‹ Histoire de la royauté considérée dans ses originesChapitre 26 sur 191 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

fierté à l'assemblée. Dion Gassius donne bravement l'exemple à ses confrères. Acteur dans ce drame muet ) c'est lui qui nous Ta transmis. Dans cette perplexité, on relit les dénonciations, on y trouve enfin que le suspect portait la robe prétexte. Plus de doute I c'est Bibius Marcellinus ; il est édile, il est revêtu de la prétexte, c'est le plus chauve, c'est le plus coupable des hommes; tous les regards tombent sur lui. Marcellinus se lève, va se placer au milieu du sénat et dit : < Faites entrer le témoin , < voyons s'il me reconnaîtra. » Les sénateurs ravis exaltent un dévouement qui les décharge d'une cruelle responsabilité; le témoin entre, d'abord il ne reconnaît personne, mais un sénateur lui désigne Marcellinus et l'espion se bâte de crier : le voilà. Aussitôt les vénérables pères conscrits se ruent sur l'édile , le chassent , le traînent au Forum et le font tuer ^ur le champ. Ce serait exactement l'apologue des animaux malades de la peste , si une circonstance importante ne plaçait ici le sénat romain fort au-dessous des personnages de la fable. L'empereur (i) ne savait rien de ce qui se passait! Il apprit le supplice avant l'accusation ! Il n'y donna aucun blâme, car c'était précisément dans cette situation que les Césars voulaient maintenir le sénat, ils lui demandaient sans cesse des tètes , souvent

(1) C'était Scptime Sévère. Dîo. Cass.

même ils ne prenaienl pas cette peine, sûrs que chacun se hftterait de livrer celle de son voisin pour conserver la sienne. Chaque sénateur voulait avant tout , prévenir l'abolition du corps entier. Nous ne nous ferions qu'une faible idée de l'atlachement de ces hommes i leurs sièges. Seule , la chambre des lords pourrait en reproduire une ombre. Dans nos assemblées si nouvelles, le temps n'a point fait de l'enceinte sénatoriale un domicile, une patrie, presque un temple, et surtout un héritage. Il n'en était pas ainsi pour le sénat romain. Les affranchis, eux-mêmes, hommes libres d'hier« sénateurs aujourd'hui, en pleuraient d'orgueil et de tendresse. Pour conserver ce siège, pour porter cette robe bordée de pourpre, c'était peu que le sacrifice d'une vingtaine de collègues. En allé* géant le navire trop chargé, on essayait de prévenir le naufrage. Le prince connaissait cette disposition héroïque ; il en usait largement, tantôt par méchanceté de cœur et par mépris del'bumanité^ tantôt par une affreuse politique. C'est alors que le sang et l'ironie ruisselaient à grands flots; de là^ le cheval de Galigula, le turbot de Domitien. Ce frère de Titus n'était pas seulement féroce, il était ingénieux dans sa scélératesse. Il lisait assidûment les Mémoires de Tibère Faire peur au sénat était la joie ia pins ivinocente de ces honnêtes Césars. Un jour^ après avoir fêté le peuple^ Dojonitien donna un re-

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