse à ses yeux le même homme revêtu de la pourpre et accompagné de licteurs. Il préférait un consulat perpétuel, mais inaperçu, «i un consulat iàstueux et temporaire. 11 résolut donc d^amener ce changement , mais sans avoir l'air de le provoquer. A un renouvellement d'aanée , Auguste refusa la dictature qui lui était déférée. Les sénateurs, les chevaliers , le peuple , ce peuple républicain I eurent beau se jeter à ses pieds et le menacer de réduire le Capitole en cendres , s'il persistait dans son refus ; il s'y obstina ^ déchira ses habits , découvrit sa poitrine , tomba à genoux comme pour demander grâce et quitta la ville (1). Tandis qu'il se promenait en Sicile , qu'à l'exemple d'Alexandre, il se divertissait à voir brûler un philosophe indien; tandis qu'il récompensait Sparte , punissait Athènes et déployait devant les rois d'Asie toute l'ampleur de la majesté romaine ;

(1) Dio LIV. — Suet. Aug. LUI.

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