LIVRE I
les troubles des derniers jours de la république y renaissaient plus menaçantsque jamais; les brigues, les factionsy se reformaient comme au temps de Marins et de Sylla (1); Tanarchie semblait imminente. C'est précisément là qu'Auguste attendait les Romains. Rappelé par les cris des sénateurs épouvantés et par la voix touchante des poètes ai-^ mes (2)^ il rentra dans Rome, non en triomphateur mais sans bruit, nuit close, « afin, «disait-il, « de ne déranger personne (3).» Dès le lendemain les offres du consulat recommencèrent ; il les refusa par modêOêe; m c'était un trop grand honneur pour un homme de paraître toute sa vie revêtu des ornements consulaires ! Il les acceptera peut-être par la suite , des bontés du peuple , mais rarement : une ou deux fois tout au plus , dans des circonstances solennelles, telles que la prise de la robe virile par les jeunes Césars, ses petits-fils. Le reste de ses jonrS) il se bornera à exercer sans aucun titre , surtout sans aucune marque extérieure, la puissance consulaire, secontentant, comme distinction^
(1) Dio un, LIV.
(9) « Sauveur dç Rome, reviens, reviens I Tu l'as promis ^ Rome t'appelle, la mère du nautonier, Tœil fixé sur le rivage, n'attend pas son fils avec plus d'impatience. »
« Oivis orte bonis, opUmeRomule, »
Q. Hor. Flac. Lib. IV, Od. 5, (3) DioLIV.
d'un siège au sénat entre les deux consuls ; heureux de suivre à pied leurs chaises curules et de rendre ainsi à la république T hommage d'un simple citoyen. » Tel était le langage d'Auguste.
En vertu de la puissance consulaire^ les Césars exerçaient une prérogative exorbitante. Ils rendaient la justice en personne; leurs arrêts judiciaires avaient force de loil Lève-toi j boutreml dit Mécène à Octave^ qui, par vieille habitude, entassait du haut de son tribunal les condamnations à mort. Les successeurs d'Auguste n'imitèrent qu'en partie son exemple ; ils se levèrent rarement. Poussait à l'excès une si pernicieuse manie , Galigula voulut supprimer, tous les jurisconsultes. Hadrien fil le métier de préteur dans une bourgade d'Etrurie, et celui d'archonte à Athènes. Suétone et l'Histoire- Auguste rapportent de nombreuses contraventions à cette loi de l'éternelle justice qui distingue le trôn^ du prétoire, et le magistrat du monarque* Ce n'est pas tout, ils étaient à la fois juges, parties et témoins. Aux comices, Auguste sollicitait en personne pour ses amis et par conséquent contre leurs adversaires. 11 portait témoignage dans les procès. M. Primus, accusé d'une faute contre la discipline militaire , alléguait des ordres de l'empereur luimême. Auguste se transporta sur le champ au tribunal du préteur et démentit Primus; < César, que « viens-tu faire ici ? » lui demanda l'avocat de l'ac-