LIVRE
cusé. Auguste répondit a?ec une modération qui l'honore; mais il n'en joua pas moins dans cette cireonstance plusieurs rôles inconciliables avec l'exercice du rang suprême. Tibère voulut opiner au se* nat. Cn. Pison lui dit : c César, en quel ordre opi- « neras-tu? Si tu parles le premier, tu m'imposes' « ton avis ; si tu parles le dernier et que mon opî* € nion diffère de la tienne, que devient ma prii- « dence? » C'étaient, dit Tacite, les restes de la liberté mourante (1). Non, c'était une anarchie complète, une confusion de tous les pouvoirs, de tous les droits, et les vestiges de la liberté républicaine ne s'y conservaient que comme un désordre de plus. Ainsi le prince était le maître réel du monde, et le sénat son matlre nominal. Qu'était le peuple? Rien ; il prenait le change ou se prétait à la fiction. Le bruit des armes l'importunait alors à tel point que, powr trouver des vengeurs aux légions de Varus et des ennemis aux Germains, Auguste distribua des notes d'infamie qu'on accepta en riant (2). Auguste n'avait donc plus rien à craindre du peuple. Il lui conserva ses comices illusoires et son droit plus illusoire encore de nomination aux raa-
(1) «Manebantetûim tùm vestigia momniis libertaiis. Igitur €ii.Pi8o:«Qno, m^nUylococengebis, Caesar? Si priinus, babebo «qu^d sequar; si post orones, vereor ne imprudens disscntiam P» Tacit. \nn.lîb. 1,74.
(9) Dio Cass.
gistratures. Tibère l'en pri?a. L'embarras n'était point à l'égard du peuple, mais du sénat. GeCle situation mutuelle du sénat et du prince était bizarre. L^ urbanité exquise, la modération naturelle d'Auguste, voilèrent toujours ce désaccord, mais il éclata sous ses successeurs.
Les princes pouvaient toute chose, hors une seule : casser le sénat. Si ce corps avait pu s'unir et s'entendre , les Césars n'auraient eu qu'à courber la tète et à descendre de leur trône maladroitement transformé en chaise curule. De là un double
péril , une menace réciproque et éternelle.
Faible dans chacun de ses membres, le sénat était redoutable dans son ensemble. Il l'était uniquement par l'impossibilité de le détruire et de le licencier.
Quoi qu'en dise Tacite , ni Auguste, ni Tibère lui-même, ne songèrent à l'avilir, encore moins à le briser. Le premier^ pendant toute la durée de sa domination, le second, jusqu'à la mort de Livie, entourèrent le sénat d'égards et de déférence. Auguste ne diminua rien de ses attributions et de ses prérogatives, même il y ajouta quelques privilèges qui en tous temps passeraient pour des concessions. Du vivant des sénateurs , il donna à leurs fils le droit de porter le laticlave et d'assister aux délibérations; voulant, dit Suétone, les accoutumer à la